PANTHÉON

Alors que Joséphine Baker – première femme noire – s’apprête à être panthéonisée, parlons quelques instants du Panthéon, qui domine si majestueusement la montagne Sainte-Geneviève et qui est particulièrement cher à mon cœur puisque son ombre a abrité ma soutenance de thèse et mes amours.

Je vais être honnête, je préfère le Panthéon vu de l’extérieur, car son architecture néo-classique si épurée m’enchante.

Le dôme, imposant, abrite une prouesse technique invisible, puisqu’en réalité trois coupoles sont imbriquées les unes aux autres : le dôme extérieur en pierre – ce qui constitue déjà un exploit technique en tant que tel – une coupole intermédiaire qui soutient de l’intérieur le lanterneau dominant l’édifice, et une coupole à caissons, visible de l’intérieur.

C’est le 6 septembre 1764 que Louis XV pose la première pierre de ce projet monumental dirigé par l’architecte Jacques-Germain Soufflot et dont la vocation première est de recueillir la châsse de Sainte-Geneviève (qui se trouve finalement à quelques mètres, à l’église Saint-Etienne-du-Mont).

Cette vocation première sera contrariée, le monument étant, au fil des tourments et des tournants de l’Histoire, panthéon ou église, et la mention portée sur le fronton “Aux grands hommes la Patrie reconnaissante” étant plusieurs fois déposée puis ré-apposée. De la même manière, la croix qui surmonte le lanterneau de l’édifice fut maintes fois enlevée puis remise (elle fut même sciée par les Communards qui y firent flotter le drapeau rouge de la Commune) pour finalement rester depuis 1873.

L’édifice est achevé en 1790 mais la Révolution le déconfessionnalise et c’est à la mort de Mirabeau en 1791 que l’on songe à réunir au Panthéon les tombes des grands hommes de France.

Et là commence la partie qui me séduit le moins : la crypte du Panthéon, que je trouve sans âme (c’est un comble) et qui ne suscite donc chez moi aucune émotion.

Cette crypte, qui réunit 80 grands hommes et (quelques) grandes femmes de France (elles ne sont que cinq, six avec Joséphine Baker), est le temple républicain par excellence qui symbolise l’écriture d’un roman national moderne bien lisse à mon goût.

Venant en miroir d’une canonisation louant une exemplarité religieuse, la panthéonisation promeut depuis la fin du XVIIIème siècle l’idéal d’une morale républicaine et laïque tout en tricotant au passage un roman national fondé sur une liberté révolutionnaire (entendez, liberté républicaine).

L’esprit du Siècle des Lumières – précurseur de l’esprit révolutionnaire et donc républicain – est significativement représenté avec les caveaux de Voltaire, Rousseau, Condorcet et Cabanis.

L’esprit révolutionnaire est lui-même largement présent avec Bevière (rédacteur du Serment du Jeu de Paume), l’abbé Grégoire, les généraux Marceau et Ordener, les juristes Portalis et Tronchet – pour ne citer qu’eux.

Hugo, Zola et Dumas sont les dignes fils de cet esprit républicain né de la Révolution française, et sont loués comme tels.

Plus récemment, la Résistance est régulièrement célébrée (et le sera encore avec Joséphine Baker), que ce soit par l’hommage général aux Justes inscrit dans la crypte ou par l’inhumation de Jean Moulin, Simone Veil, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

Que l’on parle de l’Assemblée Constituante en 1791, de Napoléon Ier sous le Premier Empire, des députés sous les Troisième et Quatrième Républiques ou encore du Président sous la Cinquième République, le choix de la panthéonisation de telle ou telle personnalité révèle toujours la vision républicaine – devrais-je dire politique – de l’autorité décisionnaire du moment.

Mais qu’il s’agisse du Siècle des Lumières, de la Révolution, d’écrivains engagés ou de résistants, on ne célèbre en réalité que cet esprit sublime de liberté républicaine. C’est très beau, mais c’est aussi un tout petit peu réducteur, car l’histoire de France n’a rien d’un roman national linéaire.

(Fait amusant, j’écris ce texte alors que la France est en train de jouer les huitièmes de finale de l’Euro et que la Marseillaise et les clameurs montent de la rue, dans un bel élan patriotique exacerbé par des mois de confinement et de couvre-feu. Comme quoi, on a toujours besoin d’un beau roman national, qu’il soit au Panthéon ou sur un terrain de foot.)

Pour alléger le débat, voici les photos du panorama qu’offre la visite extérieure du dôme du Panthéon : c’est l’une des plus belles vues de Paris.