MADAME STAVISKY

“Madame Stavisky”, le roman d’Antoine Billot retrace le destin d’Arlette Stavisky, l’épouse du financier habile mais surtout l’escroc notoire Alexandre Stavisky dont les méfaits vont entraîner des émeutes sanglantes, une montée de l’antisémitisme en France, la démission d’un gouvernement et la création d’un front de gauche.

Reprenons.

Née en 1903, Arlette Simon devient l’une des plus belles femmes de Paris. Elle travaille comme mannequin pour Coco Chanel lorsqu’elle rencontre Alexandre Stavisky. Un amour fusionnel va unir Arlette à Alexandre, même si Alexandre traine déjà un passé de délinquant.

Celui que le tout-Paris surnomme “le beau Sacha” est né juif à Slobodka dans l’ancien empire russe, en 1886. Il est arrivé en France à l’âge de quatre ans, a été naturalisé au même âge et a vécu de manière bourgeoise à Paris, entre son père chirurgien-dentiste et de sa mère au foyer, et le lycée Condorcet où il a fait ses études. Beau parleur, il a déjà flirté avec la légalité, en volant les lingots d’or qui servent aux prothèses de son père afin de les revendre à des receleurs.

Devenu adulte, il poursuit ses méfaits, qui sont multiples : fraude, falsification de chèques, ouverture de salles de jeux clandestines, trafic de drogue ou encore arnaque aux bons du Trésor. Il est arrêté en 1926 pour vol et écope de dix-huit mois d’incarcération à la prison de la Santé mais réussit, grâce à un certificat médical de complaisance, à être libéré pour raisons de santé. Son procès est, grâce à la corruption, constamment repoussé – et n’aura d’ailleurs jamais lieu.

Son père, incapable de rembourser les dettes créées par son fils, se donne la mort en 1926.

Il épouse Arlette en 1928 et le couple mène grand train tout en s’offrant une belle respectabilité, entre son installation dans une suite du Claridge sur les Champs-Élysées, l’achat du théâtre de l’Empire et une fréquentation intensive des cercles mondains et politiques du moment.

Les affaires de celui que le tout-Paris appelle à présent “Monsieur Alexandre” connaissent un essor spectaculaire. Il faut dire que Stavisky a mis en place un système de Ponzi avec les crédits municipaux d’Orléans et de Bayonne – grâce à la corruption d’agents publics et de députés-maires.

Ses malversations, qui se montent à des centaines de millions, sont découvertes fin 1933. Il fuit, sans Arlette, à Chamonix mais la police le retrouve. Lorsque les policiers entrent dans le chalet dans lequel Stavisky se trouve, des coups de feu sont tirés et ils retrouvent l’escroc agonisant par terre, atteint d’une balle dans la tête. Il meurt le lendemain à l’hôpital dans lequel il a été transporté.

Officiellement, Stavisky s’est suicidé – mais l’opinion pense qu’on l’a suicidé. Sa mort devient extrêmement médiatisée et plonge la Troisième République dans la tourmente : les milieux de droite exploitent l’affaire en critiquant violemment la corruption du gouvernement et en exacerbant un anti-parlementarisme déjà nourri au feu des scandales financiers antérieurs Hanau et Oustric, rendus possibles grâce aux accointances d’escrocs financiers avec le monde politique. Les milieux d’extrême-droite exacerbent également l’antisémitisme latent qui monte dans l’opinion publique.

Des manifestations anti-parlementaires sont organisées en février 1934 et tournent au drame, faisant plusieurs morts et des milliers de blessés. La crise provoque la chute du second gouvernement Daladier et a finalement un impact profond sur la vie politique française.

Les mouvements de gauche voient dans les émeutes de février 1934 la preuve d’une radicalisation de la droite vers le fascisme et amorcent le rapprochement des gauches socialiste et communiste qui se concrétisera quelques années plus tard.

Où est Arlette, dans cette folie qui s’empare de la France ? Elle est en prison. Accusée de complicité, elle est incarcérée pendant près de deux ans, avant d’être acquittée et de fuir outre-Atlantique pour reconstruire une vie en lambeaux. Elle sera tour à tour mannequin, danseuse puis reviendra en France ou elle deviendra couturière – avant de repartir cette fois-ci pour Porto Rico où elle épousera un militaire.

Le roman historique d’Antoine Billot tente de donner forme réelle à ces personnages proprement extra-ordinaires. Quel est la part de vérité historique dans cette fiction biographique ? C’est difficile à dire puisqu’autant Arlette qu’Alexandre sont nimbés de mystère, que leurs vies, leurs actes et leurs figures ont été déformés mille fois par la presse et les politiques de l’époque.

Joseph Kessel tente, en mars 1934, de (re)dresser le portrait de celui qui était devenu un presqu’ami, dans son roman “Stavisky, l’homme que j’ai connu”. Il en faut du courage pour publier un tel récit. Kessel est sensiblement impressionné par Arlette, qu’il voit comme une jeune femme d’une trempe belle et solide, d’une tenue sans reproche. Kessel, également, penche pour la thèse du suicide, appuyée par la dernière lettre que Stavisky laisse à Arlette.

Mais la part de légende est déjà devenue trop dévorante pour que la plate réalité l’emporte.

C’est probablement cette part de légende qu’Alain Resnais tentera de saisir lorsqu’il réalisera son “Stavisky…” en 1974, dans lequel Jean-Paul Belmondo incarnera un personnage illusoire qui convoque l’imaginaire personnel de chaque personne qui le rencontre – et qui n’a, par conséquent, plus aucune substance factuelle ou réelle.

Pantalon Chanel – Pull et chapeau Monoprix – Espadrilles Castaner – Ombrelle vintage et parapluie de Castelbajac – Lunettes de soleil piquées à ma fille – Sac à main

Le 29 Mai 2026

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