BASSIN D’ARCACHON

Tout comme Deauville, la ville d’Arcachon naît d’un coup financier. En bordure de l’immense baie au doux climat, le lieu – qui ne s’appelle pas encore Arcachon – n’est peuplé que de quelques cabanes de pêcheurs avant qu’une ligne de chemins de fer reliant Bordeaux à la Teste-de-Buch ne soit créée en 1841. En 1845, un débarcadère est construit sur la baie, une route tracée à travers les prés salés dessert le lieu et les premières villas se construisent.

Ancien quartier hétéroclite fait de cabanes de pêcheurs et de maisons modestes de la Teste-de-Buch, Arcachon est érigée en commune par un décret de Napoléon III en 1857. L’époque est à la thalassothérapie, à la climatothérapie et au thermalisme – il se trouve qu’Arcachon peut se targuer d’offrir tous les soins de santé possibles à ses visiteurs – puisque la source Sainte-Anne des Abatilles, bientôt découverte en 1923, est réputée pour ses qualités curatives.

Les premiers visiteurs de la fin du XIXème siècle sont principalement bordelais et ne viennent l’été. Le succès de l’endroit est somme toute relatif.

C’est sans compter sans les frères Pereire. Émile et Isaac ont construit leur fortune sur la spéculation immobilière facilitée par ce qui ne s’appelle pas encore le délit d’initié. Étant propriétaires de la compagnie des chemins de fer du Midi qui relie Bordeaux à Arcachon, les frères Pereire se demandent bien comment rentabiliser à l’année leur investissement ferroviaire.

Qu’à cela ne tienne : ils acquièrent des terrains pour y faire construire une Ville d’Hiver sur les hauteurs d’Arcachon entre 1862 et 1865, pour une riche clientèle qui va à présent venir de toute l’Europe pour se prémunir des rigueurs de l’hiver.

Des villas, toutes plus belles les unes que les autres sont construites le long de rues (dont le dessin courbe permet d’abriter des courants d’air les malades pulmonaires) et qui enserrent un parc dans lequel se niche le somptueux Casino Mauresque.

Un ascenseur permet de descendre de la Ville d’Hiver à la Ville d’Été, dédiée aux plaisirs balnéaires.

Arcachon devient bientôt la ville aux quatre saisons – ce qui lui assure une vie touristique et donc économique tout au long de l’année : à la Ville d’Hiver et à la Ville d’Été construite en damier et arborée de chalets et de maisons à louer, s’ajoutent la Ville de Printemps et la Ville d’Automne au début du XXème siècle.

Le style “chalet” prévaut un peu partout à Arcachon – par un mimétisme évident avec la Ville d’Hiver conçue et pensée par les frères Pereire qui souhaitaient attirer une clientèle en recherche de soins similaires à ce que les Alpes pouvaient offrir

Au-delà d’Arcachon, il y a cette immense baie, qui est un bassin de forme triangulaire délimité par plus de 80 kilomètres de côtes plates et de côtes dunaires boisées. Isolée de l’Océan Atlantique par un cordon dunaire qui comprend la dune du Pilat, le banc d’Arguin et le Cap Ferret, l’ostréiculture y est une longue tradition, comme le prouvent les nombreuses cabanes qui s’égrènent le long des côtes.

Victime de son succès, Arcachon doit s’agrandir. Le Moulleau devient un quartier d’Arcachon. À la fin du XIXème siècle, quelques villas sont bâties dans ce quartier excentré encore préservé de toute construction, à l’image de ce qu’était le centre d’Arcachon une cinquantaine d’années plus tôt. En 1911, un tramway reliant le Moulleau au centre d’Arcachon est inauguré.

C’est d’abord le style “chalet suisse” tellement en vogue dans la Ville d’Hiver d’Arcachon qui est utilisé pour les premières constructions au Moulleau. En choisissant de s’installer au Moulleau, le maire d’Arcachon James Veyrier-Montagnères lance un quartier jusqu’alors peu habité et à l’écart de l’agitation mondaine du centre d’Arcachon. Le choix de promouvoir le Moulleau n’est cependant pas tout à fait désintéressé, puisque James Veyrier-Montagnères est l’un des principaux actionnaires de la Société Immobilière du Moulleau, qui y commercialise à partir de 1897 des terrains à bâtir. Le succès du Moulleau ne se démentira jamais. Préservé de la vague spéculative qui touche Arcachon dans les années 1960 et qui se traduit par la destruction de nombreuses villas sur le front de mer au bénéfice de résidences modernes, le quartier du Moulleau a réussi à préserver son authenticité.

Deux hôtels de luxe répondent aujourd’hui aux souhaits de la clientèle fortunée contemporaine. Détenus par les mêmes propriétaires et décorés par le même architecte, Ha(a)ïtza et la Co(o)rniche sont distants de quelques centaines de mètres. S’il n’y en a qu’un seul à choisir, c’est la Co(o)rniche pour une vue spectaculaire sur le Banc d’Arguin, le Cap Ferret et la dune du Pilat – et pour un plateau de fruits de mer à déguster devant le soleil couchant.

Ha(a)ïtza – Expérience malheureuse en ce qui me concerne, un cent fautes

La Co(o)rniche – Expérience merveilleuse en ce qui me concerne, un sans faute

La dune du Pilat

Pour découvrir la baie et ses trésors, il n’y a rien de mieux qu’une journée en pinasse. Cette embarcation à fond plat permet au navigateur de louvoyer entre les bancs de sable omniprésents qui bougent d’une année à l’autre. Cette embarcation à fond plat permet au touriste d’apprécier autrement la dune du Pilat, le banc d’Arguin, la côte du Cap Ferret, l’ile aux Oiseaux et les cabanes tchanquées. Elle lui permet également de savourer en toute plénitude un plateau de fruits de mer (ce ne sera jamais que le 408ème et personne ne s’en lasse).

La dune du Pilat au loin

Le banc d’Arguin

Une pinasse, caractéristique de la région

Le phare du Cap Ferret

La chapelle algérienne sur le Cap Ferret. La chapelle algérienne est un bâtiment situé sur la commune de Lège-Cap-Ferret. Il s’agit du seul élément encore existant d’un vaste domaine construit par Léon Lesca – héritier d’une famille d’exploitants forestiers et de résine de la région et entrepreneur de travaux publics – à son retour d’Algérie à partir de 1864. Achevée en 1885, la chapelle, qui est inscrite au titre des Monuments Historiques depuis 2008, était accompagnée d’une villa mauresque surnommée le Palais des Pachas (qui n’existe plus) et s’insérait dans le mouvement architectural orientalisant qui se développait alors également à Arcachon – avec notamment son Casino Mauresque ou certaines villas de la Ville d’Hiver.

Historiquement, les premières cabanes tchanquées (du gascon : bâties sur pilotis) sont érigées sur les bancs de sable par les ostréiculteurs du bassin d’Arcachon pour surveiller leurs parcs à huîtres sans être tributaires des marées. Datant de la fin du XIXème siècle, elles cèdent aux intempéries et sont reconstruites mi-XXème siècle.

Les cabanes tchanquées sont devenues le symbole de la baie d’Arcachon mais ce ne sont pas les seules merveilles de l’endroit qu’il vaut mieux apprécier sans les foules estivales, au printemps ou à l’automne.

Le 3 Juillet 2026