EXPOSITION – LA MODE DU 18ÈME SIÈCLE

La très belle exposition “La Mode du 18ème, un Héritage Fantasmé” présentée par le musée Galliera jusqu’au 12 juillet 2026 est dédiée à la mode française du Siècle des Lumières et à l’héritage imaginaire qu’elle ne cesse de laisser depuis dans l’art du vêtement.

Il faut dire que la mode française du XVIIIème marque une rupture très réelle avec la mode d’apparat du règne de Louis XIV, qui est une mode de Cour dont les vêtements sont rigides, lourds et contraignants. La mode des Lumières, imprégnée des idées des Philosophes, devient un moyen d’expression individuelle et intime, et prospère de 1715 à 1789. La solennité est abandonnée au profit de tissus plus fluides, de motifs moins empesés et de vêtements plus souples, plus légers et plus confortables.

De fait, la mode des Lumières est marquée par une extravagance sans précédent, qu’il s’agisse de la diversité des silhouettes, de la richesse des étoffes, de la richesse des parures ou de l’excentricité des coiffures. Cette extravagance, qui est ostentatoire et qui vise – au-delà de l’expression personnelle – à refléter (elle aussi) une hiérarchie sociale bien établie, va, on s’en doute, connaitre une très réelle rupture avec la Révolution puisque le vêtement va naturellement suivre les bouleversements qui agitent l’ensemble de la société française.

L’abandon des robes volumineuses et du corset conjugué à l’inspiration antique des robes illustre parfaitement le rejet du luxe aristocratique et de la hiérarchisation de la société d’antan. La société, qui a soif d’égalité et de simplicité, se tourne vers un vestiaire plus épuré qui fantasme une Antiquité idéalisée. Les mousselines de coton ou de soie alliées aux tailles Empire qui ceignent une taille haute sous les seins remettent au goût du jour un style antique modernisé.

Même si la silhouette féminine revient peu à peu au corset et aux jupes volumineuses dans la première moitié du XIXème siècle, c’est le Second Empire qui va, le premier, idéaliser l’esthétique du XVIIIème siècle, et qui va en faire une source d’inspiration majeure. Le Second Empire va remplacer le fantasme antique par le fantasme de la mode des Lumières. L’expression la plus répandue de ce goût pour la mode des Lumières demeure la crinoline, qui n’est qu’une réinterprétation des paniers XVIIIème.

Dans une société bouleversée par des changements politiques et sociaux majeurs, qui voit l’émergence de la bourgeoisie et d’une noblesse d’Empire bien jeune et bien peu légitime aux yeux de la vieille aristocratie ; qui voit les débuts de la Révolution Industrielle qui permet à de nouvelles fortunes d’émerger, le XVIIIème siècle apparaît comme un monde d’élégance aristocratique et un paradis perdu qui suscite une forte nostalgie. S’y référer – ne serait-ce que par les manières et par le vêtement – pour le pouvoir impérial et pour les classes dominantes, permet de créer une continuité et une légitimité certes fallacieuses, mais ô combien valorisantes.

Le fantasme ressuscitera à chaque grand moment de doute sociétal. Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, la couture française qui cherche à asseoir sa légitimité sur le marché international, se tourne elle aussi vers le XVIIIème. Il faut dire que la mode des Lumières est riche en inspirations diverses, tant le savoir-faire des manufactures royales de l’époque aura laissé une trace durable dans l’héritage français du vêtement.

La diffusion massive d’images par la presse, le cinéma et les arts du divertissement transforme cet héritage en un code visuel immédiatement identifiable par la culture populaire.

Progressivement, la mode des Lumières n’est plus uniquement une référence historique, elle devient également une esthétique à part entière, qui est sans cesse réinventée, réinterprétée et réappropriée selon les aspirations de chaque époque.

L’exposition “La Mode du 18ème, un Héritage Fantasmé” confronte, à travers plus de soixante-dix silhouettes (dont le fragile corset de la reine Marie-Antoinette, exceptionnellement présenté au public), la mode XVIIIème avec la mode des siècles suivants qui n’aura jamais eu de cesse de fantasmer sur la mode des Lumières.

Corset de Marie-Antoinette – 1785

Casaquin – Circa 1735-1745

Veste d’homme – Circa 1745-1760

Robe à la française – Vers 1755-1765

Robe à la française – Circa 1765-1775

Robe à la française – 1750-1760

Caraco – Circa 1780-1790

Robe à la française – Circa 1770-1780

Caraco et jupe – Circa 1790-1795

Pièces d’estomac

Corsage du soir d’une robe à transformation – Circa 1850

Robe à transformation – Circa 1845-1850

Jacquette de femme – Circa 1898

Robe à l’anglaise – Circa 1780-1785

Robe à la française – Circa 1760-1765

Tea gown – Circa 1900

Le Duo – Dagnan-Bouveret – 1883

Jeanne Lanvin – Robe de travertissement – 1926

Jeanne Lanvin – robe de style Watteau – 1922

Christian Lacroix – Robe du soir – 1992-1993

Robe volante – Circa 1735-1739

Chanel – Robe du soir – 2005

Balmain – Robe du soir – 1957-1958

Louis Vuitton – Redingote – 2018

Yves Saint Laurent – Manteau du soir – 1959

Jean-Paul Gaultier – Veste à paniers – 1998

Jean-Paul Gaultier – Coiffe La Belle Poule – 1998

Chanel – Ensemble de mariée – 1992-1993

La Mode du 18ème Siècle. Un héritage Fantasmé

Le 10 Avril 2026