REBECCA

“Rebecca”, le film d’Alfred Hitchcock.

Mais surtout, “Rebecca”, le roman de Daphné du Maurier.

Je ne m’étendrai guère sur le film de Hitch, réalisateur que je vénère par ailleurs, tout simplement parce qu’à mes yeux, même un Hitch n’aura pas été capable de pleinement rendre l’atmosphère et l’épaisseur du roman de Daphné du Maurier.

Le film est assez visiblement le résultat d’un compromis entre Hitch et Selznick, dont la relation artistique fut plus qu’orageuse. Pour autant, le film gagna l’Oscar du Meilleur Film en 1941.

Revenons au roman de Daphné du Maurier. Publié en 1938, “Rebecca” est probablement le premier roman gothique moderne de la littérature anglaise.

Le roman gothique historique, qui accompagnait une redécouverte de l’architecture gothique anglaise, puisait ses racines dans le surnaturel ou le fantastique et avait connu son heure de gloire grâce à des femmes, pour ne citer qu’Ann Radcliffe (Les Mystères d’Udolpho en 1794) ou Mary Shelley (Frankenstein en 1818). Le genre fut également porté par des hommes, Oscar Wilde (Le Portrait de Dorian Grey en 1890) ou Bram Stocker (Dracula en 1897).

Le genre, doucement tombé dans l’oubli, connait en 1938 un sursaut électrisant avec la publication de “Rebecca”, dont l’action est contemporaine à l’écriture du roman. Tout y est à mot touché : point de surnaturel évident, point de vampire assoiffé de sang, mais une atmosphère à couper au couteau et qui rend fou.

Les personnages principaux sont au nombre de cinq : trois êtres vivants, une femme décédée et un manoir anglais.

L’héroïne, qui narre le récit, et dont nous ne connaitrons jamais le prénom, est une très jeune femme timide de milieu modeste, qui travaille en qualité de demoiselle de compagnie auprès d’une affreuse mégère en villégiature sur la Côte d’Azur des années 30.

La jeune femme y rencontre un sombre et séduisant veuf d’une quarantaine d’années, Maxim de Winter, qui, au terme d’une cour somme toute excessivement rapide, la demande en mariage.

Le mariage est prononcé, le veuf est toujours aussi sombre, la jeune épousée toujours aussi timorée. Ils partent rejoindre le domaine de Maxim de Winter, sur la côte anglaise.

L’horreur psychologique peut débuter.

Entrent en scène le manoir, Manderley, et Ms Danvers, la gouvernante. L’un est aussi gothique que l’autre.

Manderley, immense, majestueux et menaçant, vit figé dans le souvenir de la première Madame de Winter – Rebecca. Le lieu, qui évoque le château de Barbe-Bleue, emprisonne la jeune épousée, qui s’y perd sans cesse. Les rhododendrons du jardin, rouges, exubérants, sont agressifs et évoquent le sang. La mer, si proche, n’a rien de joyeux et ne fait que rappeler qu’elle est le linceul de Rebecca, décédée dans un accident qui a abimé son voilier au large.

Ms Danvers – qui adulait Rebecca – bien que vivante, semble morte à ce monde, toute de noir vêtue, apparaissant sans bruit, fantasmagorique. Elle n’a de cesse de rabaisser la nouvelle épousée et de prendre un ascendant psychologique dont le seul objectif est de la faire disparaitre, purement et simplement.

Au fil des pages, l’évidence s’impose : tout et tous vivent dans le souvenir de Rebecca, qui reste l’envoutante maîtresse de Manderley. Et du coeur de Maxim de Winter.

Décédée un an auparavant, Rebecca apparait surpuissante dans sa beauté triomphante, son entregent, sa bravoure physique et son charisme magnétique. Comment se battre contre un fantôme, surtout lorsqu’en contrepoint, la jeune épousée est fade à souhait, timorée et même dépossédée de son prénom ?

Pour autant, les apparences sont trompeuses. Le voilier abimé est retrouvé, le corps de Rebecca également, une enquête policière débute et le voile se déchire.

Ce roman est tout simplement envoutant. L’ensemble est lourd, étouffant, passionnant et n’a rien d’une histoire solaire.

Daphné du Maurier réussit le tour de force de planter une atmosphère qui n’est pas à proprement parler fantastique mais plutôt psychologique et fantasmatique, et de mêler intrigue amoureuse et policière. C’est un conte de fée cruel.

Je vous donne donc ici mon interprétation de Rebecca, dans ce bel hôtel Gaillard, chef-d’œuvre néo-gothique et néo-Renaissance parisien.

Robe Roland Mouret – Ceinture Dior – Veste Valentino – Escarpins Gucci – Sac à main Bvlgari – Manteau Prada agrémenté d’un camélia Chanel – Bracelet Eshvi – Gants et bibi vintage

A la Cité de l’Économie et de la Monnaie – Paris