PARC MONCEAU

Je ne pouvais clore ma série d’articles consacrée aux parcs parisiens haussmanniens que par « mon » parc, le Parc Monceau. « Mon » parc, tout simplement parce que c’est celui dans lequel mes enfants ont joué, grandi et même appris. Leur école donne sur le parc et les récréations s’y déroulent, en toute simplicité (so chic).

J’ai passé un nombre incalculable d’heures dans ce parc, à pousser des balançoires, à laisser des fortunes au manège et à la buvette, à mourir de froid ou de chaud selon la saison, et dans tous les cas, à suivre mes enfants dans leurs aventures et leurs découvertes.

Avant même d’avoir des enfants, j’y déjeunais souvent au soleil, mon premier cabinet se situant rue de Monceau. Habitant le quartier, j’y ai également beaucoup couru, à la nuit tombée de préférence, afin de savourer cette sensation unique de courir en flottant dans le noir (et de s’y casser la figure, forcément).

Mon musée parisien préféré – Nissim de Camondo – donne sur le parc et l’une des plus jolies rue de Paris – rue Rembrandt, est adjacente. J’ai pris beaucoup de photos dans cette si jolie rue.

La rue Rembrandt se termine par « ma » pagode rouge.

Le Parc Monceau et ses environs illustrent parfaitement cette période haussmannienne qui me passionne toujours tant, où les fantômes des banquiers-mécènes Pereire, Rothschild, Gaillard et de Camondo flottent, où les marchands d’art réputés – Louise Leiris, Kraemer, Lelong – pour ne citer que ceux-ci – préservent jalousement leur discrétion et où… les cabinets d’avocats d’affaires sont légion. Dire que les abords du Parc Monceau sont un parfait précipité de cette rive droite affairiste (jusque dans ses choix artistiques) si décriée par l’ancien Faubourg Saint-Germain serait un doux euphémisme.

J’ai toutefois une relation mitigée avec mon parc préféré : comme l’écrivain Colette, je trouve que ça manque de verdure et qu’il y a trop d’enfants, mais que voulez-vous – j’aime aussi ce parc justement parce que mes enfants s’y sont épanouis. Paradoxe, tel est mon nom.

Contrairement au Parc Montsouris et au parc des Buttes-Chaumont qui furent créés ex nihilo, le Parc Monceau tel que nous le connaissons aujourd’hui a été aménagé sur la base d’un parc préexistant.

Entre 1769 et 1773, le Duc de Chartres y fait construire une « folie », c’est-à-dire un petit château entouré d’un jardin à la française d’un hectare, hectare qu’il étend par la suite de vingt hectares de jardins anglo-chinois, agrémentés de moult fabriques.

En 1787, ce merveilleux jardin d’illusions est amputé afin de permettre la construction d’une barrière, dite de Chartres. Ladite barrière est bien plus prosaïque que la folie du Duc de Chartres, puisque l’on ne parle de rien d’autre que d’une barrière d’octroi des Fermiers-Généraux, censés prélever l’impôt sur les marchandises entrant dans Paris.

Ce bâtiment néo-classique, entouré d’un péristyle de seize colonnes, est la Rotonde du Parc que nous connaissons aujourd’hui.

A la Révolution, la folie du Duc de Chartres est confisquée et devient bien national en 1793. Après la Révolution, le parc – en piteux état – est récupéré par la famille d’Orléans.

En 1860, le jardin est démembré entre la Ville de Paris, les frères Pereire qui y créent des lotissements, et les familles de Camondo, Rothschild, Cernuschi qui y font élever de grands hôtels particuliers.

Adolphe Alphand – encore et toujours lui, le grand architecte paysager de Napoléon III – est chargé de l’aménagement du Parc Monceau, qui est inauguré en 1861. Gabriel Davioud se charge des grilles d’entrée absolument monumentales et certaines des fabriques du Duc de Chartres sont conservées et associées à de nouveaux éléments.

Une arcade de l’ancien Hôtel de Ville de Paris – détruit en 1871 – se découvre au détour d’une allée du Parc.

Une paire de colonnes cannelées, qui viendrait de l’ancien Palais des Tuileries également détruit en 1871, gît dans la pelouse.

Les statues célébrant les artistes du quartier sont légion.

Pour le reste, le promeneur découvre moult faux vestiges : une pyramide miniature, un obélisque et un sarcophage ont échoué dans un Parc Monceau somme toute très anglais, à une époque où l’égyptomanie était à son comble.

De même en est-il pour la naumachie entourée de colonnes – la naumachie étant un bassin d’eau dans lequel des spectacles de batailles navales étaient représentés. Le promeneur contemporain n’y verra qu’un charmant étang entouré de colonnes récupérées d’une ancienne église de Saint-Denis commandée par Catherine de Médicis.

Pour rester dans l’esprit italianisant de Catherine de Médicis, le pont du Parc Monceau évoque inévitablement un pont vénitien.

Que voir d’autre ? Une cascade, des palmiers, des arbres et fleurs de toutes essences.

Que voir d’autre ? Une lanterne japonaise en pierre, construite en 1786, installée en 1986 afin de célébrer l’amitié entre Paris et Tokyo.

Que voir d’autre ? Des enfants, plein d’enfants, trop d’enfants.

Claude Monet a peint cinq toiles du parc Monceau – elles sont très belles et je vois parfaitement où il a installé son chevalet à chaque fois. Mais sur quatre de ses toiles, il n’y a guère d’enfants. C’est un parc de rêve, si vous voulez mon avis.

Voilà pour mon parc préféré-détesté. Je vous l’offre en toute saison – comme vous l’imaginez maintenant que vous avez compris mon désarroi de mère – j’ai largement eu le temps de le prendre en photo au cours de toutes ces années.