LA COMTESSE AUX PIEDS NUS

Cette somptueuse robe en tulle rose m’en rappelle une autre : celle portée par Ava Gardner dans “La Comtesse aux Pieds Nus”.

La robe que je porte vient de chez Marcel et Jeannette, spécialistes du vêtement ancien – et derrière Marcel et Jeannette se cachent plutôt deux femmes, Virginie et Merry. Et puisque ces deux comparses sont des amies, elles m’ont prêté cette splendide robe pour les besoins d’une séance-photo.

La robe date des années 50. Le bustier, d’une folle simplicité, reflète un savoir-faire impressionnant et le tombé de la jupe est tout simplement parfait.

Ce qui m’amène donc à cette autre robe de cinéma, qu’Ava Gardner porte dans l’une des scènes (celle du casino, pour être précise) de “La Comtesse aux Pieds Nus”. Confectionnée par les sœurs Fontana pour les besoins du film, cette robe rose – qui n’est certes pas en tulle mais en satin duchesse de soie – est tout simplement une œuvre d’art. Elle est d’ailleurs exposée au Met.

Parlons donc de “La Comtesse aux Pieds Nus” réalisé en 1954. Joseph Mankiewicz, son réalisateur, souhaitait tourner la version amère d’une Cendrillon moderne et c’est tristement très réussi.

Le film s’ouvre sur une scène d’enterrement – celui de Maria Vargas (interprétée par Ava Gardner), dont l’histoire nous est contée en flashbacks par certaines des personnes présentes aux funérailles.

Nous découvrons ainsi Maria, une jeune danseuse madrilène assurément envoutante qui devient, sous l’égide d’un producteur américain sans scrupules, une star hollywoodienne adulée de tous. Pour autant, Maria ne se sent jamais vraiment à sa place dans cette nouvelle vie. Ses amours ne sont guère plus satisfaisantes, et se termineront tragiquement.

Maria aura suscité bien des appétits dominateurs au cours de sa vie, que ce soit des appétits professionnels ou amoureux – et c’est elle qui en pâtira à chaque fois. Sa spectaculaire beauté en fait une proie de choix pour les hommes et elle n’a finalement pas d’autre alternative que de se retrancher en elle-même, créant par là autour d’elle une aura de mystère impénétrable.

La vraie Maria n’aura guère d’espace pour exprimer sa personnalité, et la statue en pied qu’un sculpteur réalise d’elle est la parfaite allégorie de cette femme enfermée, constamment objetisée et sans grand espoir d’être heureuse ou simplement elle-même. Ou simplement vivante.

Pour la petite histoire, le scénario de “La Comtesse aux Pieds Nus” a largement puisé dans la vie de Rita Hayworth (qui refusa le rôle pour cette exacte raison), qu’il s’agisse de ses origines espagnoles, de sa vocation première de danseuse, de ses relations avec son redoutable producteur Harry Cohn, patron de la Columbia ou encore de ses amours malheureuses avec Eddy Judson et le prince Ali Khan.

Comme l’avaient si justement relevé Jean-Pierre Coursodon et Bernard Tavernier, dans leur “50 ans de cinéma américain”, “on n’oubliera pas de sitôt le chant passionné de La Comtesse aux pieds nus, éblouissant film sphinx aux mille facettes, combat désespéré d’une héroïne à l’inutile splendeur contre un monde sordide”.

Robe vintage Dior de chez Marcel et Jeannette, Marché aux Puces – Ceinture Dior – Escarpins Prada – Boucles d’oreilles JD Barocca