RETROGLAM

Je suis parfois fatiguée par certaines personnalités publiques dont le seul et unique fonds de commerce est de se mettre nues ou presque dans des poses aguicheuses sur Instagram et de se réclamer dans le même temps du féminisme, puisque “leurs corps, leurs choix”.

Outre la brièveté de l’argument dévoyé qui pue surtout le marketing nauséabond et très premier degré ; outre la fameuse question de l’écrasement de la femme à une seule dimension qui est celle d’un corps répondant à des standards sociaux-culturels actuels, j’aimerais en réalité déplacer un tantinet le débat.

Je suis parfois fatiguée car mon adolescente (bon d’accord, elle a 21 ans, mais sa petite sœur de 7 ans suit) doit construire sa féminité dans ce monde sursaturé d’images féminines peu transcendantes. Je suis parfois fatiguée car mon fils de 10 ans me demande pourquoi il y a autant de femmes “presque toutes nues et pas très classes un peu partout” (je cite).

Le point n’est même plus celui de la nudité, même si, et je l’ai déjà exprimé, la nudité est pour moi l’affaire d’un nombre très restreint de personnes, à savoir deux si je m’inclus.

S’afficher de manière excessivement régulière en tenue d’Eve sur les réseaux sociaux relève – à mes yeux – d’une volonté souvent peu consciente de se présenter en objet de consommation sexuelle qui devra être validé par un maximum de likes.

On peut être “sexy” – mot que j’abhorre – ou désirable – mot que je préfère – de mille façons, que l’on soit totalement nue, un petit peu nue ou même franchement habillée. Le désir est quelque chose de très personnel et, en ce qui me concerne, je préfère toujours ce qui est suggéré à que ce qui est montré.

Je suis parfois fatiguée parce que la nudité à laquelle nous sommes exposés est souvent confondante de vulgarité.

Et nous y voilà. Le point n’est finalement pas tant la nudité. Le point est la vulgarité. Et cela tient souvent à la posture mentale et donc à la posture physique. Se présenter en poupée passive, inactive et aguicheuse ne peut qu’objétiser la femme et partant, la réduire à sa seule dimension physique. Se présenter en sujet actif, maîtrisé et séducteur ne fait que dévoiler mille autres facettes de la femme, et qui vont bien au-delà de sa seule dimension physique.

Lorsque Dita Von Teese se présente presque nue sur scène, elle est érotique et sensuelle, jamais brutalement sexuelle ou aguicheuse. Elle a beau être en costume d’Eve ou presque, elle est digne, elle est forte, elle est charismatique. Mais bon, je place la barre un peu haut, parce que Dita Von Teese convoque milles univers dans ses spectacles et qu’elle est talentueuse, ce qui n’est pas donné à tout le monde, n’est-ce pas, bon, bref.

Non pas que je tienne absolument prendre une posture snob, mais je suis intimement persuadée que beaucoup d’entre nous ont besoin d’élégance et de beauté, qui ne sont que d’autres formes de la transcendance. Les stimuli premier degré et vulgaires sont rarement transcendants.

Voilà. Je participe donc à l’exercice du glamour sur Internet – ce n’est pas souvent, et j’ai, pour ce faire, convoqué l’univers burlesque et retro de Dita Von Teese – histoire de montrer que désirabilité n’est pas vulgarité.

Cela ne parlera peut-être pas à la majorité mais tout au moins aurai-je posé ça là.

Body Triumph – Collants Dim – Escarpins Sergio Rossi – Gants vintage