BLACK LIVES MATTER

Le sujet me semble tellement important que, pour une fois, j’enfreins ma propre règle de non-publication de photos de mes enfants mineurs.

En revanche, ce sera une unique photo. De ma fille cadette.

Cela ne se voit pas, mais l’histoire du peuple noir coule dans ses veines, puisque sa grand-mère paternelle est noire. Et parce que les cheveux de ma fille sont blonds, parce que sa peau est claire, elle ne sera jamais confrontée au délit de faciès. Elle aura la chance, grâce à une loterie génétique que personne ne maîtrise, d’éviter l’oppression, le racisme ordinaire et les micro-agressions quotidiennes qu’une peau plus dorée peut supposer dans nos sociétés occidentales. Et c’est vraiment triste de dire qu’elle est « chanceuse » parce que cela devrait juste être le cas de toute personne sur cette terre.

Si vous pensez que le mouvement « BlackLivesMatter » concerne les violences policières, vous vous trompez. Les violences policières ne sont qu’un symptôme (grave) d’une problématique bien plus enracinée : le racisme institutionnalisé aux États-Unis (et pas seulement aux États-Unis, devrais-je ajouter).

Si vous ne comprenez pas que le racisme a toujours été un système économique et politique, vous vous trompez encore. Le racisme prend naissance dans le commerce triangulaire mis en place au 16ème siècle par les Européens, avec l’esclavagisme et le transport de populations africaines vers les États-Unis. Cet esclavagisme a continué sur le sol américain, avec les plantations du Sud, les esclaves n’étant que des « biens » dont on tirait profit. Et cela a continué bien après l’abolition de l’esclavage en 1865.

Tout le système économique des États du Sud des États-Unis, privé de sa main d’œuvre gratuite, s’est écroulé. Mais les planteurs du Sud ont rapidement trouvé la faille pour retomber sur leurs pieds : l’Amendement XIII à la Constitution américaine comportait une faille juridique selon laquelle l’esclavagisme était interdit, sauf pour les criminels. En conséquence, de nombreux Afro-américains furent arrêtés à tour de bras pour des délits plus que mineurs, incarcérés, et forcés à travailler gratuitement. Pour que cela soit « socialement acceptable », il fallait absolument créer le mythe du noir violent et dangereux pour la société. Hélas, ce mythe a prospéré de nombreuses décennies et a même été amplifié avec les politiques pénales de Nixon, Reagan, Bush et Clinton.

Le racisme est une maladie culturelle. Le seul moyen de combattre cette maladie est de s’éduquer, d’apprendre, d’écouter, de réfléchir, de comprendre et de faire preuve d’empathie.

Et, au risque de me répéter :

Ne pas être raciste et ne pas faire attention à la couleur de peau des gens

ET

Être anti-raciste et prendre la pleine mesure de ce que veut reflète une peau noire en termes de traumatisme, de culture et d’histoire

Est différent

Lorsque « vous ne faites pas attention à la couleur de peau » des personnes autour de vous, vous les rendez invisibles. Au lieu de faire « comme s’ils étaient blancs », prenez pleinement la mesure de leur histoire, qui est différente de la vôtre. Vous êtes, en tant que blancs, le produit socio-culturel de votre histoire blanche. J’ai un scoop pour vous : les personnes noires sont aussi le produit socio-culturel de leur histoire noire.

(* tout ce qui précède est valable pour toute minorité opprimée à cause de sa « race », de sa religion ou de sa sexualité, mais ce n’est pas le point aujourd’hui).

Intéressez-vous.

Posez-des questions.

Faites des recherches.

Et, par exemple :

La prochaine fois que vous écouterez la chanson « Work Song » de Nina Simone, écoutez les paroles.

La prochaine fois que vous écouterez du rap, écoutez les paroles.

La prochaine fois que vous apprécierez du jazz, du rhythm’n blue, de la soul, ne perdez pas de vue que tous ces courants musicaux sont nés du gospel. Intéressez-vous au gospel. Demandez-vous pourquoi toutes ces églises noires avaient un tel besoin de tendre vers Dieu, et avec autant de dialogue, de rythme et de joie.

Lorsque vous reverrez « Autant en Emporte le Vent », souvenez-vous que Hattie McDaniel, qui jouait Mama, n’a même pas eu le droit d’assister à la première du film dans lequel elle jouait. Alors même qu’elle gagnera l’Oscar du Meilleur Second Rôle.

Lorsque vous regarderez « Get Out », allez au-delà du plaisir de regarder un film d’horreur magistral et réfléchissez sur les thèmes raciaux brillamment développés par le réalisateur Jordan Peele.

Je dis ça, je dis rien. Mais je le dis quand même 😉

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