LES GALERIES COUVERTES DE PARIS

Construits entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème siècle, les passages couverts de Paris préfigurent la mutation du commerce parisien – entre la déshérence progressive des échoppes et merceries et le phénomène des grands magasins qui va révolutionner le mode de consommation de la Parisienne.

Voies piétonnes couvertes de verrières, les galeries parisiennes ou passages parisiens qui percent certains ensembles immobiliers sont novateurs par leur structure même et par leur rôle social : systématiquement bordés de boutiques, ce sont des lieux de grande mixité où se côtoient commerces de luxe, marchands de jouets, bouquinistes et restaurants. Ils offrent par ailleurs à une clientèle souvent féminine un havre de paix qui lui permet d’acheter sereinement à l’abri des intempéries dans des commerces aux étals variés.

La quasi-totalité des passages couverts parisiens se trouve sur la rive droite de la Seine, dans le périmètre des futurs Grands Boulevards qui draine une clientèle aisée avant même le percement de ces derniers – et à proximité des théâtres qui offrent une animation propice à la dépense.

Les principaux quartiers de percement des passages couverts sont la Madeleine, le Palais-Royal, les Grands Boulevards, les Portes et République.

Le quartier de la Madeleine se développe non loin de l’Opéra Garnier, à la jonction de deux autres artères déjà réputées : les Champs-Élysées et la rue du Faubourg Saint-Honoré bordée d’hôtels particuliers imposants. Le quartier arbore deux galeries couvertes : le passage Puteaux et la Galerie de la Madeleine. Le Village Royal, ancienne Cité Berryer, est quant à lui l’un des rares passages parisiens à ciel ouvert.

L’ouverture de la Galerie de la Madeleine en 1845 est liée à celle de la place éponyme et à la construction de son église. Les façades de l’immeuble ouvrant sur la place sont imposantes. Deux superbes cariatides, œuvres de Jean-Baptiste Klagman, encadrent l’entrée principale du passage

Le Village Royal. Dénommé jusqu’en 1837 passage du marché d’Aguesseau, ce passage découvert devient en 1877 la cité Berryer, du nom de l’avocat et homme politique. En 1994, il est restauré et renommé Village Royal. Le salon de thé Ladurée, ouvert en 1871 par Louis-Ernest Ladurée n’est pas loin

Le Palais-Royal, plus au centre, cultive sa différence d’avec les quartiers d’affaires de l’Ouest et capitalise sur son caractère historique et littéraire.

Les galeries du Palais-Royal. Les galeries de Valois, de Beaujolais et de Montpensier entourent les jardins du Palais-Royal. Le duc d’Orléans, Philippe Égalité, agrandit le Palais-Royal pour subvenir aux frais de sa cour, et loue le rez-de-chaussée à des commerçants, tenanciers de tripots, transformant ainsi le Palais-Royal en véritable bazar

La Galerie Vivienne. Le Président de la Chambre des Notaires, Maître Marchoux habite dans ce quartier. Il souhaite construire la galerie la plus belle et la plus attractive des passages couverts de Paris. Il fait appel à l’architecte François-Jacques Delannoy, et la galerie est ouverte en 1823. À partir du second Empire, la galerie perd un peu de son attrait avec le déménagement des commerces prestigieux vers la Madeleine et les Champs-Élysées

La Galerie Véro-Dodat. Créée en 1826 par deux charcutiers, Véro et Dodat, cette galerie possède une belle ordonnance grâce à une illusion de profondeur due à la trame diagonale des dalles en marbre noir et blanc et à la façade continue des boutiques. La comédienne Rachel y résidait

Le quartier des Grands Boulevards connait son avènement avec les premières heures du Second Empire, avant de sombrer face à la concurrence des grands magasins. On y trouve le Passage Choiseul, le Passage des Princes, le Passage des Panoramas, le Passage Jouffroy et le Passage Verdeau.

Passage Choiseul. À l’origine, la banque Mallet dispose d’un grand quadrilatère délimité par la rue Gaillon, la rue Neuve Saint-Augustin, la rue Sainte-Anne et la rue Neuve-des-Petits-Champs. S’y trouvent alors quatre hôtels et leurs jardins. Les quatre hôtels sont détruits et seuls quelques éléments de l’un d’eux, l’hôtel de Gesvres, sont conservés (dont le porche qui forme aujourd’hui l’entrée nord du passage de Choiseul) dans le cadre de la construction du passage, qui date de 1827

Passage des Princes. La banque Mirès ouvre le passage en 1860 sur l’un des boulevards les plus fréquentés et les plus élégants de Paris et communique avec la rue des affaires, la rue de Richelieu. Il est le dernier passage couvert édifié à Paris au XIXème siècle

Passage des Panoramas. Construit en 1800, il est le premier lieu public de la capitale doté de l’éclairage au gaz dès 1817 et possède une foule de boutiques de luxe, comme le café Véron, la pâtisserie Félix et le graveur Stern, dont la boutique existe encore

Passage Jouffroy. En 1882, Arthur Meyer, directeur du journal Le Gaulois, a l’idée de s’associer à Alfred Grévin, alors célèbre caricaturiste, pour créer une galerie de personnages en cire. Le passage Jouffroy, inauguré en 1847, est le premier passage construit entièrement en fer et en verre. Le musée Grévin constitue depuis 1882 la grande attraction du quartier

Passage Verdeau. Établi en 1846 par la Société du passage Jouffroy, le passage Verdeau se situe dans le prolongement des passages des Passages des Panoramas et Jouffroy et souffre un tantinet de la comparaison

Le quartier des Portes se développe autour des théâtres à la programmation audacieuse mais également autour de la tradition historique qui en fait l’un des cœurs de la capitale, avec son axe vers Saint-Denis qui est une route royale. Un peu plus à l’Est, la place de la République est créée sous le Second Empire et est appelée jusqu’en 1879 place du Château d’Eau, changeant de nom à l’occasion du centenaire de la Révolution Française. Du quartier des Portes au quartier République, on compte plusieurs passages couverts, comme le Passage Vendôme (1827), le Passage du Bourg l’Abbé (1828), le Passage du Grand Cerf (1826), le Passage du Ponceau (1826), le Passage du Caire (1799), le Passage du Prado (1785) et le Passage Brady (1828).

Paris compte au Second Empire plus de 150 passages couverts et exporte le modèle vers plusieurs autres villes en France (Nantes, Bordeaux) et à l’étranger (Liège, Milan) mais l’avènement des grands magasins dès 1852 conduira à la disparition progressive de la plupart des passages parisiens.

Beaucoup ont disparu – la Galerie Bergère, la Galerie de la Bourse pour n’en citer que quelques-uns – mais d’autres existent encore comme on l’a vu, pour notre plus grand plaisir.

Le 12 Septembre 2025