À la faveur d’un cocktail professionnel organisé au Palais Galliera, me voici donc devant les œuvres de Rick Owens.
Le Palais Galliera présente en effet jusqu’au 4 Janvier 2026 la première exposition parisienne dédiée au créateur et l’évènement a été attendu de longue, très longue date.
Né en 1961, Rick Owens grandit sous le soleil californien et à l’ombre d’une éducation religieuse qui le familiarise dès l’enfance avec les récits bibliques, dont il aime l’esthétique.
Très tôt attiré par l’art et la mode, il étudie le design avant de s’installer à Los Angeles, où il travaille comme patronnier et où il rencontre celle qui l’emploie, mais surtout celle qui va devenir sa compagne et sa muse, Michèle Lamy. Michèle est française, Michèle a été juriste pénaliste, Michèle a quitté la France pour ouvrir à Los Angeles deux restaurants, puis Michèle est devenue styliste. Owens rencontre ce personnage haut en couleur alors qu’il est embauché pour l’aider à la découpe de ses patrons.
L’amour et l’art les réunissent bientôt et Owens caresse le rêve de fonder sa propre griffe – ce qu’il fera en 1992. Ses ressources limitées le poussent à récupérer toutes sortes de matières premières et il détourne tout ce qu’il trouve – des jerseys de tee-shirt aux sacs militaires, en passant par des couvertures de l’armée. Parmi ses couleurs de prédilection, le noir domine et un gris spécifique baptisé dust devient emblématique de son marque.
Rick Owens et Michèle Lamy quittent les États-Unis en 2003 et s’installent à Paris. Provocateur, transgressif, son style underground trouve un large écho au sein du public – étonnamment – et le succès devient planétaire.
Owens souhaite, défilé après défilé, redéfinir les standards de beauté contemporains en prônant une esthétique de l’étrange. Le créateur s’inspire en effet des mots de Baudelaire : “Le beau est toujours bizarre”. Ses défilés se teintent également de réflexion politique, en dénonçant l’intolérance ou le patriarcat.
Il puise autant ses inspirations de son éducation religieuse – avec une fascination avouée pour le sacré – Gustave Moreau, ses racines mexicaines ou encore Huysmans.
L’exposition présentée au Palais Galliera, dirigée par Rick Owens lui-même, s’articule autour de neuf thématiques, du sacré à la tendresse, en passant par Hollywood et les années 1930. Le parcours de l’artiste débute avec des silhouettes inspirées du cinéma américain, notamment des robes fourreau coupées en biais. Mais il réinterprète cette élégance à sa manière, en y insufflant une part de déchéance : les vêtements sont patinés et décolorés, comme marqués par le temps. C’est un Hollywood déchu.
L’œuvre de Rick Owens se déploie également à l’extérieur du musée, où il a enveloppé les statues de la façade du Palais Galliera dans un tissu brodé de paillettes.


Dans le jardin enfin, trente sculptures de ciment aux formes brutalistes spécialement conçues pour l’exposition rappellent ses créations de mobilier – car il créé également du mobilier.
Bien. Tout ceci étant dit, ai-je été sensible à l’œuvre de Rick Owens, que je ne connaissais que de très très loin ?
Pas du tout.
Comme dit mon ado, “j’ai pas la vision”. Mais alors pas du tout.
L’exposition est baptisée “Temple of Love” mais je ne vois ni le temple, ni l’amour.
Je vois la technique – et elle est là, elle est bien là et j’admire la prouesse – je vois d’ailleurs plus de la sculpture que de la couture.
En revanche, l’esthétique de Rick Owens n’est pas du tout la mienne – je trouve l’ensemble laid, voilà le mot est lâché. C’est peut-être fait exprès, c’est peut-être une façon de démythifier Hollywood et son irréalisme ou encore les standards de beauté inatteignables – je ne sais.
La mystique de Rick Owens ne me parle absolument pas non plus. Je ressens une mystique dévoyée, sombre, noire. Je ne vois pas où est la transcendance. C’est peut-être fait exprès, après tout – je ne sais – peut-être sommes-nous tous des anges déchus. Comme Lucifer.
Non, je n’ai pas la vision. Mais alors pas du tout.

Hollywood et les années 30

Joseph Beuys


Michèle Lamy









L’art de la coupe


Le sacré

Le 5 Décembre 2025
