Lorsque l’on en vient à “Shining”, faut-il parler du livre de Stephen King ou du film de Stanley Kubrick ? Parlons donc des deux, puisqu’ils sont également, quoique différemment, magistraux.


On connait tous l’histoire de “Shining” : un écrivain en panne d’inspiration accepte un poste de gardien avec sa femme et leur petit garçon dans un immense hôtel désert et isolé et devient peu à peu fou au point de vouloir tuer femme et enfant.
Même si ce bref résumé peut s’adapter tant au livre qu’au film, les différences entre les deux sont flagrantes.
Le roman nait d’un court séjour de Stephen King et de sa famille à l’hôtel Stanley dans l’état du Colorado. L’hôtel, qui est immense et ancien – il date de 1909 – doit fermer pour la saison d’hiver le lendemain de l’arrivée de Stephen King. De fait, les King se retrouvent les seuls clients et l’écrivain, qui passe la nuit dans la chambre 217, rêve que son jeune fils se fait attaquer dans les couloirs de l’hôtel par une lance à incendie serpentine animée des plus funestes intentions.
La rédaction de “Shining” se fait en quatre mois et Stephen King y intègre le numéro de la chambre 217, l’épisode de la lance à incendie maléfique, les longs couloirs, la vieille bâtisse chargée d’histoire qui change de nom pour devenir l’Overlook (aux multiples sens, puisque “overlook” en anglais signifie tout autant “surveiller”, “surplomber”, “négliger” que “jeter un sort”) et surtout l’isolement hivernal.


Il met beaucoup de lui dans son anti-héros Jack Torrance, qu’il s’agisse de sa lutte contre l’alcoolisme ou sa relation pleine d’amour avec son fils.

“Shining” est publié en 1977 et érige rapidement Stephen King en maître du genre fantastique, bien qu’il ne s’agisse que son troisième roman.



Stanley Kubrick s’empare bientôt de ce succès littéraire afin d’en faire un film. Il rejette rapidement la version scénarisée que Stephen King lui soumet pour retravailler jusqu’à l’os un scénario finalement bien différent du roman d’origine, puisque plusieurs éléments du roman sont éliminés alors que d’autres sont ajoutés.

La réception du film qui sort en 1980 aux États-Unis est plus que mitigée, à tel point que Stanley Kubrick remonte la fin pour escamoter une dernière scène – probablement perdue à jamais – qui voit Wendy et son petit garçon Danny à l’hôpital et que coexistent encore aujourd’hui une version américaine et une version européenne écourtée suite à l’échec du film aux États-Unis. En ce qui me concerne, je préfère la version américaine, légèrement – oh, très légèrement – plus explicative.


Stephen King reniera longtemps le film de Stanley Kubrick, et scénarisera et produira même une mini-série “Shining” pour la télévision en 1997 – mini-série oubliable, si vous voulez mon avis, car n’est pas Kubrick qui veut. Kubrick a un immense talent et j’aime tous ses films, à l’exception de “Lolita”.
Les années passant, le film de Stanley Kubrick deviendra un monument du cinéma d’horreur, disséqué par des cohortes de cinéphiles obsédés, qui n’auront de cesse encore aujourd’hui de pointer les différences entre le roman et le film et d’analyser les intentions cachées de Stanley Kubrick – alors même que celui-ci répugnait à expliquer ses oeuvres pour laisser à chacun sa latitude d’interprétation.
Comme on l’a dit, les différences entre le roman et le film sont importantes.
Là où Stephen King dépeint un Jack Torrance en perdition, torturé entre son alcoolisme et sa violence d’une part, et son envie de s’amender et son amour pour sa femme et son fils d’autre part, Stanley Kubrick peint dès les premières scènes du film un anti-héros frontalement antipathique peu soucieux des siens, incarné par un Jack Nicholson qui avait déjà flirté avec la folie dans “Vol Au-Dessus d’Un Nid de Coucou”.
Là où Stephen King dépeint une Wendy intelligente et déterminée, Kubrick propose une femme sotte et agaçante – il a d’ailleurs poussé à bout son actrice Shelley Duvall pendant le tournage en l’isolant, en l’ignorant et en lui refaisant jouer une bonne vingtaine – voire une bonne cinquantaine de fois – des scènes particulièrement difficiles.
Le topiaire crée par Stephen King, dont les animaux taillés dans le buis prennent dangereusement vie, est remplacé chez Stanley Kubrick par un immense labyrinthe.

All work and no play makes Jack a dull boy, All work and no play makes Jack a dull boy, All work and no play makes Jack a dull boy, All work and no play makes Jack a dull boy, All work and no play makes Jack a dull boy
Point de chaudière ou de coupures de journaux relatant l’histoire de l’Overlook chez Stanley Kubrick, mais plutôt une batterie d’ascenseurs qui déversent des litres de sang.
Et une chambre 217 qui devient dans le film la chambre 237, sans que l’on sache vraiment pourquoi.
Là où Stephen King décrit le naufrage psychique progressif d’un père peu à peu possédé par les esprits maléfiques de l’hôtel Overlook, Kubrick laisse penser que Jack a toujours appartenu à l’hôtel et que la possession, qui a toujours existé, existera toujours.
De fait, la fin du film diffère sensiblement de celle du roman.

On l’a dit, les changements et ajouts faits par Kubrick font encore aujourd’hui l’objet d’analyses par des cinéphiles aussi obsédés par le film que Jack l’est par l’Overlook – si j’en crois le nombre ahurissant d’articles, de blogs et de documentaires consacrés à l’exégèse du film – dont j’ai lu et vu une grande partie pour vous éviter (ou non) le plaisir de le faire.
Certains veulent voir dans le film un sous-texte sexuel selon lequel le petit garçon Danny serait en réalité abusé sexuellement par son père Jack – à grands renfort d’interprétations chargées (trop chargées, peut-être) de symbolisme à propos d’une fusée sur un pull, d’un nounours ou du motif potentiellement évocateur d’une moquette.
D’autres voient dans “Shining” un message codé de Stanley Kubrick permettant d’avouer qu’il avait filmé le faux alunissage d’Apollo 11 (où l’on en revient à une fusée sur un pull).
D’autres encore voient dans “Shining” une dénonciation de la Shoah, le tout basé sur la marque de la machine à écrire de Jack Torrence – une Adler allemande (qui n’est autre que celle de Kubrick lui-même) – et une récurrence symbolique du chiffre 42 supposé représenter l’année au cours de laquelle la solution finale fut décidée, à savoir 1942.
D’autres enfin voient dans la récurrence des motifs indiens qui décorent l’hôtel Overlook et dans les litres de sang déversés par les ascenseurs un sous-texte relatif au génocide amérindien – il est en effet rapidement expliqué dans le film que l’Overlook est construit sur un cimetière amérindien, ce qui n’est pas le cas dans le roman. Et à en croire la co-scénariste de “Shining”, Diane Johnson, l’idée n’a rien de farfelu puisque Kubrick s’était largement intéressé à l’histoire et aux coutumes amérindiens, “particulièrement les cimetières sur lesquels des habitations étaient bâties. C’est la raison pour laquelle l’hôtel est maudit : il avait profané un lieu sacré.”
D’autres, dans la même veine, voient encore dans l’Overlook un symbole contestable de l’impérialisme et du capitalisme américains, où les éléments traditionnels apaches qui parsèment l’hôtel sont devenus les éléments décoratifs d’un hôtel de luxe que seuls de riches familles blanches peuvent s’offrir.
Quoi que l’on en dise, on ne saura jamais avec certitude quels sous-narratifs Kubrick a souhaité introduire dans son film – si tant est qu’il y en ait – car, on l’a dit, Stanley Kubrick répugnait à expliquer ses films.
Les interviews de Kubrick par Michel Ciment ne donnent guère d’indications complémentaires et les interviews ultérieures de Leon Vitali, le collaborateur de longue date de Kubrick, n’apportent pas plus de réponses, hormis celle, très explicite, de lever les yeux aux ciel et de rire de toutes ces théories, d’ailleurs réunies dans un documentaire brouillon, “Room 237”.
J’en ris aussi, pour être honnête. J’en souris, pour être plus exacte. Je revisite régulièrement ces théories parfois boiteuses pour lesquelles je garde un oeil bienveillant – car je revoie le film régulièrement et j’aime à être replongée dans son univers. Si je souscris totalement à la théorie du sous-texte relatif au génocide amérindien, celles relatives à l’abus sexuel, au faux alunissage d’Apollo 11 ou à la Shoah me laissent de marbre.
Ce qui m’a, moi, souvent interpellée est le fait que Stanley Kubrick, qui voulait s’essayer après “Barry Lyndon” au genre du film d’horreur, ait demandé à Diane Johnson, une romancière spécialisée dans le roman gothique, de co-écrire le scénario.
A l’époque, Diane Johnson n’a aucune expérience de scénariste, mais elle enseigne le roman gothique à l’université et elle a publié un roman que Stanley Kubrick veut adapter au cinéma, “The Shadow Knows”, qui présente des similitudes avec le roman de Schnitzler “Traumnovelle” (ce dernier sera d’ailleurs ultérieurement adapté sous le nom de “Eyes Wild Shut”).
Sa connaissance immense des ressorts du roman gothique et de la thématique de la peur en font une interlocutrice rêvée pour Kubrick qui aime “ces domaines du récit où la raison est de peu de secours.”
L’inconscient est l’un de ces domaines. Et le roman gothique, fantastique par essence, est peut-être habité de fantômes réels ou imaginés mais ceux-ci ne peuvent exercer leur pouvoir maléfique que dans la mesure où leur proie présente une faille psychique – ce n’est pas Daphné du Maurier qui me contredira – je pense notamment à “Rebecca”.


C’est bien ce qui se passe à l’Overlook, dont les esprits maléfiques s’emparent de l’esprit d’un Jack Torrance très fragile psychiquement.
L’idée au centre du film, c’était la possession de l’hôtel. Jack était un être plein de défauts, que son égocentrisme, ses carences d’époux et son alcoolisme rendaient vulnérable à la magie noire de l’endroit. Plus tard, il en devient la victime et le prisonnier. C’est cela le thème, plutôt qu’une analyse réaliste du déclin psychologique d’un homme vers la folie.”
Diane Johnson, co-scénariste de “Shining”, interview du 12 décembre 1998
Et cet hôtel Overlook, qui est un personnage à part entière, est terrifiant, car il cache, sous des dehors normaux, toutes les caractéristiques d’un vaisseau-fantôme – il n’y a pas âme qui vive mais il est plein de fantômes.
Ses extérieurs sont ceux du très réel hôtel Timberland Lodge, situé en Oregon mais sa façade est reconstruite dans les studios anglais d’Elstree pour les plans rapprochés. Il en va de même pour son intérieur, qui est un composite étrange de plusieurs hôtels américains bien réels photographiés sous tous les angles par les équipes de Kubrick, ce qui explique pourquoi la décoration amérindienne jouxte le style Art Deco ou le style Prairie. En s’appuyant sur la réalité, aussi désorientante soit-elle, Stanley Kubrick évite les clichés du manoir hanté aux recoins sombres et rend l’horreur d’autant plus terrifiante.
L’horreur est d’autant plus terrifiante qu’elle se passe en plein jour (tout comme l’excellent “Midsommar” d’Ari Aster) – il suffit de repenser à ce premier plan en hélicoptère qui suit la voiture de Jack Torrance au bord d’un lac de montagne : la scène qui aurait pu être absolument anodine est particulièrement inquiétante à cause de la musique aux accents funèbres d’Hector Berlioz, “Dies Irae, Songe d’une nuit de sabbat” qui l’accompagne.
Ce qui m’a également souvent interpellée est le fait que Kubrick, féru de psychanalyse freudienne, ait lu peu de temps avant le tournage de “Shining” l’ouvrage de Bruno Bettelheim, “Psychanalyse des Contes de Fées”. On en revient à l’inconscient.
Né en 1903 à Vienne et décédé en 1990 au triste pays du suicide, Bettelheim fut un psychothérapeute affilié à Freud et contesté pour ses théories et méthodes sur l’autisme enfantin.
Sa “Psychanalyse des Contes de Fées”, publiée en 1976, est contestée pour d’autres raisons, à savoir des accusations de plagiat de l’ouvrage de Julius Heuscher, “A Psychiatric Study of Myths and Fairy Tales: their origin, meaning and usefulness” publié en 1974.
Pour autant, l’ouvrage de Bettelheim développe l’idée intéressante selon laquelle les contes de fées ne sont rien d’autre que des récits initiatiques à vertu pédagogique : l’enfant qui les écoute et qui s’identifie aux jeunes héros confrontés à mille périls – qu’il s’agisse de parents abusifs, d’ogres ou de forêts sombres – comprend inconsciemment qu’il faut dompter ses peurs et ses passions, casser le lien fusionnel d’avec les parents voire les tuer symboliquement pour devenir plus mature, plus indépendant, en un mot, adulte.
Et de fait, les contes de fées ne sont jamais loin dans “Shining”.
L’Overlook ressemble à un château hanté qui n’est pas sans rappeler celui de “La Belle et la Bête” ou celui de “Barbe-Bleue” avec sa pièce interdite (ici, la chambre 237) et qui se plait à perdre ses occupants dans des dédales intérieurs – les couloirs (Stanley Kubrick avait volontairement créé un décor qui n’a aucun sens architectural pour désorienter le spectateur) et des dédales extérieurs – le labyrinthe monumental.


Et puisque j’évoque le labyrinthe, les traces de pas que laisse Danny dans la neige – et qui lui assureront ultimement sa survie, ne sont pas sans évoquer les cailloux du “Petit Poucet”.
Jack Torrance, dans sa folie meurtrière particulièrement focalisée sur son propre fils, rejoint inévitablement toutes les figures parentales nocives à l’enfant qui peuplent les contes de fées, qu’il s’agisse de la belle-mère meurtrière de “Blanche-Neige”, des parents qui abandonnent leurs enfants dans “Le Petit Poucet” ou du père qui souhaite se marier avec sa fille dans “Peau d’Âne”. Amelia, la mère dépressive du terrifiant “Mister Babadook” de Jennifer Kent, rejoint cette triste assemblée de parents dangereux.
Le film part du fait que les fantômes existent. Il y avait une scène très importante à mon sens et qui a été coupée au montage, où Jack découvrait un livre près de la chaudière. C’était une histoire de l’hôtel ; en la lisant, il comprenait qu’il était une créature de l’endroit et se sentait pris au piège. Je pense qu’il aurait fallu garder cette séquence, car dans tout paradigme de conte de fées, il y a toujours un moment où le héros ne peut pas résister à l’offre d’un cadeau empoisonné, et c’est le moment où il est condamné.”
Diane Johnson, co-scénariste de “Shining”, interview du 12 décembre 1998
Jack fait lui-même une référence très directe aux “Trois Petits Cochons” lorsqu’il poursuit, armé de sa hache, sa femme et son fils.
Stanley Kubrick, contrairement à Stephen King qui navigue selon les chapitres d’une voix à l’autre entre Jack, Wendy et Danny, place tout le film à la hauteur de Danny. C’est par Danny que nous vivons les évènements qui se déroulent à l’Overlook.
Et même si Danny, du haut de ses cinq ans, est particulièrement mature et doué de pouvoirs psychiques hors du commun, le supplice permanent qu’il subit à l’Overlook n’est rien d’autre qu’un parcours initiatique au cours duquel il doit dompter ses peurs et accepter ses capacités – qu’elles soient surnaturelles ou non – pour à terme devenir plus mature et plus indépendant (certes, c’est un peu violent dans le film, puisqu’il entraine consciemment son père vers la mort et que cela n’a rien d’une mort symbolique).
Les miroirs, qui sont omniprésents dans le film, symbolisent la dualité et la lutte entre l’être social que chacun tente de construire et les peurs et les passions noires qui l’agitent en permanence. Jack n’aura pas les ressources de lutter contre la noirceur qui l’envahit, alors que Danny sera capable de se sauver lui-même.
Dans la même veine psychanalytique, on comprend également mieux que le parcours initiatique de Danny est très personnel : même s’il a des pouvoirs psychiques hors du commun qui lui permettent de voir le monde immatériel, de communiquer à distance ou de voir le passé et l’avenir, le supplice enduré à l’Overlook reflète également le traumatisme émotionnel vécu par cet enfant en particulier qui subit l’alcoolisme et la violence latents de son père et qui est en pleine dissociation – ce qui explique son attitude terriblement figée lors d’un câlin avec son père (fight, flight or… freeze), son attitude mutique après sa visite traumatique de la chambre 237 ou l’existence de son ami imaginaire Tony, qui n’est qu’un autre lui-même.
Danny vit au rythme de ses jeux et des nombreux dessins animés qu’il regarde et sa mère a d’ailleurs quelque chose du personnage un peu idiot et maladroit de Disney, Dingo. Son prénom, Wendy, rappelle d’ailleurs celui de la petite fille qui se rêve maman dans “Peter Pan”. Danny vit à hauteur d’enfant, même s’il comprend inconsciemment et de manière totalement refoulée que le monde des adultes peut vite devenir mortel.
Si l’on se place du point de vue de Danny, celui-ci doit avoir quelques inquiétudes sur l’incapacité de sa mère à le protéger – même si elle se révèle finalement pleinement mère lorsqu’elle souhaite quitter l’hôtel pour le bien de son fils, en plaçant le bien-être de ce dernier avant les souhaits de son mari et lorsqu’elle le défend physiquement contre un père devenu possédé.
Si l’on se place du point de vue de Danny, celui-ci doit encore avoir quelques inquiétudes devant la violence latente de son père et son caractère pervers-narcissique qui souhaiterait que le monde tourne autour de lui, et non autour des besoins de Danny.
Sous cet angle psychanalytique, le film “Shining” est bel et bien un conte de fées universel qui mériterait largement sa place dans la “Psychanalyse des Contes de Fées” de Bettelheim. Et c’est peut-être parce que “Shining” est un conte de fées universel qu’il résonne encore tant en nous aujourd’hui.
Voici donc ma petite contribution psychanalytique aux milles théories que “Shining” a pu susciter. Je ne l’ai lue nulle part, et je rejoins en cela la cohorte des personnes obsédées par ce film qui me laisse à chaque fois absolument scotchée. Car c’est la beauté de “Shining” : je parle de fantômes et de contes de fées mais nous sommes nombreux à rester hypnotisés par “Shining” et à chercher à tomber dans le trou du lapin et à traverser le miroir, comme Alice.
Le roman de Stephen King est une merveille, le film de Stanley Kubrick en est une autre (je répète, je recommande la version américaine, et non la version européenne). Pour les passionnés, le livre de Michel Ciment “Kubrick” est un incontournable, comme l’est également “Il était une fois… Shining” de Delphine Valloire.




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Le 6 Octobre 2023
