BRETAGNE – CÔTE D’ÉMERAUDE

Qui connait cette expression anglo-saxonne “do it for the gram” ? Pour résumer, l’expression vise toute action faite pour les seuls besoins d’Instagram. Qu’il s’agisse de prendre une photo uniquement pour la publier sur Instagram ou de publier sur ce même réseau un contenu à la mode.

Les photos de la forêt amazonienne en feu en sont le parfait exemple. Du jour au lendemain, les feux amazoniens se sont retrouvés sur tous les réseaux, notamment Instagram. Et la désinformation aussi, hélas.

La majorité des photos publiées étaient anciennes de plusieurs décennies, prétendant faussement représenter (et j’insiste sur le « faussement ») les feux ravageant la forêt en août 2019. Certaines des photos publiées ne concernaient même pas la forêt amazonienne.

Même notre Président Emmanuel Macron a diffusé, à l’insu de son plein gré, des informations incorrectes dans son tweet du 22 août 2019 : “Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu.”

Dommage. La photo accompagnant ce tweet datait de 2003. Le photographe en est bien connu et n’est pourtant jamais mentionné.

Dommage encore, le fameux pourcentage de 20% cité à l’agonie est peut-être percutant et la belle image de “poumon de la terre” est certainement poétique, mais ni l’un ni l’autre ne sont scientifiquement corrects. La forêt amazonienne représente 10% de la totalité des forêts mondiales et selon le Programme Amazonie du CNRS, le pourcentage de production d’oxygène par la forêt amazonienne est bien bien loin des 20% annoncés.

Ne vous méprenez pas sur mes propos : partager ce type de contenu peut largement aider des gens comme vous et moi à prendre conscience de certains problèmes et même mettre une pression intéressante sur les politiciens. Mais brandir sans fin les mêmes photos datées, de fameux pourcentages et de belles métaphores “juste pour le gram” ne nous aide aucunement à comprendre la problématique. Ne plus le faire ne permettra pas d’arrêter la propagation des feux, mais permettra peut-être de stopper la propagation d’informations inexactes et donc trompeuses.

Le “gram” est un phénomène curieux : on a vu fleurir ici et là sur Instagram des posts de personnes sans lien évident avec la forêt amazonienne ou Mère Nature, postant des photos des feux de forêt, nous demandant d’aimer leur photo et de la commenter, sous prétexte qu’une donation à une fondation serait faite. Mieux, le montant de cette donation dépendrait du montant de likes et de commentaires.

Si ces personnes souhaitent faire une donation, bravo à elles, mais pourquoi cela doit-il impliquer l’engagement de tiers ou une publicité aussi agressive ? Même si cela n’est pas la raison fondamentale de leur démarche, celle-ci pue le marketing outrancier de leur propre compte Instagram, afin d’obtenir une visibilité maximale.

Puisque j’en suis à discuter ici de Mère Nature et de la magie malfaisante du “gram”, j’en viens à certains influenceurs qui ont récemment fait l’objet de scandales en Californie et au Royaume-Uni. Pour cause, lesdits influenceurs ont piétiné des champs entiers de fleurs sauvages, les arrachant même, dans la seule optique de prendre la meilleure photo possible.

Mère Nature a besoin de respect, donc voici quelques idées : (i) prenez les chemins les plus utilisés afin de laisser les autres surfaces vierges, (ii) ne cueillez pas de fleurs sauvages, ne nourrissez pas les animaux sauvages et de manière générale, suivez les règles et surtout (iii) ne géolocalisez pas précisément vos photos. Une géolocalisation précise d’un endroit naturel merveilleux pourrait amener une foultitude de personnes sur le lieu, ce qui pourrait être néfaste pour l’écosystème.

Mère Nature n’a aucunement besoin que vous aidiez les personnes qui sont accros au “gram” à la trouver.