SORCIÈRES

Me voici dans une combishort que j’affectionne particulièrement, puisqu’elle allie la sévérité du col smoking à l’aisance de la jambe dénudée. Hyper-structurée – les épaulettes sont dignes des années 80 – elle est superbement coupée et a ce charme masculin/féminin que j’aime tant.

Puisque l’on parle ici de masculin/féminin, j’aimerai aborder le thème de la sorcière. La lecture du livre de Mona Chollet, “Sorcières” m’a fait forte impression – parce que cette journaliste – qui est l’une des rares à écrire des choses intelligentes sur la femme – a réussi à synthétiser une somme d’informations certes connue de celles qui s’intéressent à la place de la femme dans la société – mais de manière lumineuse.

Pour résumer, la femme d’aujourd’hui subit une pression sociale dans trois domaines : le célibat, la maternité et l’âge. Pour peu que vous soyez célibataire, sans enfant et/ou âgée, vous représentez une anomalie sociétale et serez inconsciemment ou non associée à l’image de la sorcière des temps passés.

Ces sorcières ancestrales étaient souvent des femmes vivant à l’écart du village, célibataires et le temps passant, des femmes de plus en plus expérimentées, la force de l’âge venant. Ces femmes échappaient à tout carcan social, exerçant le plus souvent leur savoir, leurs connaissances des plantes ou leur perception des flux énergétiques pour le bien d’autrui, qu’elles aient été rebouteuses ou guérisseuses.

Le terme a par la suite pris une connotation bien plus négative, ravalant ces sorcières blanches à l’état de magiciennes forcément néfastes. Brûlées, elles ont été éradiquées.

Aujourd’hui, on ne parle plus guère de sorcières. La question a pris un tour plus social. Dans nos sociétés occidentales, les femmes ne sont certes plus conduites au bûcher mais l’anomalie sociétale que représente la femme qui ne souhaite ni mariage ni enfant ou encore la femme âgée suscite un phénomène de rejet, rendant ces femmes invisibles ou problématiques.

Anomalie sociétale, car un tel état de célibat, de non-maternité ou de vieillesse remet en cause notre finalité en tant qu’animaux – à savoir la perpétuation de l’espèce.

Anomalie sociétale car un tel état remet également en cause l’organisation sociale occidentale dans laquelle nous vivons depuis des siècles – historiquement catholique et patriarcale – à l’aune de plus petit dénominateur commun : la famille constituée d’un couple avec enfants.

Tout comportement venant impacter l’existence et la pérennité de cette cellule familiale visant à perpétuer l’espèce et le modèle social constitue évidemment un élément perturbateur qui est de facto rejeté.

La femme qui s’épanouit dans son célibat se voit confrontée à mille questions (et surtout une, en réalité : “tu as trouvé un mec ?”), suscitant l’incompréhension voire l’inquiétude quant à son état émotionnel voire son orientation sexuelle.

La femme qui vit pleinement son non-désir d’enfant perturbe tout autant le quidam, qui aura toujours l’impression qu’une vie sans enfant est forcément incomplète. Les demandes de ligature des trompes, rarement accordées avant un âge avancé, en sont le parfait exemple.

Les cheveux blancs sont visiblement encore plus perturbants : alors que certaines sociétés portent un respect infini à leurs ainées, la société occidentale les met tout simplement au rebut, car en elles convergent l’ensemble du faisceau honni par notre modèle si particulier : elles n’ont plus la désirabilité sexuelle et reproductive de la jeunesse – d’ailleurs elles ne peuvent plus enfanter, et elles ne correspondent plus à la malléabilité souhaitée dans le couple patriarcal. La femme qui refuse de se teindre les cheveux pour laisser apparaître ses cheveux blancs ne pourrait pas mieux dire à la société qui l’entoure qu’elle s’en bat bien les mollets de l’opinion publique – et si j’en crois le fameux livre de Sophie Fontanel, “Une Apparition”, la réaction sociétale de rejet est absolue et immédiate.

La femme qui ne souhaite ni mariage, ni enfant, ni teinture vit en dehors du carcan social, et se transforme alors en sorcière moderne.

Sorcière, vous avez dit sorcière ? Très bien, je prends.

Combishort Louis Vuitton – Escarpins Gucci – Boucles d’oreilles Bohm Paris