MARIE-ANTOINETTE

J’ai une tendresse infinie pour la “Marie-Antoinette” de Sofia Coppola. Le film, réalisé en 2006, n’est pas basé sur le livre de Stefan Zweig mais sur celui d’Antonia Fraser, qui lors de sa publication en 2001, avait agité le landernau historique.

Et pour cause : le roman et le film sont d’une sensibilité extrême et prennent le parti d’appréhender, non pas une reine devenue personnage historique, mais une femme dans toute son humanité.

Loin de l’idole sacrée et statuesque, la Marie-Antoinette de Sofia Coppola est une femme de chair et de sang. Sofia Coppola prête les traits diaphanes de Kirsten Dunst à cette femme-enfant, qui arrive en France à l’âge de 14 ans et qui doit dès sa nuit de noces consommer une union avec un époux peu porté sur les affaires de l’amour et du sexe.

Le film suit les affres de cette jeune épousée jusqu’au départ pour les Tuileries et met en lumière le caractère finalement assez révolutionnaire (sans mauvais jeu de mots) de cette reine.

Reine qui a un amant (on le sait maintenant, la technologie ayant permis de déchiffrer les lettres échangées entre Marie-Antoinette et Axel de Fersen), ce qui est assez prodigieux lorsque l’on parle d’une reine qui est encore mariée.

Reine qui déserte le palais officiel de Versailles pour s’enfuir dans son domaine du Petit Trianon, dont, dit-on, même le Roi n’avait pas la clé.

Reine qui s’affranchit de la robe à la française pour porter la robe dite “à la créole”, bien plus légère. Tellement légère qu’elle fait scandale, même si elle fait par ailleurs fureur.

Le souci de rectitude historique transparaît dans chaque détail du film et seul l’œil averti en comprend le sens. La mère de Marie-Antoinette, l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (incarnée par une Marianne Faithfull à contre-emploi), est bien cette impératrice respectée pour sa gouvernance par l’Europe entière, soucieuse de préserver la solidité toute relatives de ses alliances étrangères en mariant sa petite dernière avec le Dauphin de France.

Madame Antoine, telle qu’on l’appelait enfant, est bien cette enfant mal élevée par des gouvernantes, à l’éducation et au goût de l’étude peu prononcés, habituée à une vie viennoise qui sait séparer vie officielle et vie privée de sa famille régnante – exactement le contraire d’une Cour versaillaise où le roi et sa famille sont sans relâche les acteurs d’une vie officielle définie par l’étouffante étiquette instituée par Louis XIV et perfectionnée depuis. Les scènes de lever de la Dauphine ou de repas du Dauphin et de la Dauphine qui déjeunent en représentation devant les courtisans qui les inspectent sont à ce titre cruellement parlantes.

Sans la pompe de Versailles, il n’y aurait jamais eu de Trianon. C’est pour échapper à la pesante étiquette du palais officielle que la Reine jette son dévolu sur Trianon, qu’elle remodèle selon son goût personnel. Les jardins botaniques sont transférés au Jardin des Plantes à Paris, afin de laisser place à un jardin anglo-chinois bien éloigné des canons du jardin à la française. Le petit château est décoré de manière à ressembler à une résidence secondaire faussement champêtre et les plaisirs proposés sont en accord avec la recherche de simplicité toute relative de Marie-Antoinette : le petit théâtre et le hameau où elle joue dans les deux cas – sur scène ou à la laiterie.

Se produire sur scène pour des représentations privées ou faire construire un hameau sur son domaine n’avait rien de précurseur à l’époque pour les riches nobles, mais l’étendue des sommes engouffrées par l’aménagement constant de Trianon, qui plus est par une Reine de France déconnectée d’un pays exsangue économiquement qu’elle n’a jamais pris la peine de visiter, a accru les ressentiments.

Sans Trianon, y aurait-il eu la Révolution ? On ne le saura jamais, mais le ressentiment du peuple contre sa Reine est largement aiguillé par une noblesse de Cour qui ne supporte pas d’être écartée de Trianon.

Mais au-delà de ce souci de rectitude historique, Sofia Coppola a surtout su capter l’humanité vibrante et la soif de liberté qui animent cette reine. Et c’est excessivement touchant.

Les costumes du film sont absolument magnifiques. J’ose vous avouer ici que cela fait de longs mois que je cherche des robes à la française anciennes, mais le peu qui reste est exposé en musée – sinon c’est de la satinette moderne toute affreuse qui ressemble à du déguisement. Me voici donc dans une robe contemporaine Dior qui a su remettre au goût du jour la toile de Jouy tellement en vogue à l’époque de Marie-Antoinette – et à Bagatelle – dont la création est intimement liée à cette reine légère et tragique. Vous aurez ici deux versions de la même robe, l’une en talons plats, l’autre en talons aiguilles. Parce que pourquoi pas.

Robe et ceinture Christian Dior – Ballerines Repetto – Lunettes de soleil Chanel – Sac à main Lanvin

Robe, ceinture et sac à main Christian Dior – Escarpins Christian Lacroix – Lunettes Paul & Joe

Le 7 Septembre 2024