EXPOSITION : MARILYN MONROE: UN PORTRAIT

Le titre de l’exposition que la National Portrait Gallery à Londres dédie à Marilyn Monroe jusqu’au 6 septembre 2026 à l’occasion du centenaire de la naissance de la star hollywoodienne – “Marilyn Monroe : a portrait” est bien trompeur et presque ironique.

Marilyn a probablement été la femme la plus photographiée de son temps et son image n’a cessé d’être utilisée, commercialisée et reproduite jusqu’à l’agonie – que ce soit de son vivant ou post mortem – et vouloir la réduire à un portrait et un seul relève, à mon sens, de la plus absurde des hérésies.

Involontairement peut-être, l’exposition proposée par la National Portrait Gallery met justement en évidence les milles facettes d’une femme de chair et de sang, qui coexistait avec un personnage public méticuleusement construit et qui était hantée par la thématique de l’identité.

La femme de chair et de sang s’appelle Norma Jeane. Elle connait une enfance marquée par l’abandon et l’instabilité dus aux troubles psychiatriques de sa mère, qui est internée à plusieurs reprises. Norma Jeane est ballotté entre familles d’accueil, orphelinats et foyers, sans véritable cadre affectif.

L’identité – ou plutôt son absence – préside à sa naissance.

Elle ignore l’identité de son père biologique – Stanley Gifford, qui refusera jusqu’à sa mort de reconnaître quelque lien que ce soit vis-à-vis de Marilyn ou de sa mère Gladys.

C’est le nom d’un ex-mari de Gladys qui apparait (avec une faute : “Mortenson” au lieu de “Mortensen”) sur son certificat de naissance et elle portera finalement un peu plus tard le nom de son beau-père, John Baker – qui va bientôt disparaitre de sa vie.

Ses jeunes années, marquées par l’abandon, l’insécurité et l’absence de racines façonnent profondément sa psyché.

Sa première photo professionnelle est prise en 1945 dans l’usine dans laquelle elle participe à l’effort de guerre, par le photographe de l’armée américaine David Conover, qui la fait publier dans le magazine Yank. Elle y apparait sous le nom de Norma Jeane Dougherty – le nom de l’homme qu’elle a épousé à l’aube de ses seize ans. Il va lui aussi bientôt disparaitre de sa vie.

David Conover

Elle décide de lancer dans le mannequinat et fait la couverture d’une trentaine de magasines de pin-ups.

Elle rencontre en 1946 le photographe d’origine hongroise Andre de Dienes qui fait d’elle de très nombreux portraits candides.

Andre de Dienes

Elle a commencé à éclaircir la couleur de ses cheveux et à les lisser. Souhaitant maintenant poursuivre une carrière d’actrice, elle divorce et change de nom. La transformation s’achève en 1950, avec une rhinoplastie et une génioplastie. Le phénomène Marilyn Monroe est né et la fulgurance de son succès s’accompagne de très nombreuses séances photographiques.

Les clichés de Richard Avedon, Eve Arnold, Milton Greene ou Cecil Beaton entre autres révèlent mille facettes d’une Marilyn tour à tour espiègle, lumineuse, sensuelle, mais également concentrée, pensive, rêveuse ou triste.

Cecil Beaton

Milton Greene

Jack Cardiff

Douglas Kirkland

Backstage

Eve Arnold

Philippe Halsman

Sam Shaw

La méprise préside à chaque instant : ravalée au rang de pin-up cinématique, elle lit énormément, étudie la littérature et l’art à l’université, prend des cours de chant et n’hésite pas à traverser les États-Unis pour perfectionner son jeu d’actrice à l’Actors Studio.

Eve Arnold

Sur-sexualisée, elle n’a soif que d’amour inconditionnel.

Avec Arthur Miller, son troisième mari

Blonde idiote aux yeux de beaucoup, elle se rebelle contre le système oppressif des studios et fonde sa propre société de production. Bientôt prisonnière du personnage public vampirisant qu’elle a créé, elle s’enfuit à New York dans un anonymat sans fard ni maquillage sous le nom de Zelda Zonk.

La question de l’identité, encore.

Marilyn est un kaléidoscope, et chacun voit en elle ce qu’il veut bien y voir.

Pourtant, la fêlure n’est jamais très loin pour qui sait regarder.

Les portraits présentés par la National Portrait Gallery oscillent en effet entre joie et tristesse. Les sourires sont éclatants, les éclats de rire sont spontanés, la séduction est folle – mais certains clichés plus graves laissent soupçonner le doute permanent, l’incommensurable solitude et l’immense tristesse. Le regard est parfois perdu hors champ, et le désarroi imperceptible affleure sous le masque de l’alter ego public – quand il ne s’agit pas d’instants volés alors que le masque n’a pas eu le temps d’être remis.

Milton Greene

Eve Arnold

Cette alternance de joie et de tristesse donne à l’exposition une profondeur inattendue.

Le visiteur contemple certes une légende du cinéma, mais découvre aussi et surtout une femme en quête d’identité dans un monde absolument fasciné par son apparence.

Milton Greene

En quittant la National Portrait Gallery, on emporte avec soi bien autre chose que la mémoire d’une icône mondialement connue : plutôt le souvenir d’une femme multiple dont la lumière presque aveuglante ne réussit jamais totalement à masquer les abyssales parts d’ombres.

Marilyn Monroe: A Portrait

Le 17 Juillet 2026