LA SOMME D’UNE VIE

Je vais être honnête : je ne comprends pas – mais absolument pas – le jeunisme qui envahit nos sociétés modernes occidentales.

Je le comprends d’un point de vue historique, et par conséquent intellectuel : la jeunesse en tant que synonyme de vitalité, de fécondité et donc de perpétuation de la lignée. En somme, ce qui régit l’humanité depuis l’aube des temps.

Mais là, on parle d’autre chose. Nos sociétés modernes ont tellement évolué que l’espérance de vie s’est plus qu’allongée, et qu’une femme peut porter un enfant de plus en plus tard.

Plus rien à voir avec la perpétuation de la lignée.

Le débat s’est déplacé sur un autre terrain. Le terrain de la désirabilité sexuelle.

C’est très curieux, car j’ai un certain nombre d’amies de trèèèèèès longue date qui sont bien plus belles maintenant qu’elles ont 40 ou 50 ans, que lorsqu’elles étaient dans leur vingtaine.

Et je sais pourquoi.

La vie, tout simplement. La vie qui affute, la vie qui transforme car il faut aller aux essentiels, la vie qui apporte souffrances parfois, et joies souvent – pour autant que l’on garde l’œil et le cœur ouverts.

Il se trouve que j’ai des amies qui ont certes de très beaux yeux ouverts, mais surtout un immense cœur et une profonde joie de vivre.

Chacune est la somme de sa vie, qui s’imprime dans son regard peut-être plus grave mais aussi dans son cœur plus riche, ses cheveux blancs, ses rides d’expression, qu’elles soient d’inquiétude ou de rire.

Même si je sais que tout est question de normes sociales qui changent de siècles en siècles, je ne comprends donc toujours pas pourquoi une somme de vie serait moins intéressante ou désirable qu’une page blanche où la richesse d’une vie reste à écrire.

En ce qui me concerne, j’ai assez peu de mansuétude pour la jeune femme que j’étais et que je vois parfois en photo, et que je trouve somme toute d’une banalité affligeante.

 

Manteau Agnès Gercault – Pantalon Louis Vuitton – Pull Eric Bompard – Sac Lanvin – Ballerines Roger Vivier – Lunettes de soleil Tom Ford