CHÂTEAU DE VERSAILLES

Après plusieurs articles dédiés à Trianon et aux jardins, il fallait bien en arriver au navire-amiral du domaine royal de Versailles – j’ai nommé le château. J’allais écrire “le château officiel” car il est bien question de pouvoir entre ces murs, ce qui est finalement assez ironique quand on connaît ses prémices – vous allez vite comprendre pourquoi.

“Château officiel” car contrairement aux plus modestes bâtiments du domaine royal de Versailles que sont le Grand Trianon – bâti par Louis XIV pour abriter ses amours avec Madame de Montespan puis Madame de Maintenon – et le Petit Trianon – le refuge d’une Marie-Antoinette qui fuit justement la rigide étiquette du grand château – le palais de Versailles n’est en rien dédié aux plaisirs : il doit au contraire illustrer la grandeur et la férule du Roi Soleil sur sa noblesse, sur son peuple et sur l’Europe.

La Cour au temps de Louis XIV se compose de trois mille courtisans, qu’il faut loger au sein du palais – ce qui provoque une très réelle crise du logement – sans parler des serviteurs, des ambassadeurs étrangers et des visiteurs de toutes classes sociales qui espèrent apercevoir le souverain de droit divin. En un mot, le palais est ouvert à tous les vents et une foule bigarrée de dix-mille personnes s’y presse quotidiennement pour vivre et admirer la royauté dans tout son splendide exercice.

Et c’est bien dans ce sens que fut construit et habité le château par le Roi Soleil, qui souhaitait concentrer son pouvoir en un lieu qu’il aurait façonné lui-même, contrairement aux résidences royales préexistantes de Saint-Germain-en-Laye, Chambord, Rambouillet, Fontainebleau ou de Paris, avec les Tuileries et le Louvre – et où la Cour s’installerait dès 1682 avec lui de manière permanente, contrairement à ses prédécesseurs dont la Cour itinérante naviguait entre les différentes demeures royales selon les saisons et la chasse.

Et c’est la chasse qui préside à la destinée de ce qui va devenir le palais de Versailles – c’est là qu’intervient l’ironie.

Avant le coup de foudre du jeune Roi Soleil pour l’endroit, son père Louis XIII y fait construire un relais de chasse dans lequel il se retire régulièrement avec quelques amis. Son épouse la reine Anne d’Autriche, avec laquelle les relations sont distantes et empreintes de méfiance, n’y sera d’ailleurs jamais invitée – et lorsqu’elle le sera, ce sera bien plus tard par son fils Louis XIV.

Ce petit relais de chasse modeste, un tantinet médiéval, conçu par le père pour la solitude et la retraite deviendra sous l’égide du fils le palais de toutes les splendeurs, où les arts les plus modernes s’épanouiront. Il sera habité en permanence par une foule incessante dont les journées seront rythmées par une étiquette qui deviendra au fil des décennies de plus en plus rigide.

Du petit relais de chasse de Louis XIII subsiste la façade Est, toute de pierre et de brique rouge qui accueille le visiteur contemporain qui arrive par la cour de marbre en damier noir et blanc. Très respectueux de la mémoire de Louis XIII, Louis XIV n’acceptera jamais de démolir cet héritage parental, qu’il enrobera au fur et mesure de ses désirs architecturaux d’une enveloppe de pierre blanche de style néo-classique. Les travaux, débutés au début de son règne en 1660 avec l’équipe d’artisans et d’artistes de Vaux-le-Vicomte, dureront près de cinquante ans et le château sera de fait un chantier permanent jusqu’à son décès en 1715.

Les aménagements et travaux se perpétueront sous le règne de ses successeurs – principalement Louis XV – puisque le château de Versailles aura été le siège du pouvoir de 1682 à 1789 (hormis les années de Régence de 1715 à 1723).

Il ne reste plus grand-chose du château de Louis XIV. Le monumental escalier des Ambassadeurs, l’incroyable appartement des Bains, et dans les jardins le Labyrinthe et la grotte de Thétis n’existent plus – on ne peut les imaginer qu’à travers les quelques gravures ou peintures qui subsistent de l’époque.

Reste la galerie des Glaces, qui était jusqu’en 1678 une terrasse ouverte sur les jardins qui reliait de façon fort incommode et fort venteuse les Appartements du Roi aux Appartements de la Reine, et qui fut achevée en 1684.

Reste la Chambre du Roi, aménagée comme telle en 1701 – c’était avant le Salon du Roi, et Louis XIV aura tout de même connu plus d’une douzaine de chambres au sein du palais avant de dormir dans celle-ci – dans laquelle les cérémonies du lever et du coucher se déroulent, dans laquelle les ambassadeurs sont conviés et dans laquelle le Roi Soleil décède.

Louis XV procèdera à de nombreux aménagements intérieurs au sein du palais. La plus belle de ses additions sera, à mon sens, l’Opéra Royal – auquel Louis XIV avait renoncé en une fin de règne repentante, lui préférant la construction de la chapelle.

Louis-Philippe, montre son intérêt pour le palais dès 1833 et souhaite faire de Versailles un musée dédié à toutes les gloires de la France. De résidence, le palais devient musée. De fait, les galeries dites historiques, qui présentent des sculptures et des peintures, retracent le récit national à travers notamment la Salle des Croisades, la Galerie des Batailles, les Salles Empire, la salle du Sacre. Napoléon III poursuivra l’œuvre de Louis-Philippe jusqu’au désastre de Sedan.

Aujourd’hui, le palais de Versailles propose encore ces deux visages de résidence royale et de musée.

Étonnant dédale que ce château de Versailles.

NRDL. Si, d’aventure, vous visitez Versailles, téléchargez l’application “Château de Versailles” qui vous guidera au fil de vos déambulations. Ceci n’est évidemment pas un article sponsorisé. Également, si vous voulez lire sur l’histoire du château de Versailles et de son évolution architecturale, je ne saurai que trop vous recommander la lecture de la somme de Pierre Verlet, “Le Château de Versailles” publiée chez Fayard, qui m’accompagne depuis mes 13 ans – et ceci n’est toujours pas un article sponsorisé.

La Cour de Marbre

La Cour de Marbre

Seconde Antichambre de Madame Victoire

Chambre de Madame Victoire

Chambre de Madame Adélaïde

Chambre de Madame Adélaïde avec ses tissus d’été (les tissus étaient changés pour des tissus d’hiver lors de la période hivernale)

Grand Cabinet de Madame Adélaïde –  Pièce principale de réception de l’appartement de la princesse, le salon faisait office de salon de musique avec un orgue

Grand Cabinet de Madame Adélaïde

Salle de Hoquetons

Salle des Hoquetons avec des sculptures extérieures qui ornaient probablement le Labyrinthe disparu

La Chapelle vue du rez-de-chaussée

La Chapelle vue du premier étage – le Roi pouvait y accéder directement de ses appartements

Le plafond de la Chapelle par Le Brun

L’orgue de la Chapelle royale

Le château de Versailles peint par Van der Meulen en 1669

Le chiffre de Louis-Philippe sur les poignées de porte

Vestibule haut de la Chapelle royale

Salon de l’Abondance

Chambre du Lit de Louis XIV ou Salon de Mercure

Le Roi Soleil partout représenté

La Galerie des Glaces avec ses peintures par Le Brun, qui retracent les hauts faits du règne de Louis XIV

La Galerie des Glaces vue du Salon de la Paix

La Chambre de la Reine

Le 3 Mai 2024

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