REMPLIR LE VIDE – VOLUME 2

J’ai déjà parlé ici du travers contemporain d’une partie de l’humanité qui s’abime dans les réseaux sociaux et qui s’y perd. J’en parlais il y a plus de cinq ans.

Depuis, j’ai repris le métro. Tous les jours ouvré que Dieu fait – et j’en suis étonnamment ravie. Ce dont je suis moins ravie est de de constater que chaque métro que je prends, que ce soit à 9 heures du matin, à 16 heures ou à 20 heures, est empli de personnes rivées sur leurs téléphones.

Je me suis demandé si le temps offert par le transport en commun permettait de gérer ce que ces personnes n’avaient pas le temps de faire à la maison ou au travail, puisque la majorité de notre vie est à présent dématérialisée et que nous sommes tous assommés d’emails et de notifications provenant des divers organismes qui gèrent notre vie quotidienne.

Mais je me suis rapidement rendu compte que la majorité – voire la quasi-totalité – des écrans que j’entrapercevais présentaient les vidéos courtes typiquement proposées par les réseaux sociaux. L’écran est invariablement vertical et le geste du pouce est typiquement celui du défilement de contenu.

Un vide intérieur nous amène tout naturellement vers les réseaux sociaux, où un savant mélange d’information, de divertissement et de vie rêvée est disponible.

Qu’en retire-t-on ? Rien, en général, sinon un vide intérieur encore plus abyssal.

Nous en avons tous fait l’expérience : que ce soit confortablement installé sur un canapé ou porté par le bercement d’un train, chacun a déjà ouvert pour quelques minutes les “reels” d’Instagram, les “shorts” de YouTube, de X (que tout le monde appelle Twitter) ou de TikTok pour s’apercevoir qu’une heure de vie a été perdue ou que la station de métro à laquelle on devait descendre est passée depuis belle lurette.

La vérité est que toutes ces vidéos sont courtes car elles s’adaptent à un raccourcissement du temps d’attention et à un rabaissement progressif du niveau général d’éducation. La vulgarisation de l’information a du bon – car elle permet de mettre à la portée de chacun une information complexe – mais il est presque impossible de vulgariser correctement un sujet en 60 ou 90 secondes, quand il ne s’agit pas de fake news qui se propagent à la vitesse de la lumière. En outre, soyons honnêtes, la grande majorité de ces vidéos courtes n’a pas pour objet d’éduquer mais de divertir.

La vérité est également que la notion d’ennui n’a plus cours. Dans une société où l’hyper-performativité est de rigueur, il faut être occupé par quelque chose à chaque minute de notre vie éveillée. C’est bien dommage car l’ennui permet de s’offrir une pause mentale et d’accéder à son imaginaire, comme je l’ai déjà dit ici.

Prenons l’air.

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Le 7 février 2025