MUSÉE MAILLOL

Sculpteur célèbre de son vivant, Aristide Maillol commence pourtant sa carrière par la peinture, la gravure, la céramique et la tapisserie avant de se consacrer pleinement à la sculpture vers l’âge de quarante ans.

Né en 1861 dans le Sud-Ouest de la France dans une famille relativement modeste, il monte à Paris en 1882 et s’inscrit à l’École Nationale des Beaux-Arts. Bien que vivant dans la plus grande misère, bien que sous-alimenté et de santé fragile, Maillol vit son art pleinement : il rencontre Antoine Bourdelle, découvre au musée de Cluny les tapisseries de la Dame à la Licorne et créé des liens d’amitié avec le groupe des Nabis mené par Maurice Denis.

Il expose en 1905 le plâtre “La Méditerranée”. Monumentale, la sculpture, structurée comme une architecture, représente une femme assise dans une posture méditative et rencontre un triomphe retentissant. Le comte Kessler – un mécène allemand, commande à Maillol une version en pierre et devient son mécène durant toute la carrière de l’artiste.

Son œuvre, parsemée de nus féminins aux formes pleines et pourtant épurées, représente une véritable révolution artistique qui anticipe l’abstraction et qui inspirera Picasso, Brancusi ou encore Matisse.

À la mort de Rodin en 1917 – auquel on a souvent opposé Maillol en termes de style, Maillol est considéré comme le plus grand sculpteur français vivant.

Il fait la connaissance en 1934 d’une jeune femme aux formes méditerranéennes, Dina Vierny. Il a 73 ans, elle en a 15. La relation est platonique mais elle va néanmoins insuffler de nouvelles inspirations artistiques au sculpteur : Dina va devenir son principal modèle, sa muse, sa collaboratrice et bientôt la gardienne la plus fidèle de l’œuvre du sculpteur.

Elle pose notamment pour la sculpture “La Rivière”, ce corps féminin renversé en arrière qui s’efforce de résister au courant qui veut l’entraîner. C’est la première représentation d’une figure sur le flanc, en équilibre instable, allégorie des temps troublés qu’annonce la Seconde Guerre Mondiale.

Maillol voit la consécration de son œuvre lors de l’exposition universelle de 1937 à Paris par la place qu’occupent ses sculptures dans le tout nouveau Musée National d’Art Moderne au Palais de Tokyo.

Maillol meurt en 1944, sans nouvelles de Dina qu’il croit même arrêtée, puisqu’elle est résistante, qu’elle aide à faire passer en Espagne ceux qui fuient le fascisme et qu’elle a déjà été arrêtée, emprisonnée et torturée en 1943.

Maillol l’a désignée comme son exécutrice testamentaire et elle est d’emblée chargée par le fils unique que Maillol a eu avec son épouse Clotilde – Lucien – de gérer et de valoriser l’œuvre du grand sculpteur. Elle va y dévouer le reste de sa vie.

Il faut dire que l’œuvre de Maillol, son œuvre de plein air – comme la baptisait le Ministre de la Culture André Malraux – est considérable. Son impact profond réside dans le refus du dynamisme forcené qui caractérisait une grande partie de la sculpture de la fin du XIXème siècle. Les nus de Maillol sont sereins, calmes, pleins, ronds, intemporels, sans saillie de muscles ou de nerfs. Son œuvre emprunte à l’ancien antique et dénote pourtant un début d’abstraction bien moderne.

Dina Vierny s’emploie à faire vivre et à exposer cette œuvre, que ce soit rue de Grenelle au musée qui est consacré à l’artiste et qui est inauguré en 1995 ou dans le jardin du Carrousel où dix-huit des sculptures de Maillol sont exposées depuis 1964.

La majestueuse fontaine des Quatre-Saisons édifiée de 1739 à 1745 à la gloire de la Ville de Paris par le sculpteur Edme Bouchardon forme aujourd’hui une avant-scène magistrale à la façade du musée Maillol

L’enfant couronné – 1892

Femme assise à l’ombrelle – 1895

La Nymphe – 1930

Torse de l’Action Enchainée – 1905

Harmonie 1er état – 1940

La Méditerranée

Désir – 1907

Présente un peu partout dans la capitale, la statuaire parisienne exerce une véritable fascination sur Robert Doisneau. Le 29 juin 1964, alors qu’il se rend à un rendez-vous professionnel à l’agence Rapho rue d’Alger, il assiste par hasard au déballage des sculptures de Maillol dont l’installation a été décidée par le Ministre de la Culture André Malraux et Dina Vierny. L’occasion est trop belle et Doisneau en oublie son rendez-vous professionnel : il passe la journée à photographier la pose des statues dans le jardin du Carrousel.

De fait, le jardin du Carrousel est aujourd’hui le plus grand musée à ciel ouvert dédié à Maillol, avec dix-huit statues.

Pourtant, Maillol n’y est pas exposé depuis 1964 : il y est exposé depuis 1929. A cette date y est en effet installé le Monument à Cézanne, dans les jardins des Tuileries à proximité du musée de l’Orangerie. Réalisé dans un marbre rose qui subit les assauts du temps, l’œuvre se dégrade progressivement. Dina Vierny, dévouée à la défense de l’œuvre de Maillol, propose en 1959 de faire couler un plomb de la sculpture, afin de la remplacer et déplacer l’originale au Musée d’Art Moderne de Paris.

Afin d’accélérer ses démarches, elle sollicite un entretien avec André Malraux qui lui déclare “Vous me donnez l’œuvre, je vous donne les Tuileries !”. L’espace est trop conséquent, leur choix se porte donc sur le jardin du Carrousel et le ponctue de dix-huit œuvres monumentales en bronze et et en plomb.

Dina Vierny conçoit toute l’installation, mettant à profit l’enseignement de Maillol sur la façon de mettre en valeur les sculptures.

L’Aube

Nymphe

La Méditerranée

La Méditerranée

Venus

Venus

La Rivière

L’Air

L’Air

Maillol museum

Le 6 Mars 2026