ETRETAT & MAURICE LEBLANC

Escale à Étretat, sur la somptueuse Côte d’Albâtre en Normandie.

Soyons honnêtes : la ville d’Étretat offre peu d’intérêt en tant que telle, et si l’on y vient, c’est surtout pour admirer ses magnifiques falaises.

La petite ville, lovée au cœur d’un vallon, s’épanouit en front de mer avec une belle plage de galets flanquée de deux falaises elles-mêmes ornées de deux arches naturellement creusées dans la craie et le calcaire.

Au nord, la falaise d’Amont est surmontée de la chapelle Notre-Dame-de-la-Garde, protectrice des pêcheurs, qui offre un panorama saisissant.

La falaise d’Amont a sa propre arche – la Porte d’Amont, que Guy de Maupassant comparait à un éléphant plongeant sa trompe dans l’eau.

La falaise d’Aval est la plus impressionnante, avec son arche monumentale et son aiguille haute de 55 mètres. C’est l’existence d’une rivière souterraine et l’érosion marine qui ont creusé ces beautés naturelles.

A côté de l’arche d’Aval, on remarque un énorme trou noir dans la falaise: le « Trou à l’Homme » qui tiendrait son nom d’un marin suédois, seul survivant du naufrage de son navire dû à une violente tempête. Il aurait été projeté par une lame dans cette cavité, assurant du même coup sa survie.

On remarque également, creusés dans le socle calcaire et couverts partiellement d’algues vertes, des anciens parcs à huîtres, dont la culture n’a duré que quelques années. Les huîtres d’Étretat étaient fameuses, leur goût particulier étant dû au mélange de l’eau de mer et de l’eau douce de la rivière. La légende veut qu’Étretat livrait ses huîtres en une nuit à Versailles, pour Marie-Antoinette qui les consommait fraîches le matin.

Mais revenons à l’Arche d’Aval et à l’Aiguille. Impossible de les évoquer sans évoquer dans le même temps Maurice Leblanc et Arsène Lupin. Maurice Leblanc est un romancier français du début du 20ème siècle. Normand, il connait son Pays de Caux par cœur et s’installe à Étretat – sa maison est devenu un musée, le Clos Lupin – où il écrivit 19 romans mettant en scène son fils de papier : Arsène Lupin.

Je vais vous faire un aveu : j’ai lu tous les Arsène Lupin, j’ai également lu tous les Sherlock Holmes, et mon cœur adolescent vacillait sans cesse entre ces deux amoureux de papier. L’un est plus français que français : charmant, charmeur, malin… et voleur de son état. L’autre est cocaïnomane, sociopathe et rugueux… et détective de son état.

Arsène Lupin est le parfait gentleman-cambrioleur. Élégant, drôle, moqueur, il a un talent certain pour le déguisement et fait toujours montre de grande sagacité. Son caractère ambivalent, à la fois gamin et torturé, en font un personnage romanesque et mystérieux absolument charmant. Même s’il est du mauvais côté de la loi, il dépouille en général des personnalités riches qui sont en réalité bien plus méchantes qu’il ne l’est.

Arthur Conan Doyle fut fort dépité lorsque Maurice Leblanc publia “Arsène Lupin contre Herlock Sholmès” puisqu’il tournait évidemment en ridicule l’avatar bien transparent de son propre Sherlock Holmes.

Relégué au rang de “Conan Doyle français”, Maurice Leblanc a toujours souffert de ne pas avoir la reconnaissance de confrères versant dans “la littérature sérieuse” mais a toujours suscité une forte passion chez les lupinologues. Conan Doyle souffrait de ce même manque de reconnaissance, et a suscité la même passion chez les holmésiens.

Pour revenir à Étretat, le roman de Maurice Leblanc “l’Aiguille Creuse” met en scène la fameuse aiguille, qui comporte une salle secrète et qui comporte bien des trésors.

On peut toujours y rêver en admirant cette gigantesque aiguille…

A niveau d’eau, les falaises sont creusées de nombreuses grottes, qui permettent de passer de plage en plage. L’une de ces grottes fut aménagée en café, où artistes et marins se retrouvaient, le « Café Turc ».

En haut des falaises se trouve la Chambre des Demoiselles, un ensemble de trois rochers creusés d’une cavité. Selon la légende, un seigneur pourri de vice poursuivait trois chastes sœurs de ses ardeurs. Il les enferma dans cette cavité où elles moururent, hantant par la suite les falaises.

La Manneporte, la plus grande des trois portes, est si haute et si large qu’elle pourrait laisser passer un bateau toutes voiles déployées, si l’on en croit Guy de Maupassant.

La falaise de la Courtine comporte elle aussi de nombreuses grottes, dont le « Trou de Serrure », qui permet d’accéder facilement à la plage d’Antifer.

La beauté de ces falaises est à couper le souffle.