PANDORA

“Pandora”, le film fantastique réalisé en 1951 par Albert Lewin, met en scène James Mason et Ava Gardner dans le rôle-titre.

1930. Pandora Reynolds, une chanteuse américaine en villégiature dans un village côtier d’Espagne, fascine tous les hommes de son entourage.

L’un se suicide sous ses yeux lorsqu’elle refuse de l’épouser, un autre – pilote de course – lui sacrifie la voiture de course sur laquelle il travaille depuis deux ans en la jetant d’une falaise, un autre encore – matador – est en proie à une jalousie meurtrière. Pandora n’en a cure. Elle est invariablement indifférente, souvent insensible, parfois cruelle car elle ignore tout des mouvements du cœur.

Elle aperçoit un soir un étrange bateau qui mouille dans la baie, vers lequel elle est irrésistiblement attirée. Elle y nage et s’aperçoit que le bateau déserté n’est habité que par un solitaire navigateur, Hendrick Van der Zee (incarné par James Mason).

(Des voiliers et des yachts autant que vous voulez. Où est-il, ce Van der Zee ?)

Van der Zee est peut-être en train de peindre un portrait de la mythique Pandora qui s’avère avoir les mêmes traits que la très réelle Pandora, mais il reste pourtant parfaitement insensible à la beauté et au charme de celle-ci.

Van der Zee est vite invité à rejoindre la vie estivale du groupe d’amis de Pandora, qui devient fascinée par cet homme mystérieux.

L’un de leurs amis, Geoffrey, qui est archéologue, a récemment découvert un manuscrit en néerlandais ancien qu’il peine à déchiffrer et qui se présente comme le carnet de bord du légendaire Hollandais Volant.

Lorsque Geoffrey demande à Van der Zee de l’aider à déchiffrer le manuscrit, il comprend que ce dernier est en réalité en train de lire ses propres mémoires et que son sort est absolument tragique. Au 16ème siècle, alors riche capitaine de navire, il tue son épouse adorée car il la pense – à tort – infidèle. Condamné à mort par la Justice des hommes, il renie Dieu mais est inexplicablement sauvé la veille de son exécution. Ayant réussi à rejoindre son bateau, il comprend qu’il est condamné à errer sur les mers jusqu’à la fin des temps, sauf à comprendre le vrai sens de l’amour en trouvant une femme qui l’aime assez pour lui sacrifier sa vie.

L’indifférence que présente Van der Zee à l’égard de Pandora cache en réalité de vifs sentiments qu’il ne s’autorise guère à ressentir car il pressent que Pandora – qui ne connait pas la légende du Hollandais Volant – serait pourtant tout à fait capable de mourir d’amour pour lui. Il la rejette donc.

Mais le destin, dans sa marche implacable, ne va-t-il pas œuvrer pour réunir les amants tragiques ?

(Où est-il, cet homme de ma vie ?)

(Si je regarde vers la terre ferme, je ne risque pas de le trouver, si j’en crois le film)

(Je m’interroge. Pourquoi mourir pour un homme, autant mourir pour soi-même)

(Ah c’est lui ? Ah non. C’est mon fils que j’ai entrainé dans cet exercice photographique foireux pendant nos vacances)

Ava Gardner, qui est filmée pour la première fois en couleurs, irradie la pellicule dans ce conte onirique qui lui fait par ailleurs découvrir une Europe qui la fascinera assez pour qu’elle s’y installe ultérieurement en 1956.

C’est Man Ray, alors ami du réalisateur Albert Lewin, qui est en réalité l’artiste qui a peint le portrait touché de cubisme de la mythique Pandora.

Le film puise son ressort dramatique dans la légende du Hollandais Volant, le plus célèbre des vaisseaux fantômes. L’origine du mythe est difficile à démêler, les premières allusions connues étant publiées en 1790 par l’Écossais John MacDonald, en 1795 par l’Anglais George Barrington, puis en 1821 dans un texte non signé publié par le journal britannique “The Blackwood Magazine”. Dans cette version, un navire hollandais est pris dans une violente tempête alors qu’il tente de franchir le cap de Bonne-Espérance. L’équipage supplie le capitaine de chercher un abri mais celui-ci, qui refuse et s’enferme dans sa cabine, défie le ciel de couler le navire. Une forme lumineuse se matérialise à bord du bâtiment devant l’équipage terrorisé. Le capitaine injurie alors l’apparition, braque sur elle un pistolet et tire, mais l’arme lui explose dans la main. Une voix s’élève alors pour lui déclarer : “Puisqu’il te plaît tant de tourmenter les marins, tu les tourmenteras, car tu seras le mauvais esprit de la mer. Ton navire apportera l’infortune à ceux qui le verront”.

La légende inspire dès 1834 une nouvelle au poète allemand Heinrich Heine puis un livret d’opéra à Richard Wagner en 1843.

En 1881, c’est le jeune duc d’York – futur roi d’Angleterre sous le nom de George V – qui rapporte avoir croisé le navire fantôme alors qu’il fait route vers l’Australie.

En 1883, c’est Victor Hugo qui y fait allusion dans “La Légende des Siècles” :

C’est le Hollandais, la barque

Que le doigt flamboyant marque !

L’esquif puni !

C’est la voile scélérate !

C’est le sinistre pirate

De l’infini”

On le voit, la légende perdure et connaît de multiples versions. Albert Lewin en tire un conte fantastique et romanesque à souhait dans “Pandora”.

(Allez, on rentre, ça suffat comme ci. C’est l’heure de l’apéro)

Le 24 Juillet 2026