LA TYRANNIE DU SEXY

L’objetisation du corps de la femme, on en parle ?

Par quel mystère nos sociétés occidentales dites modernes arrivent-elles à télescoper féminisme et hyper-sexualisation du corps de la femme ?

Attitude de conquérante féministe au bureau, soit-disant perfection hyper-sexualisée à la plage. Car je ne parle pas ici d’une quelconque prise de pouvoir sexuel par les femmes, mais plutôt de la vision über-sexualisée de la femme objetisée.

Je n’ai rien contre la sexualité, bien au contraire, mais pourquoi faut-il que la femme, dans un même élan sociétal, doive forcément être sexy, surtout quand elle est un tantinet dénudée ? A l’approche de l’été et de ses plages, le magazine Elle – et les autres d’ailleurs – nous assomme tous les ans avec son régime avant l’été. Minces et sexy, telles devons-nous être.

Sexy – quel terme affreux mais c’est bien celui-là qui fleurit partout, sur les magazines, à la télévision, sur les réseaux sociaux ou dans la rue – de manière normée et évidente.

Normée parce qu’il faut visiblement faire un 34 toute mouillée MAIS avec des fesses et des seins (bonne chance avec ça, mes chéries).

Normée parce que les femmes absolument androgynes et les femmes immensément callipyges n’ont apparemment aucun droit de cité dans le royaume de la “sexy-tude” (alors que je connais des femmes androgynes et des femmes rondes qui ont le même effet qu’une bombe nucléaire).

Normée parce que la petite rondeur qui n’est pas placée exactement à l’endroit où elle procurera satisfaction à l’œil voyeur, n’est pas sexy.

Normé et évident, tel doit être notre potentiel “sexy”. A moitié nue, en lingerie, en maillot de bain et en pose suggestive s’il vous plait.

Le corps. L’évidence qui s’arrête au corps et aux apparences, sans appréhender l’être humain dans son ensemble, sa personnalité, son charme et son pouvoir de séduction.

L’évidence, mon Dieu. C’est d’un chiant.

Tout le contraire de l’interrogation, de la découverte, de la séduction et du jeu.

Tout le contraire de la sensualité, en somme. Tout le contraire du désir et de la désirabilité, cet élan qui nous pousse, nous, grands enfants, dans tous les domaines de la vie.

Que dois-je dire à mon ado chérie de 16 ans, qui se voit submerger de photos de mannequins ou de pseudo-célébrités où tout est dit car tout est montré, de photos du Secret Nude Project de Kim Kardashian (le mot-clé est “secret”. En même temps, je vois mal ce qui reste de secret dans l’histoire, on a déjà vu chaque zone de son corps et même son sport en chambre) ?

Lui parler de la femme-sujet.

Lui parler du plaisir des émois, du doute, de la découverte et de la conquête.

Lui dire qu’elle est belle. Encore et encore (en même temps, ce n’est pas très compliqué, vu qu’elle est positivement et absolument très belle, dedans et dehors). Qu’elle est une belle personne, dans sa plénitude, ses avantages extérieurs certes, mais ses trésors intérieurs aussi. Avec toutes ses perfections et ses imperfections, aussi mineures soient-elles.

Lui dire que l’on était soi-même une ado mal fagotée et affreusement complexée.

Lui dire qu’un jour, on se débarrasse de ces interrogations qui n’ont finalement aucun sens, et que l’on s’accepte telle qu’on est.

Que l’on admire ce corps capable de travailler 2 jours d’affilée sans dormir, sans nous lâcher.

Que l’on est émerveillée par ce corps capable de lui fabriquer un petit frère et une petite sœur.

Que l’on est pantoise devant ce corps capable de prendre 25 kilos à chaque grossesse – parce qu’apparemment c’est exactement cela qu’il faut à ce moment-là – et de les perdre sans effort après – car c’est cela qu’il faut aussi apparemment, à cet autre moment-là (évidemment, va courir après un enfant à gauche et un enfant à droite, il vaut mieux être en forme).

Lui dire que la peau que l’on a sèche par manque de sommeil, le bouton qui apparaît sous l’effet du stress, le petit coussinet de cellulite qu’on a sous la fesse (puisque moi, j’ai tout ça, par exemple), franchement, ce n’est pas bien grave, vu les prouesses que ce corps nous permet d’accomplir, chaque jour, tous les jours.

Lui dire de respecter sa propre intégrité. Extérieure et intérieure, car c’est très exactement cet ensemble qui créera sa propre magie.

Lui dire enfin qu’ainsi va le monde des apparences. Et qu’il faut souvent aller au-delà.

 

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