UNE HISTOIRE DE COMPAS

A la question “que faites-vous dans la vie ?”, il m’était assez simple de répondre. Avant.

Avant de me lancer avec joie dans ma double vie digitale anonyme.

Avant, il m’était simple de répondre “avocat”. Avocat d’affaires, dans le conseil plus que dans le contentieux. Passant par conséquent sa vie professionnelle assise derrière son bureau ou en réunion. Ou derrière son bureau mais en réunion (donc en conférence téléphonique, les progrès technologiques sont absolument effroyables).

Maintenant, c’est un peu plus complexe.

Maintenant, je fais des photos. Je marche donc dans les rues, beaucoup. Je marche au même endroit autant de fois que le photographe me le demande, répétant à l’envi les mêmes pas quinze fois de suite. (Tu fais quoi, là ? Je maaaaaaarche).

Donc, à la question “que faites-vous dans la vie ?”, il m’arrive de répondre selon l’humeur, la personne et le moment, que je marche dans les rues. (Affreuse incompréhension dans les yeux de mes interlocuteurs…).

Si l’interlocuteur m’est déplaisant, je réponds avec un naturel désarmant que je fais le trottoir, pour couper court à toute discussion.

Ce qui me rappelle un moment très cocasse. Imaginez la scène : vous êtes avocat, habillée ce jour-là en tailleur-pantalon à rayures que n’aurait pas renié un banquier de la City. Vous descendez de votre bureau pour fumer une cigarette devant l’immeuble. Sauf que l’immeuble est – à l’époque – très proche de la Porte Maillot, sur une artère où œuvrent de nombreuses femmes pour le plaisir de bon nombre d’hommes.

Et vous fumez.

Et un monsieur s’arrête devant vous et vous demande – pardon, vous aboie – d’un air à la fois bourru et gêné aux entournures : “C’est combien ?”.

(Il y erreur, mon chat).

Quel autre choix avez-vous que de répondre de votre air le plus souverain que “c’est” 400 euros hors taxes de l’heure. Puisqu’il s’agit là de votre taux horaire. D’avocat.

Après un moment d’incompréhension, ledit monsieur a vite tourné les talons.

BIEN.

Pour la petite histoire, je suis donc passée – en moins de quinze minutes – une vingtaine de fois devant ces immeubles, pour cette séance-photo.

Car je fais quoi, dans la vie, déjà ? Ah oui. Je marche.

Heureusement que Truffaut a comparé les jambes de femmes à des “compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie”…

 

Manteau Max Mara – Sac Louis Vuitton – Chaussures à talons compensées vintage – Chapeau Hartwood – Lunettes de soleil Maison Martin Margiela + Mykita – Boucles d’oreilles O’Fée