MUSÉE JEAN-JACQUES HENNER

Le musée Jean-Jacques Henner, l’un des rares musées du 17ème arrondissement de Paris, est dédié à ce peintre aujourd’hui oublié mais pourtant célèbre de son vivant.

Le musée est installé dans un très charmant hôtel particulier de l’avenue de Villiers, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le peintre Jean-Jacques Henner n’y a jamais vécu : c’est le peintre Guillaume Dubufe qui y a résidé. Jean-Jacques Henner y a diné à trois reprises en 1878 et 1879 et c’est la veuve du neveu de Jean-Jacques Henner qui achète en 1921 aux héritiers de Dubufe l’hôtel particulier qui deviendra en 1924 un musée dédié à Jean-Jacques Henner. Elle fait don à l’État du bâtiment, des meubles et objets ayant appartenu au peintre et quelques 440 peintures.

L’hôtel particulier en tant que tel est un parfait exemple de l’architecture privée de ce nouvel ouest parisien modelé par Haussmann et les frères Pereire. Une partie du décor intérieur de Guillaume Dubufe a été conservée – à telle enseigne, les moucharabiehs qui ornent le grand atelier rouge du premier étage.

Jean-Jacques Henner, on l’a dit, n’a jamais vécu dans cet hôtel particulier. Né en Alsace à Berwiller dans le Haut-Rhin en 1829, ce fils de paysan étudie en Alsace puis poursuit ses études à Paris dès 1848 grâce à l’octroi de plusieurs bourses. Il restera néanmoins attaché à jamais à sa terre natale et y reviendra tous les ans.

Il se voit décerner le Prix de Rome grâce à sa peinture “Adam et Eve découvrant le corps d’Abel”, ce qui lui ouvre les portes de la Villa Médicis pendant cinq ans.

En 1864, Jean-Jacques Henner est de retour à Paris – Place Pigalle, au nord de cette Nouvelle Athènes pleine d’effervescence artistique dans la seconde moitié du 19ème siècle.

Son talent de fin portraitiste et ses nombreux nus féminins aux chevelures rousses font sa réputation. Son style propre le laissera toute sa vie à l’écart des évolutions artistiques de son époque. Ni académique, ni naturaliste, ni impressionniste, Jean-Jacques Henner est peut-être l’un des derniers peintres romantiques.

Son tableau le plus connu, “L’Alsace, elle attend”, est peint en 1871 à l’issue de la défaite française. Profondément marqué par la perte l’Alsace-Lorraine annexée par le nouvel Empire allemand, il exprime sa douleur par la personnification de sa région natale en une jeune femme en deuil, où seule la cocarde tricolore apporte une touche de couleur. Le visage grave de l’Alsacienne, l’œil dans lequel on soupçonne une larme proche marquent les esprits de l’époque.

Jean-Jacques Henner devient connu et populaire grâce aux nombreuses gravures très largement diffusées de son tableau car cette douleur personnelle est au diapason du traumatisme national : “la France toute entière reconnut dans cette figure la personnification de l’Alsace perdue”, pour citer l’un des biographes du peintre.

Peintre prolifique, Jean-Jacques Henner est élu en 1889 à l’Académie des Beaux-Arts et décèdera à Paris en 1905.

15 Avril 2022

“L’Alsace, elle attend” par Henner

 

« A la France toujours » par Benner, un élève de Henner