FAUST & MADELEINE VIONNET

Les vrais le savent : Vionnet est et reste le référentiel absolu en termes d’innovation, de technique, de pureté et de précision.

Comme l’a un jour énoncé Karl Lagerfeld, « tout le monde, qu’il le veuille ou non, est influencé par Vionnet« , tant son génie technique, qui était et reste probablement sans égal, a inspiré tous les grands couturiers du 20ème siècle.

J’ose le dire, je voue une dévotion particulière à Madeleine Vionnet. Au-delà d’un parcours professionnel d’une rectitude rare et d’un avant-gardisme fou et radical, c’est la recherche permanente de justesse qui me rend Madeleine Vionnet tout simplement admirable.

Et à ce titre, je ne peux évidemment m’empêcher de comparer les parcours professionnels et humains de ces deux femmes qui ont révolutionné la haute couture du début du 20ème siècle : Chanel et Vionnet.

Contemporaine de Gabrielle Chanel qui ouvre son premier salon en 1910, Vionnet ouvre sa première boutique en 1912.

La première, qui se veut “la reine du genre pauvre”, dépouille la silhouette féminine tout en l’arnachant par ailleurs d’une avalanche de sautoirs et de bracelets, alors que l’autre drape le corps féminin sans qu’aucun bijou soit nécessaire à rehausser l’ensemble. Chez Vionnet, la femme et la robe se suffisent à elles-mêmes pour être sublimes.

C’est Vionnet – et non pas Paul Poiret, comme le veut la légende – qui jette aux orties le corset, alors qu’elle n’est encore que modéliste chez Doucet, et le scandale est tel que l’auguste maison lui demande de partir. C’est ce départ qui permettra l’ouverture de la maison Vionnet, sur les seuls capitaux de sa fondatrice. Là encore, je ne peux m’empêcher de mettre en perspective une Gabrielle Chanel, dont les débuts sont financés par les amants successifs, et une Madeleine Vionnet qui s’engage à la loyale dans le monde des affaires. Il y a une intégrité paysanne inaltérable chez cette femme indépendante et travailleuse.

C’est Vionnet qui utilise le crêpe – tissu d’une souplesse remarquable jusqu’alors réservé aux doublures des robes – car elle y voit le meilleur moyen d’envelopper le corps de la femme sans le contraindre.

C’est Vionnet qui invente la découpe en biais – car elle y voit le meilleur moyen de draper et de révéler le corps de la femme au plus près. L’exercice est extrêmement difficile, la coupe en biais requérant une maitrise totale du tissu qui s’échappe naturellement des mains et qui s’effiloche au moindre contact.

C’est Vionnet qui épure la silhouette de la femme, faisant de celle-ci une statue vivante, dont chaque mouvement est drapé d’une glorieuse aura néo-antique.

Il y a une vraie justesse dans sa conception de la femme, si l’on doit toujours la comparer à Gabrielle Chanel. Là où Chanel gomme les formes des femmes et les rend androgynes, Vionnet leur rend leur grâce et leur féminité au centuple.

Justesse encore, sororité encore, lorsqu’en déménageant la maison Vionnet au 50 avenue Montaigne, elle fait construire un atelier lumineux pour ses ouvrières qui ont alors le luxe de travailler sur des chaises et non plus des tabourets, et qui bénéficient d’une cantine, d’un cabinet médical et dentaire et d’une crèche. Les droits sociaux et les congés payés accordés par la maison Vionnet sont bien plus avantageux que ce que la loi dispose alors.

Justesse enfin lorsqu’elle ferme sa maison en 1939, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, car elle pressent bien que les temps changent et s’obscurcissent. Elle a 63 ans, se retire de la vie publique et se veut le témoin attentif d’une époque en plein bouleversement, là où une Gabrielle Chanel louvoiera dans des zones vert-de-gris.

Elle n’aura mis son ego que dans le travail bien fait, la justesse et la transcendance. “L’important c’est d’arriver à vivre et à travailler tel qu’on est, en pleine vérité, en somme à s’imposer, mais il faut qu’il y ait en soi de quoi le faire. Que de gens s’ignorent toute leur vie et courent après eux-mêmes… Il faut toujours se dépasser pour s’atteindre.

Que j’aime cette femme.

Pour la version complète de l’article, c’est par ici : Faust Magazine

Et si vous en voulez plus, voici le livre écrit par sa filleule, Madeleine Chapsal: « Madeleine Vionnet, ma mère et moi ».

Robes Vionnet – Escarpins Prada – Manchette Roger Vivier – Bracelet Eshvi – Galerie Artz Paris