Voici l’étonnant musée Cerralbo à Madrid, où j’ai trainé par une tiédeur estivale toute espagnole (comprenez : nous avons eu très chaud) une consœur avec laquelle j’étais en réunion dans la capitale hispanique.
Après une attente de plus de quarante-cinq minutes, nous avons pu accéder à cet ancien palais du XIXème siècle, qui appartenait au marquis de Cerralbo, un homme politique, historien et grand – trop grand – collectionneur espagnol.
L’attente en valait-elle la peine ? Absolument pas. Fûmes-nous éblouies ? Pas du tout.
L’ensemble souffre de boursouflure.
L’architecture du lieu donne le ton : construit en 1892, le palais de style néo-classique comporte des éléments de style néo-baroque et néo-rococo plus qu’étonnants.
Le palais, conçu dès l’origine comme un musée et dont il a été fait donation à l’État espagnol, présente plus de 50.000 objets d’art, qu’il s’agisse de meubles, de tableaux, de céramiques, de tapisseries, d’objets d’archéologie, de livres ou encore d’armures.
Par ailleurs, la double destination de demeure et de musée du palais explique la grande dissemblance – pour ne pas dire dissonance – qui existe entre les appartements privés et le reste des pièces.
À la sobriété de l’entrée succède l’escalier d’honneur à double rampe. La rampe, imposante, provient de l’ancien monastère des Salesas Reales, les bustes sont romains, les tapisseries datent du XVIIème siècle et le lustre écrasant vient éclairer les armoiries du marquis de Cerralbo.
À l’escalier d’honneur, supposé souligner le prestige aristocratique du propriétaire des lieux, succède le confort bourgeois et sans grand intérêt des appartements privés.
Passons à l’étage principal. Il était, on l’a compris, destiné à souligner le rang social du propriétaire et était donc réservé à la vie officielle et protocolaire. L’armurerie servait de cadre à la cérémonie du baise-main des invitées, une salle de bain – très avant-garde à l’époque – est adjacente (mais je ne comprends pas pourquoi elle est à cet endroit), le salon arabisant était évidemment réservé aux seuls hommes puisqu’il s’agit d’un fumoir.
La seule pièce qui ait trouvé grâce à mes yeux est le bureau – mais je me sais subjective, car sensible à l’existence des quelques 10.000 livres qu’elle contient.
Les salles se succèdent – du Salon des Petites Colonnes (qui réunit des petites colonnes étrusques, égyptiennes, romaines et grecques) à la salle à manger en passant par la salle de bal – et il faut bien avouer que la décoration est de plus en plus chargée.
Que retirer de cette visite ?
Comme tout visiteur de musée, je subis un biais cognitif qui me fait partir du principe que si c’est ancien, c’est beau. Rien n’est moins vrai. Le bon et le mauvais goût ont toujours coexisté et coexisteront encore longtemps.
Mais la définition du bon goût est finalement assez subjective – et peut-être serez-vous de ceux qui seront éblouis par le musée Cerralbo.
Ma consœur m’en a-t-elle voulu de lui avoir fait perdre deux heures dans ce temple alibabaesque ? Pas du tout. Elle est de ces femmes qui ne disent pas mais qui notent tout, et lorsque j’ai vu son sourire en coin, j’ai vite compris que notre impression était la même. À la fin de la visite, nous étions déçues mais amusées, heureuses d’avoir essayé, puisque finalement la vie n’est faite que d’essais, réussis ou non.
Le 13 Septembre 2024
