SAINTE-CHAPELLE

J’ai déjà parlé ici de la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye, dont la nef à vaisseau unique et sans support intérieur préfigure la Saint-Chapelle à Paris. La chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye reçoit les reliques de la couronne d’épines du Christ remises à Saint Louis en 1238, la Sainte-Chapelle n’étant consacrée qu’en 1248. L’architecte Pierre de Montreuil s’occupe d’ailleurs des deux chantiers et y applique les mêmes principes.

En revanche, contrairement à la chapelle de Saint-Germain-en-Laye, la Sainte-Chapelle est la première chapelle sainte destinée à la vénération de reliques et construite comme une vaste châsse. Pour autant, l’édifice n’est pas conçu comme un lieu de pèlerinage puisque l’absence d’accès extérieur et de déambulatoire ne permet pas le défilement des pèlerins devant les reliques. En outre, la Sainte-Chapelle est édifiée dans l’enceinte du Palais de la Cité, lieu de résidence principal de Saint Louis. Le choix d’une telle implantation n’a rien d’anodin, puisqu’il s’agit d’affirmer le lien sacré entre le reliques saintes et la couronne royale.

Et même si le palais de la Cité est abandonné comme résidence royale par Charles V, la Sainte-Chapelle reste honorée par les dynasties qui suivent.

Fermée au culte en 1790, vidée de son contenu, privée des reliques sacrées et transformée en dépôt d’archives du Palais de Justice pendant la Révolution, la Sainte-Chapelle tombe en déshérence mais fait l’objet, sous la pression de l’opinion publique, d’une restauration importante qui débute en 1840 et qui dure trente ans.

Aujourd’hui, la richesse de la Sainte-Chapelle réside dans ses immenses vitraux d’origine et ses nombreux éléments décoratifs.

70% des vitraux sont d’origine. Leur composition est narrative et hautement politique, avec deux cycles distincts. Le premier cycle évoque le peuple hébreu – de la Genèse à l’Apocalypse – les rois de l’Ancien Testament et Saint Louis, leur ultime successeur, et illustre également la translation des reliques à l’origine de la construction de la Sainte-Chapelle.

Le deuxième cycle évoque l’enfance et la Passion du Christ, ainsi que la vie de Saint Jean-Baptiste et de saint Jean l’Évangéliste.

La multitude et l’intensité polychromatique de la Sainte-Chapelle, l’élégance des proportions, la simplicité de la nef, sa hauteur – qui équivaut à presque deux fois sa largeur – en font un joyau du style architectural gothique rayonnant.

La rose reconstruite au XVème siècle reprend le thème iconographique de l’Apocalypse et réaffirme également le rôle du roi en qualité de chef temporel et spirituel de son peuple.

La Sainte-Chapelle comporte pour autant deux niveaux superposés : la chapelle haute, évoquée ci-dessus, et la chapelle basse.

Les proportions et le manque de lumière de la chapelle basse évoquent plus une crypte qu’une chapelle, pour autant elle servait de paroisse à tous les habitants de l’enceinte du palais. La chapelle basse a en outre souffert des fréquentes inondations de la Seine. Seul le décor sculpté des chapiteaux sont d’origine : l’état actuel est donc pour une grande partie une reconstitution pour laquelle les restaurateurs ne disposaient guère de sources anciennes.

La flèche de la Sainte-Chapelle domine le palais de justice, du haut de ses 34 mètres. Elle est l’œuvre de l’architecte Jean-Baptiste Lassus lors de la restauration de la Sainte-Chapelle en 1855.

Le 25 Novembre 2022