C’est un fait : le télétravail, qui ne concernait que 7% des travailleurs français avant la crise sanitaire du Covid qui a conduit à un recours massif et intégral à ce mode de travail, a révolutionné le monde de l’entreprise et s’est à présent totalement généralisé.
Dans un rapport 2023-02-23-PRO-56 du 23 février 2023, le Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes français (le “HCE”) s’interroge sur l’impact que ce télétravail maintenant institutionnalisé peut avoir sur l’égalité homme-femme.
Ce nouveau mode de travail a les défauts de ses qualités : la réduction du temps de transport et la plus grande autonomie dans l’organisation des horaires de travail peuvent créer une confusion entre espaces professionnel et personnel et partant, entre travaux professionnels et domestiques.
Si l’inégalité préexiste dans la sphère domestique au détriment de femmes qui subissent une charge mentale importante, le télétravail ne fera finalement qu’aggraver cette inégalité.
Le gain de temps dû à un transport maintenant inexistant peut mener à un isolement qui peut favoriser dans certains cas les violences conjugales.
La plus grande autonomie dans l’organisation des horaires de travail peut parfois se traduire par une extension sournoise des plages horaires dédiées au travail (23% des femmes ont déclaré avoir vu leur temps de travail augmenter lors du confinement, contre 15% pour les hommes) – une nouvelle pratique consistant à répondre immédiatement à un appel ou un message pour prouver qu’on est en train de travailler quand bien même on est à la maison, créant ainsi un sentiment de culpabilité latent et une volonté de sur-performativité constante. Ce dernier point s’applique autant aux hommes qu’aux femmes, mais il devient particulièrement dommageable pour ces dernières, si ce sont elles qui supportaient déjà la charge mentale du foyer.
La confusion des espaces professionnel et personnel peut amplifier leur fatigue physique et mentale préexistante et peut pénaliser leur parcours professionnel à long terme.
Selon une étude réalisée en février 2021 (soit un an après le début de la crise du Covid) par Ipsos et le cabinet de conseil Boston Consulting Group, il a été constaté que :
- les femmes sont 1,3 fois moins nombreuses que les hommes à disposer d’un espace isolé (pendant le confinement, 51% des femmes télétravaillaient depuis le salon, contre 39% des hommes, selon le rapport du HCE),
- les femmes ont 1,5 fois plus de risques d’être fréquemment interrompues lorsqu’elles télétravaillent (pendant le confinement, 44% des femmes ayant des enfants de moins de 16 ans ont indiqué ne pas pouvoir travailler au calme contre 31% des hommes, selon le rapport du HCE), et
- les femmes sont 1,3 fois plus susceptibles que les hommes d’être en situation d’anxiété.
Le télétravail est, pour les femmes, un enjeu bien particulier qu’il convient de considérer avec attention.
Chaque femme qui télétravaille doit valablement se demander dans quelle mesure ce nouveau mode de travail impacte ou non son quotidien, sa santé physique et sa santé mentale. Certaines se sont épanouies dans le télétravail, mais si ce n’est pas le cas, il faut peut-être réfléchir aux solutions suivantes :
- télétravailler depuis un lieu autre, c’est-à-dire un espace de travail qui se distingue de la maison et du bureau pour éviter l’isolement et accéder aux conditions de travail adéquates – avec les bons outils et sans les interruptions enfantines,
- retourner de manière extrêmement régulière au bureau pour dissocier vie professionnelle et vie personnelle et pour lutter contre l’isolement social,
- s’accorder, en télétravail, le droit à la déconnection afin de ne pas voir la plage professionnelle glisser au-delà des horaires attendus,
- discuter à la maison avec le partenaire afin que la charge mentale soit équitablement répartie, et avec les enfants – s’il y en a – pour qu’ils comprennent qu’ils peuvent solliciter les deux figures parentales de manière indifférenciée.
Ce sont des conseils pragmatiques mais je les trouve bien pauvres parce qu’ils ne pèsent que sur les épaules des femmes et non pas sur la société. Mais c’est toujours un début. L’important est d’avoir conscience de la problématique et des risques induits.
NDLR. Me voici donc à la sortie du bureau pour une heure de séance-photo. Je tiens à ne pas télétravailler car je crois à la pâte humaine vécue en direct et j’en ai assez de n’être appelée que “Maman” car il se trouve que j’ai aussi un prénom. À la maison, il n’y a pas d’autre figure parentale qui prenne la relève en mon absence, tout pèse sur moi et il ne me viendrait même pas à l’idée de me plaindre car ainsi l’ai-je voulu. Suis-je épuisée ? Assurément. Suis-je heureuse ? Assurément. Mais je suis bien consciente de ma chance à pouvoir vivre une vie à peu près cohérente entre ce que je pense, ce que je ressens et ce que je fais.
Manteau (ou robe, on ne sait pas trop) et ceinture Dior – Pantalon Armani – Sac à main Lanvin – Ballerines Chloé – Lunettes Miu Miu – Gants vintage – Écharpe et pull Monoprix
Le 15 Novembre 2024
