L’ALCAZAR – PARIS

L’Alcazar, ou deux salles, deux ambiances. L’Alcazar, ou la detox puis l’intox. Ou vice versa.

L’Alcazar est une institution bien connue de la scène nocturne parisienne : ouvert en 1968, le lieu est un cabaret qui propose des numéros de transformistes et des revues à plumes.

Repris en 1998 par Sir Terence Conran, l’Alcazar se transforme en majestueux restaurant doté d’une imposante verrière à 12 mètres de hauteur.

Rénové en 2015, l’endroit est à la fois spacieux et cosy : la hauteur de la verrière, qui pourrait faire craindre une atmosphère un peu froide est largement compensée par la décoration où la chine – avec des couverts anciens – et la végétation luxuriante ont la part belle, transformant ainsi le lieu en un beau jardin d’hiver à la fois exotique et furieusement urbain. L’Alcazar est la parfaite illustration d’une jungle parisienne domptée, où les dangers courus ne sont là que pour vous faire délicieusement frissonner l’échine.

L’Alcazar est certes un très bel endroit. Mais c’est surtout un bon restaurant, où il fait bon déjeuner, diner ou bruncher le dimanche. La carte est raffinée, jouant avec de beaux produits et de savoureux alliages. Les plats, beaux, fins, subtils, proposent des produits du terroir, du bio et du vegan. C’est chic et convivial.

Ça, c’est la partie detox. Mais le petit frisson existe aussi pour la partie intox, évidemment. Et ça se passe à l’étage. Le bar propose de superbes cocktails signature et un DJ officie du mercredi soir au samedi soir.

Car l’Alcazar dispose d’une mezzanine où trône un beau bar – le Balcon.

Fabrice Gilberdy y organise une fois par mois avec La Madame Klaude des soirées décadentes et amusantes au cours desquelles les meilleures drag queens se produisent : Le Privé. Les esprits chagrins bouderont peut-être leur plaisir, ne sachant pas trop où placer les drag queens dans leur éventail de repères sociaux-normatifs.

Je ne suis pas – je crois – un esprit chagrin. Et bien que la vie de la nuit n’ait jamais exercé une attraction folle sur ma personne – je la trouve en général mensongère au mieux, pathétique au pire – je n’ai certes pas boudé mon plaisir lors de cette soirée au Balcon.

Le Privé offre autre chose. Les apparences ne sont pas mensongères puisqu’elles sont pleinement assumées et que chacun en joue au su et au vu de tout le monde, car tel est la règle du jeu.

J’admire la discipline, l’effort que suppose la construction d’un personnage de drag queen, comme le ferait un acteur. J’admire le numéro d’interprétation qui suppose beaucoup de travail. Je me fous bien de savoir où se placent les drag queens sur mon radar personnel de valeurs sociaux-culturelles, je les prends et les admire juste comme elles sont.

Et Le Privé est aussi simple que cela. Chacun vient comme il le souhaite, danse ou non, se lâche ou non, mais le tout se passe dans une ambiance parfaitement bon enfant. Chacun trouve l’amusement où il le souhaite et c’est juste parfait.