Derrière le plus grand musée du monde (à la sécurité défaillante, comme on le sait grâce à un tristement célèbre vol de bijoux) se cache un palais qui a connu bien des transformations du haut de ses quelques 800 années. Il est difficile de retrouver le palais derrière ce musée titanesque, mais la tâche n’est pas totalement impossible.
Louis-Auguste et son donjon. La forteresse du Louvre naît sous l’impulsion du roi autoritaire et très chrétien Louis-Auguste en 1187. La forteresse est petite par rapport à ce que l’on connaît aujourd’hui, elle est carrée et dispose en plein milieu de sa cour d’un donjon, qui symbolise l’autorité royale mais qui abrite également le trésor royal : de l’argent, des joyaux et… des draperies et des étoffes – onéreuses à l’époque. Ce donjon a également des fonctions défensives, puisqu’il permet de surveiller la ville qui n’existe qu’à l’Est et la Seine, qui peut éventuellement charrier d’éventuels ennemis – n’oublions pas que la Normandie était à l’époque entre les mains des Plantagenêts, les rois d’Angleterre.
Il ne reste de cette époque que les fondations, dont les pierres sont marquées par les tâcherons qui y inscrivaient leur signe afin de pouvoir être payés.
Sous Charles V (1364-1380), la forteresse se transforme en château d’apparat. Le bâtiment se trouve à présent à l’intérieur de la ville et non plus à côté, puisque Paris s’est largement étendu depuis le XIIIème siècle.

La Renaissance. Avec François 1er (1515-1547), passionné d’architecture, le château encore médiéval cède la place à un palais d’inspiration Renaissance. Il veut donner à sa nouvelle demeure le faste et le luxe qu’il a pu admirer dans les palais italiens, L’architecte Pierre Lescot est nommé à la tête de ce chantier colossal en 1546.
Pierre Lescot abat par ailleurs en 1528 le donjon qui trône au milieu de la cour du château.

Le Louvre sous François Ier
C’est néanmoins sous le règne de son fils Henri II que vont s’accomplir les transformations les plus importantes, notamment la construction de l’aile Lescot, qui est un joyau architectural de la Renaissance française.
Confirmé dans ses fonctions par quatre autres rois, Pierre Lescot marquera les arts en donnant naissance de “l’architecture à la française”.
Henri II. La Salle des Cariatides nous projette au cœur du Louvre de la Renaissance.
C’est probablement l’un des plus beaux témoignages architecturaux du Louvre de la Renaissance. La salle de bal des rois de France marque le début de ce nouveau style artistique à Paris.
C’est sous le règne de Henri II que s’érige la salle des Cariatides – du nom des quatre cariatides qui soutiennent la tribune des musiciens.
Ces colonnes qui datent de 1550, en forme de figures féminines, sont l’œuvre du sculpteur Jean Goujon, qui s’inspire de l’Antiquité. En réinterprétant un monument du IIème siècle avant Jésus-Christ, le forum de l’Empereur Auguste à Rome.

La Salle des Cariatides – Salle 348, Aile Sully, Niveau 0

La cheminée de la Salle des Cariatides, avec le chiffre du roi Henri II
Les Tuileries. La veuve d’Henri II, Catherine de Médicis, donne quant à elle un nouvel élan au palais du Louvre, en faisant édifier à l’Ouest le Palais des Tuileries, sans savoir que les deux palais seraient un jour reliés.

Le Palais des Tuileries – On reconnait le Pavillon de Marsan au Nord et le Pavillon de Flore au Sud
D’Henri II à Louis XIV. Lorsqu’en 1817, Louis XVIII fait démonter les espaces de l’ancien appartement du souverain au Pavillon du Roi, les boiseries et les plafonds de deux pièces sont récupérés. Ils sont plus tard installés au premier étage de l’aile Sully, qui abrite à présent les éléments conservés de l’ancienne chambre d’apparat aménagée pour Henri II, transformée par la suite par Louis XIV.
Le mobilier de la pièce, tel que le grand lit d’apparat, a disparu depuis longtemps, mais la conservation de ces ensembles décoratifs est significative de la politique menée sous la Restauration visant à conserver les souvenirs royaux, quitte à les déplacer.

Le plafond est réalisé en 1556. C’est le sculpteur Étienne Carmoy qui fournit le modèle à un fameux menuisier italien, Francisque Scibec de Carpi. Les armes de France trônent à la partie centrale du plafond, encadrées de symboles en majorité militaires

Les portes et boiseries de l’appartement du Roi, datant de Henri II, transformées sous Louis XIV
Henri IV. Les noces du Béarnais (1589-1610) avec Marguerite de Valois se déroulent au Louvre, et se concluent dans le sang de la Saint-Barthélémy. Cet épisode funeste est relaté dans “La Reine Margot” (le livre et le film).
Passé ce sanglant épisode, Henri IV a pour projet d’asseoir la dynastie des Bourbons à travers le “Grand Dessein” du Louvre, qui relie le palais du Louvre au Palais des Tuileries.

Une immense construction de près de 460 mètres est lancée le long de la Seine, pour redéployer les espaces du Louvre autour d’une cour centrale beaucoup plus importante qui vient quadrupler l’ancienne cour médiévale.
Pour autant, le “Grand Dessein” n’aboutira que sous le règne de Napoléon III, qui logera aux Tuileries et qui fermera l’enceinte des deux palais par la construction de l’aile Richelieu le long de la rue de Rivoli. Les Tuileries brûleront lors de la Commune de 1871 et ne seront jamais reconstruites.

Le Pavillon de Marsan en piteux état après l’incendie du Palais des Tuileries de 1871
La gloire du Roi Soleil. Un feu détruit en 1661 la magnifique Petite Galerie qui datait du règne d’Henri IV. Son petit-fils, Louis XIV, entreprend aussitôt de reconstruire une galerie plus belle encore, et confie les travaux à l’architecte Louis Le Vau. Âgé de 23 ans, le jeune roi vient de choisir le soleil pour emblème. Ce sera donc le thème de la nouvelle galerie qui porte le nom du dieu grec de la lumière et des arts, Apollon.
Le Premier peintre du roi, Charles Le Brun, est chargé de concevoir le décor qui deviendra, vingt ans plus tard, le modèle de la Galerie des Glaces du château de Versailles.
Il va de soi qu’à travers Apollon, la galerie exalte la gloire du Roi Soleil.
(Et oui, c’est bien là qu’a eu lieu le vol des bijoux impériaux – Premier Empire et Second Empire – d’octobre 2025).

Le plafond de la Galerie d’Apollon – Salle 705, Aile Denon, Niveau 1

La Galerie d’Apollon – Salle 705, Aile Denon, Niveau 1

La Galerie d’Apollon – Salle 705, Aile Denon, Niveau 1
L’avènement du classicisme français sous Louis XIV. La Colonnade est édifiée entre 1667 et 1670, sous l’égide de Colbert, qui espère peut-être secrètement que les travaux d’embellissement du Louvre détournent Louis XIV de sa passion encore neuve pour Versailles.

La colonnade est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre du classicisme français, même si elle est, lors de sa construction, édifiée tellement proche des constructions préexistantes qu’elle ne bénéficie d’aucune perspective.

Palier de l’Escalier Nord de l’Aile de la Colonnade ou Aile Sully, Niveau 1

La Colonnade vue du Nord

Palier de l’Escalier Sud de l’Aile de la Colonnade ou Aile Sully, Niveau 1

La Colonnade vue du Sud, Aile Sully, Niveau 1
Le Louvre s’admire également à travers ses propres fenêtres.



Le Louvre a toujours vue sur la ville, comme le château médiéval de Louis-Auguste.

L’Institut vu du Louvre


Le palais du Louvre se découvre également à travers ses plafonds.

Plafond de la Rotonde d’Apollon – Le Soleil. La Chute d’Icare par Merry-Joseph Blondel – Salle 704, Aile Denon, Niveau 1

Plafond de la Rotonde de Mars – L’Homme formé par Prométhée et animé par Minerve par Jena-Simon Berthélemy – Salle 408, Aile Denon, Niveau 0
Pendant la Révolution, la famille royale est gardée sous surveillance au Palais des Tuileries. Le Louvre et les Tuileries seront miraculeusement épargnées par cette période troublée.
La vocation muséale du Louvre prend ensuite peu à peu le pas sur la vocation résidentielle, sous l’égide Louis XVIII, Louis-Philippe et Charles X.

Plafond de la Salle 659, Aile Sully, Niveau 1 – Poussin arrivant de Rome d’où il avait été rappelé par ordre de Louis XIII, est présenté par le cardinal de Richelieu au roi qui le nomme son premier peintre (en 1640) par Jean Alaux – Commandé à l’artiste par le ministère de la Maison du roi le 18 novembre 1828 pour le musée Charles X

Détail du plafond de la salle 659
Charles X. Un nouveau musée est inauguré par Charles X le 15 décembre 1827 dans l’enceinte du palais du Louvre. À la tête de ce musée est nommé Jean-François Champollion, qui vient de réussir l’exploit de déchiffrer les hiéroglyphes, et à qui est confié la charge de créer le tout premier musée égyptien du musée du Louvre.
En ce premier quart de siècle, le statut du Louvre oscille entre résidence royale ou impériale et musée. Dès les années 1820-1830, le musée gagne du terrain sur le palais, grâce à l’enrichissement des collections qui conduisent à l’ouverture de nouvelles salles qui semblent autant de musées indépendants au sein de l’immense bâtiment.
Une enfilade de neuf salles accueille le tout nouveau musée Charles X. Cette partie du palais avait d’abord abrité les appartements des reines de France, puis l’Académie Royale d’Architecture, et enfin les collections d’Antiques.

Fronton de porte du musée Charles X – Salle 637 et suivantes, Aile Sully, Niveau 1

Musée Charles X

Musée Charles X

Plafond du Salon des Sept-Cheminées – Salle 660, Aile Sully, Niveau 1 – Plafond et stucs à la gloire des artistes français du XIXème siècle, datant de 1848, par Félix Duban et Francisque-Joseph Duret. Cet impressionnant salon, qui se trouve dans l’ancien Pavillon du Roi construit par Pierre Lescot entre 1550 et 1556, prend la place des anciens appartements du Roi, et est transformé vers 1817 par Percier et Fontaine (les plafonds et boiseries sont déposés et replacés dans l’aile de la Colonnade, tels qu’ils ont été vus un peu ci-dessus).

Détail du plafond de la Salle 660

Plafond du Salon Denon – Plafond du Salon Denon – Salle 76, Aile Denon – Le pavillon Denon fait partie des aménagements réalisés au Louvre sous le règne de Napoléon III. Conçu par l’architecte Hector Lefuel, le salon porte le nom du premier directeur du musée sous Napoléon Ier, Vivant Denon. Au centre de la composition, Napoléon écarte les bras dans un geste de présentation des artistes dont il est entouré. Au fond de la scène, se trouvent les monuments célèbres de son règne.
Napoléon III. Les appartements Napoléon III – situés Salle 545, Aile Richelieu, Niveau 1 – offrent un rare exemple d’intérieur du Second Empire.
Sous Napoléon III, le palais du Louvre sert l’Empire. Une partie de l’Aile Richelieu est réservée à la construction, entre 1858 et 1861, des nouveaux appartements du ministre d’État Achille Fould. Le ministre dispose de petits appartements où il réside avec sa famille.

À cette partie bourgeoise et privée succèdent les grands appartements d’apparat, destinés aux réceptions, aux bals masqués et aux diners mondains.

Après le ministre d’État sous le Second Empire, c’est au Ministère des Finances que sont attribués ces appartements, jusqu’en 1989, date à laquelle le palais du Louvre devient entièrement un musée.


La galerie d’introduction dessert le salon de famille et le Grand Salon

Le salon de famille sert de transition entre les grands et les petits appartements


Le Grand Salon ou Salon d’Angle est la pièce la plus vaste et la plus somptueuse. Décorée par Louis-Alphonse Tranchant, elle pouvait être disposée en théâtre et accueillir jusqu’à 265 spectateurs. Elle est remarquable par son impressionnant lustre en cristal de Baccarat et ses meubles capitonnés, dont les confidents, ces étranges fauteuils à deux places, et les indiscrets, ces tout aussi étranges fauteuils à trois places


Le salon-théâtre adjacent, d’où étaient jouées les représentations, est séparé du Grand Salon par un véritable rideau de scène


La petite salle à manger abrite une peinture en trompe l’oeil représentant une tonnelle



La grande salle à manger comporte une immense table qui pouvait accueillir plus de 40 convives


Le lustre qui domine l’Escalier du Ministre qui permet d’accéder aux appartements Napoléon III
On ne peut parler du Louvre (le palais et le musée) sans parler des Antiques, ces collections d’antiquités grecques et romaines qui trouvent progressivement refuge dans le palais, préfigurant la dimension muséale que celui-ci prendrait dans les siècles suivants.
Louis XIV fait installer une partie de sa collection dans la Salle des Cariatides en 1692. En 1798, de nouveaux antiques arrivent suite aux campagnes d’Italie de Napoléon. La galerie des Antiques est alors créée dans les anciens appartements d’Anne d’Autriche, bientôt agrandie par l’annexion des salles voisines qui accueillent la collection du prince Camille Borghèse, acquise par l’Empereur en 1807. Cette collection compte notamment la Vénus de Milo.

La Pallas de Velletri, dite Athéna – Cette statue colossale de plus de trois mètres de hauteur est découverte en 1797 parmi les ruines d’une villa romaine dans un champ de vignes à Colle Troncavie, près de Velletri, territoire alors conquis par la France. La Pallas de Velletri est installée dans la salle de la Pallas à partir de 1815

Statue de Zeus
Les Antiques côtoient aujourd’hui les chefs-d’œuvre de la sculpture française et italienne.

Psyché ranimée par le baiser de l’Amour – Antonio Canova – Psyché ranimée par le baiser de l’Amour – Antonio Canova – Psyché est sur le point de mourir empoisonnée par les effluves du flacon qu’elle ne devait pas ouvrir. L’Amour la sauve en la piquant d’une flèche et en lui donnant un baiser qui la ressuscite
Bien que vieux de plus de 800 ans, le palais royal est inexorablement devenu musée. C’est probablement sous Louis XIV que l’amorce muséale a, sans le savoir, débuté, le palais étant délaissé pour Versailles. Aujourd’hui, le musée est tellement grand qu’on pourrait s’y perdre une semaine entière.


Le 21 Novembre 2025
