LA REINE MARGOT

Sans “La Reine Margot”, réalisé en 1994 par Patrice Chéreau, il n’y aurait peut-être pas eu “GOT”. Dix-sept ans avant la série “Game of Thrones”, Patrice Chéreau avait déjà posé les bases du film d’époque décadent, presque gothique, mélangeant amour, sexe, violence, politique et trahison. Le sang irrigue “La Reine Margot” et cette violence folle qui parcourt le film en fait un conte cruel, une tragédie antique.

“La Reine Margot” débute le 18 août 1572 avec le mariage de la catholique Marguerite de Valois – fille du défunt roi Henri II et de la reine-mère Catherine de Médicis, avec le prince protestant Henri de Navarre.

L’atmosphère des noces est pesante, car les antagonismes entre les nobles catholiques et protestants venus assistés au mariage, sont exacerbés.

L’atmosphère est également pesante, car la famille de Margot, qu’il s’agisse de ses frères (dont l’un est le roi) ou de sa mère, complote dès le jour de ses noces pour s’assurer de leur mainmise sur le pouvoir contre le parti protestant mené par le puissant chef protestant Coligny.

Margot, que son nouveau mari révulse, déambule la nuit même de ses noces masquée dans les rues de Paris, à la recherche d’un amant de passage. Elle le trouve en la personne du beau seigneur de La Môle, qui ignore son identité.

Les noces de Margot, que l’on devine célébrées sous de sombres auspices vont tragiquement devenir les “noces de merveille” quelques jours plus tard. En effet, la tentative d’assassinat de Coligny devient l’évènement déclencheur du massacre mené le 24 août 1572 par les catholiques sur les nobles protestants venus à Paris pour les noces. Le massacre est ordonné par un roi Charles IX en plein délire et sous la domination malsaine de sa mère, Catherine de Médicis. Le Louvre est baigné de sang.

Lors de cette tragique nuit de la Saint-Barthélemy, Margot voit un noble protestant se réfugier dans sa chambre. Ce n’est autre que La Môle, qui la reconnait.

Un amour passionné naît et même la mort ne les séparera pas.

Lors de sa sortie, “La Reine Margot” créé un tremblement de terre : Patrice Chéreau, qui vient du monde du théâtre, réussit le tour de force de filmer du cinéma théâtral – ou du théâtre cinématique, je ne sais – et cette tonalité donne évidemment un écho surpuissant et dramatique à une intrigue qui en devient tragédie.

Au-delà de la théâtralité de l’œuvre, c’est la violence brute du massacre de la Saint-Barthélemy qui frappe les esprits, Patrice Chéreau ayant souhaité réaliser un film sur les guerres de religion en convoquant inéluctablement à la conscience du spectateur le génocide juif, le conflit yougoslave, ou encore le génocide rwandais.

Pour construire son film, Chéreau, très érudit, s’est notamment inspiré du tableau de Géricault, “Le Radeau de la Méduse” et l’on comprend bien pourquoi lorsque l’on connait cet épisode désastreux de l’histoire maritime. C’est tragique, désespéré et la nature humaine n’y apparait pas sous son meilleur jour.

C’est la violence perverse des sentiments, qui choque aussi : Chéreau s’inspire du “Parrain” de Scorsese, pour dépeindre ces Valois mafieux et vénéneux.

Patrice Chéreau a pris de grandes libertés avec le roman d’Alexandre Dumas, pour faire de Margot le personnage central autour duquel toutes les intrigues tournoient. Ces intrigues finiront par l’enserrer et l’étrangler. Isabelle Adjani n’a jamais été aussi belle, magnétique, puissante, perdue, tragique qu’en incarnant cette reine Margot, qui est emportée par le flot d’une Histoire dont le cours est suspendu aux décisions erratiques de son frère ou complotistes de sa mère.

Parlons de cette mère, d’ailleurs, Catherine de Médicis. Il faut être honnête, Patrice Chéreau ne lui rend guère grâce. Virna Lisi, qui incarne cette reine de conte cruel, est tout bonnement terrifiante, machiavélique et despotique. Elle vend sa fille au protestant de Navarre, empoisonne ses opposants, décide du massacre de la Saint-Barthélemy, manipule ses enfants et incarne le pouvoir réel derrière le pouvoir de façade.

Il faut tout de même rendre justice à cette reine – la vraie – qui n’a pas grand-chose à voir avec cette reine de roman.

Son nom reste irrémédiablement attaché aux guerres de religion et à la Saint-Barthélemy qu’elle ordonna avec son fils le roi Charles IX. Le sang des nobles protestants a certes souillé les couloirs du Louvre pendant cette nuit tragique de la Saint-Barthélemy, mais la folie meurtrière s’est emparée plusieurs jours des catholiques, se propageant dans toute la France, faisant entre 5.000 et 10.000 victimes dans toute la France.

Pourtant, avant cet évènement tragique, Catherine de Médicis mena longtemps une politique de conciliation entre catholiques et protestants, établissant la liberté de conscience pour les protestants et appelant à la tolérance civile.

Le mariage de sa fille Marguerite (que personne, d’ailleurs, à l’époque n’appelle Margot) avec le protestant Henri de Navarre n’a pas d’autre but que la conciliation.

Grande politicienne, Catherine de Médicis est également un grand mécène, une authentique amoureuse des arts – qu’il s’agisse de lettres, de peinture, de poésie, de musique, d’architecture ou de gastronomie. Mais tout cela sera balayé par une légende noire, réécrite au fil des siècles moins contre elle que contre la monarchie en général.

Le chagrin ressenti par Catherine de Médicis lors du décès de son époux le roi Henri II, la porte à changer son emblème, pour adopter une lance brisée accompagnée de la devise “De là viennent mes larmes et ma douleur”. Ce même chagrin lui fit porter jusqu’à la fin de sa vie le deuil en noir, alors que le deuil des reines de France se portait traditionnellement en blanc.

Me voici donc toute de noir vêtue, devant ce Louvre chargé d’Histoire, afin de rendre hommage à cette Margot de roman et à cette Catherine de Médicis de chair et de sang si mal connue.

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