Voilà, nous sommes en août, je suis en vacances et probablement l’êtes-vous aussi – et je publie mon article hebdomadaire, celui qui tombe tous les vendredis sur vos téléscripteurs et qui est aussi inévitable que les impôts, les emmerdes qui volent en escadrille, les cons qui osent tout et la mort.
Cela faisant, je me rends compte que je suis, quoique je m’en défende, un parfait produit post-capitaliste habité par une volonté de performance et de performativité.
La différence, me demanderez-vous ?
La performance désigne la capacité d’un individu, d’une entreprise ou d’un système à atteindre des objectifs mesurables (à l’avenant : la productivité, la croissance, le chiffre d’affaires, les notes à l’école, le nombre de likes sur les réseaux sociaux, etc). La performance se quantifie et se compare, et, dans une logique capitaliste voire post-capitaliste où l’humain est aussi un produit, chacun doit prouver qu’il est performant, c’est-à-dire utile et/ou rentable.
Ici, rien n’est rentable et c’est voulu, parce que rien n’est monétisé – mais il n’en demeure pas moins que je tiens à ma petite performance tout à fait personnelle de publication hebdomadaire. L’objectif est mesurable – il s’agit d’un article par semaine – et je mesure et quantifie, moi aussi, ma performance puisque je regarde les statistiques du site une fois par semaine pour évaluer sa progression. J’espère, d’une certaine manière, être utile. Je me suis toujours dit que je n’arriverais peut-être pas à convaincre des personnes aux opinions diamétralement opposées aux miennes, mais qu’il fallait au moins fournir aux personnes aux opinions similaires aux miennes les arguments qu’ils n’avaient pas le temps de chercher (parce qu’ils ne sont pas aussi psychotiques que moi).
J’espère être utile avec mes mots et mes photos – et c’est là où je suis également performative.
La performativité désigne le fait qu’un acte ou un discours produit une réalité en l’exécutant ou en l’énonçant. Dans un monde capitaliste voire post-capitaliste, la performativité réside dans la capacité des mots, des chiffres, des modèles économiques ou des images à créer la réalité qu’ils décrivent.
Que fais-je ici ? Outre le fait que je suis un parfait produit post-capitaliste parce que ce sont bien des photos de ma petite personne qui parsèment ce site que je veux rendre attractif parce que je suis dans la performance (oh le cercle infernal), je créé également ma propre réalité, faite de mots et de photos que j’espère étendre à vous mes lecteurs – sinon je ne publierais pas. Comme les thématiques que j’étudie sont toujours un peu les mêmes – vie digitale, vie réelle, cinéma, littérature et musées – parce qu’elles résonnent en moi, l’ensemble des articles forment une toile qui, au bout de dix ans, ont presque créé un écosystème autonome où chaque article répond à un autre.
Un exemple parmi mille autres : si l’on parle ici du château de Versailles, on parle de Marie-Antoinette, de Stefan Sweig, de Sofia Coppola, de classisme et donc de politique – tout cela décliné dans des articles indépendants sous des angles tout à fait différents.
Bref. C’est vexant de se rendre compte que l’on est un produit capitaliste voire post-capitaliste performant et performatif alors même qu’on trouve que le capitalisme et ses post-évolutions, c’est tout nul et tout puant.
Il est temps d’arrêter d’écrire – il est temps d’arrêter de lire, c’est le meilleur service que je peux nous rendre aujourd’hui : allons profiter de nos vacances.
Robe Dolce & Gabbana – Pochette Chanel – Ceinture Dior – Lunettes de soleil Tom Ford – Chaussures Louboutin
Le 21 Août 2026
