L’ENVERS DU DÉCOR – LIVRE 17

Me voici, dix jours après la fin du déconfinement, à organiser une séance-photo sur le Pont des Arts. Je me sens comme un animal domestique lâché en pleine nature, pas très heureuse ni très certaine de cet environnement où les gens sont masqués, parfois agressifs, souvent inquiets et aussi peu assurés que moi.

Pour être honnête, il n’y avait en réalité aucune urgence à faire une séance-photo, mon stock de photos et de textes me permettant de tenir encore plusieurs mois (reine de l’organisation et de l’anticipation ? Oui, c’est l’avantage à être un tantinet psycho-rigide comme moi).

Néanmoins, rappeler mon photographe que je n’avais en réalité pas vu depuis 5 mois était une façon d’aller de l’avant, de ne plus subir l’étrange situation dans laquelle un virus nous avait jetés, et de reprendre la main. La main de l’activité, qu’elle soit juridique ou digitale, la main qui décrète qu’on ne va pas se laisser bouffer tout cru sans bouger, qu’on va agir, qu’on va se marrer, parce que c’est la vie et que, comme d’habitude, l’inquiétude peut côtoyer la plus belle des étincelles de vie.

Une façon de dire que l’on se tient debout, vivant, plein de vitalité et prêt à dévorer la moindre parcelle du petit monde qui est dévolu à chacun. On ne va pas se mentir : la vie qui nous attend ne sera pas à ranger dans la catégorie “Trente Glorieuses”, ça va être compliqué et je ne crois hélas pas à un changement de mentalité qui permettrait la mise en place d’un monde nouveau. Le monde d’après sera le même, en pire peut-être parce que les gouvernements, les entreprises et les gens seront crispés par une situation économique et sociale encore plus tendue qu’elle ne l’était.

On va galérer ? Soit. Mais rien ne m’enlèvera ma joie de vie profonde, mon intégrité, mes valeurs, dussé-je vivre chichement.

Bref.

Un shooting sur le pont des Arts, donc.

Certains se demanderont comment on atterrit avec des photos sans âme qui vaille dans l’arrière-plan, alors que ce pont est habituellement bondé.

C’est simple, on privatise le pont.

Non, je blague. On ne privatise rien du tout, on débarque juste à 6 heures du matin (mon photographe m’a maudite, évidemment).

Ce qui suppose s’être levé à 4 heures 30 du matin. Je vous laisse imaginer l’état de fraicheur.

Post-confinement, je me suis aperçue que je ne rentrais plus dans mes jupes (je fais partie de l’équipe +2 kilos-ou-plus). A tel point que les agrafes de l’une des jupes photographiées ici ont tout bonnement sauté avant même que j’arrive sur les lieux. J’ai vaguement sauvé la séance avec des épingles à nourrice.

Post-confinement, je me suis également aperçue en regardant les versions brutes de la séance-photo que je n’avais plus deux traits de cernes, mais trois – la vie avec deux petits ayant 8 connections Zoom quotidiennes pour l’école et une tonne de devoirs pour chacun ayant ruiné tout espoir de repos. Je me suis également aperçue qu’une légère mèche blanche était apparue dans les cheveux. Je reste toujours impressionnée par ce que la vie et ce que l’on en ressent imprime sur notre corps.

Tout ça n’est pas bien grave, on s’en bat bien les mollets.

L’important, c’est la vitalité inhérente à chacun. L’important, c’est le rire, la joie qui sauve beaucoup et presque tout. En bref, l’important, c’est l’élan de vie.

Je vous laisse donc apprécier la nullité drôlatique des moments au cours desquels mon photographe me demande de fumer une cigarette “parce que c’est tellement français et rétro”, des moments où – à l’avenant – je me tords les chevilles sur ces pavés parisiens (tellement typiques et tellement crétins à la fois), ou encore où je marche et danse en talons-aiguilles sur une passerelle en lattes de bois ajourées.

Pendant ce temps, je ne peux m’empêcher de danser et faire la sotte.

Vous savez pourquoi ? Parce que c’est la vie 😉

Pour les images animées, c’est par ici :