VAUX-LE-VICOMTE

A 50 kilomètres de Paris se trouve la matrice de tous les châteaux de style classique d’Europe : Vaux-le-Vicomte.

A 50 kilomètres de Paris se trouve le château dont la magnificence signa l’arrêt de mort (ou du moins le mandat d’arrêt) de son premier propriétaire.

A 50 kilomètres de Paris se trouve à présent le plus grand château privé de France.

Reprenons : le château de Vaux-le-Vicomte est construit de 1658 à 1661, avec le concours des meilleurs artistes de l’époque – Le Nôtre, Le Vau et Le Brun pour ne citer qu’eux. Son propriétaire est Nicolas Fouquet, Surintendant des Finances de Louis XIV.

Nicolas Fouquet donne le 17 août 1661 une fête en l’honneur du roi Louis XIV. La légende veut que la splendeur de la fête fut telle que le jeune roi en prend ombrage. Jaloux de l’opulence affichée par son hôte, Louis XIV aurait déclaré à sa mère dans le carrosse le ramenant vers Paris “Ah Madame, est-ce que nous ne ferons pas rendre gorge à tous ces gens-là ?”.

Pour rendre gorge, Fouquet aura rendu gorge. Le 5 septembre 1661, Nicolas Fouquet est arrêté. Après un procès rocambolesque, l’Ecureuil – puisque tel était le surnom de Fouquet – est emprisonné à vie à Pignerol, une forteresse battue par les vents montagnards. Ses armoiries sont grattées sur les frontons de Vaux-le-Vicomte, ses biens sont saisis par le Roi et son pauvre destin – ignoré à l’époque – donne naissance à de nombreuses légendes, dont celle du Masque de Fer.

Le château connait quelques vicissitudes, survit à la Révolution française et est finalement acheté aux enchères en 1876 par un unique enchérisseur, Alfred Sommier. La famille Sommier entreprend de restaurer le château et ses jardins, et Patrice de Vogüé – de la famille Sommier par alliance – décide d’ouvrir le château au public en 1968.

Au-delà du destin tragiquement romanesque de son premier propriétaire, Vaux-le-Vicomte, par sa beauté et ses partis pris architecturaux, devient le modèle magistral de l’architecture classique dont tous les châteaux d’importance s’inspirent.

A commencer par Versailles, sous la sévère égide de Louis XIV.

La grammaire du jardin à la française est née à Vaux-le-Vicomte : parterres en broderies, bassins, canaux, grottes, cascades et sculptures. Le Nôtre joue avec les lois de la perspective et les effets d’optique. Plus les éléments ponctuant les jardins sont éloignés du château, plus ils sont longs et hauts, les faisant paraître plus proches qu’ils ne sont en réalité.

D’un point de vue architectural, l’ensemble est surprenant – et néanmoins d’une harmonie rare – avec des communs absolument monumentaux, des douves qui n’ont pas d’autre fonction que d’être décoratives, et un corps double, là où les autres châteaux contemporains n’ont à l’époque que des pièces en enfilade organisées en corps simple.

La conjugaison de l’édifice et des jardins environnants est simplement incroyable. Les perspectives traversent le château pour laisser le visiteur admirer une vue de 4 kilomètres ponctuée de parterres et de bassins.

Le salon en rotonde est une merveille d’originalité. C’est lui, placé au centre de l’édifice, qui permet une vue traversante, le château étant comme transpercé de lumière, entre cour et jardin. Au-dessus du salon en rotonde, le dôme constitue une prouesse technique qui rend Vaux-le-Vicomte reconnaissable entre tous.

Le plus étonnant reste à mes yeux l’énergie si douce et si sereine qui se dégage du lieu. Je crois que cela tient à l’amour que portent les propriétaires à leur château : c’est une famille qui possède et entretient Vaux-le-Vicomte, et cela se sent.

Serais-je tentée de dire “magnifie” ? Oui, absolument. Vaux-le-Vicomte cajole ses visiteurs et déploie des trésors d’inventivité afin de faire vivre son riche patrimoine. Contrairement à d’autres châteaux français, l’accueil est familial et chaleureux. Les enfants peuvent se costumer lors la visite du château. Des événements sont organisés pendant l’été ou à Noël. La taille du château, pourtant imposant, s’efface devant la convivialité du lieu, et cela change tout. Vaux-le-Vicomte est certes une institution en France, mais évite parfaitement l’écueil d’être empesé ou écrasant.

Allez donc visiter le modèle de tous les châteaux classiques d’Europe : vous serez surpris.

Photos par Maurice Chair

Robe bleue par The Micsologyst

Vaux-le-Vicomte