PLEIN SOLEIL

Un maillot de bain parfaitement rétro, un voilier : il ne m’en fallait pas plus pour naturellement filer vers les eaux troubles de “Monsieur Ripley”, l’antihéros de papier créé par la romancière Patricia Highsmith.

Tom Ripley est un jeune homme orphelin, qui vit misérablement dans l’Amérique des années 50. Mandaté par méprise par un riche propriétaire de chantiers navals qui lui demande de convaincre son fils Dickie de délaisser l’Europe pour revenir aux États-Unis, voici Ripley sur les côtes italiennes avec cet enfant gâté qui vit trop pleinement la dolce vita en compagnie de sa petite amie Marge.

Les enjeux psychologiques deviennent rapidement intenses. Ripley, qui s’insinue dans la vie du jeune couple, peine à dissimuler sa nature envieuse, tandis que le condescendant Dickie use et abuse de son charme facile et de son argent.

Le huis clos est rapidement étouffant et la tension, palpable : Marge n’a guère d’amitié pour Ripley, qui lui-même ne souhaite rien de plus que d’endosser la personnalité de Dickie, qui lui-même se lasse de son nouvel ami comme d’un jouet.

Mort, il y aura évidemment.

J’ai longuement hésité à parler ici de l’œuvre de Patricia Highsmith car la relation entre cette mère et cet enfant de papier, déployée sur cinq romans, a quelque chose de viscéral et de passionnant, mais j’ai finalement décidé d’évoquer deux des films qui sont tirés du premier tome de la série dédiée à Monsieur Ripley, pour leurs beautés picturales, quoique très différentes.

Le premier film est “Plein Soleil”, tourné en 1960 par René Clément, dans lequel la beauté d’Alain Delon, à la fois si lumineux et si sombre, dialogue parfaitement avec l’atmosphère incandescente qui environne les personnages.

À bord du beau voilier sur lequel Dickie (qui a été rebaptisé “Philippe” pour une audience française et qui est interprété par Maurice Ronet), Marge (Marie Laforêt) et Riley (Alain Delon) s’embarquent pour une croisière, le jeu malsain du chat et de la souris entre les deux hommes s’intensifie pour bientôt finir de manière funeste.

Et comme pour magnifier les sentiments de chacun des protagonistes, dans “Plein Soleil” les couleurs sont intenses et le soleil, écrasant.

Alain Delon a la beauté du diable. Il incarne parfaitement cet antihéros, ce fauve en cage dont l’appétit, la psychopathie et la tension intérieure laissent pressentir le pire.

D’explication psychologique, il n’est guère question – l’accent étant mis par le réalisateur sur la confrontation virile entre Philippe et Ripley. Le sous-texte homoérotique du roman de Patricia Highsmith n’existe absolument pas dans le film qui se concentre sur la lutte entre deux hommes qui veulent chacun asseoir leur prédominance.

En outre, avec un rebondissement de toute dernière minute, la fin de “Plein Soleil” diffère sensiblement de celle du roman.

La seconde adaptation cinématographique du roman de Patricia Highsmith est “Le Talentueux Monsieur Ripley”, tourné en 1999 par Anthony Minghella. Les couleurs y sont certes plus douces, le rendu rétro est une merveille picturale mais l’intrigue précipite inévitablement les personnages vers le drame.

Voici donc mon évocation de “Monsieur Ripley”. Mais je vous rassure, aucun photographe n’a été assassiné pendant la séance-photo.

29 Août 2019

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