PALAZZO COLONNA – ROME

Loin de la foule qui hante le Colisée et la fontaine de Trevi, le palais Colonna se caractérise par son tempérament volontairement aristocratique et presqu’inaccessible. Ouvert au public seulement les vendredis et samedis, il échappe au flux massif des touristes qui envahissent Rome et pour cause : il est encore aujourd’hui la résidence de la famille Colonna – l’une des plus anciennes et puissantes dynasties aristocratiques italiennes.

Situé au pied de la colline du Quirinal, le palais est constitué de différentes ailes, dont la construction s’est déroulée sur près de cinq siècles, ce qui explique la coexistence de styles architecturaux variés.

La famille Colonna apparaît sur la scène romaine au XIIème siècle. Elle tient son nom du village de Colonna, qui est proche de Rome, et s’impose rapidement comme l’une des grandes familles baronniales de la région.

Du XIVème au XVIème siècle, le palais ressemble plutôt à une forteresse familiale. Oddone Colonna, qui devient pape en 1417 sous le nom de Martin V, destine le palais au Siège Pontifical et y habite jusqu’à sa mort en 1431. Outre le fait que son pontificat marque la fin du Grand Schisme d’Occident et le retour définitif de la papauté à Rome, le pape Martin V fait du palais Colonna un lieu majeur du pouvoir et y met au point un grand projet de renaissance culturelle, urbaine et administrative de la ville de Rome.

Au cours du XVIème siècle, le complexe architectural est progressivement restructuré dans un esprit Renaissance. Les Colonna consolident leur pouvoir territorial et politique, ce qui se traduit par un agrandissement progressif du palais.

La bataille de Lépante de 1571 marque durablement l’histoire familiale – et le palais – puisque Marcantonio II Colonna, qui y commande les troupes pontificales contre l’Empire ottoman, remporte une victoire navale éclatante, qui sera célébrée au siècle suivant dans la Galerie Colonna.

Au cours du XVIIème siècle, le palais se transforme en une grande demeure aristocratique baroque, sous l’impulsion et la volonté de trois générations de la famille Colonna.

C’est de cette époque que date la construction de la majestueuse Galerie Colonna.

Construite entre 1654 et 1665 sous l’égide de Girolamo I Colonna et de son neveu Lorenzo Onofrio, la Galerie Colonna exalte la gloire de Marcantonio II et sa victoire à Lépante, et affirme par la même occasion la puissance de la famille Colonna dans la Rome baroque.

La taille de la Galerie, qui s’inspire des grandes galeries princières européennes, est à l’avenant : elle mesure soixante-seize mètres de long.

Son décor d’une théâtralité spectaculaire, dû à des artistes comme Giovanni Paolo Schor, Antonio del Grande, Giovanni Coli ou encore Filippo Gherardi, associe des marbres polychromes, des miroirs monumentaux, des stucs dorés et des fresques allégoriques à la gloire de la famille Colonna.

La Galerie sera inaugurée en 1700 par Filippo II, le fils de Lorenzo Onofrio Colonna.

Les salles de réception sont plus impressionnantes les unes que les autres.

Contrairement à d’autres familles romaines déclinantes, les Colonna conservent leur statut sous les régimes successifs de l’État pontifical, de l’occupation napoléonienne et de l’unification italienne en 1870.

Les appartements de la princesse Isabelle offrent un contraste étonnant avec les salles de réception.

Isabelle Sursock nait en 1889 à Beyrouth au sein d’une grande famille grecque orthodoxe, qui s’est enrichie au XIXème siècle grâce au commerce et à la finance. Les Sursock jouent un rôle majeur dans la vie économique et culturelle du Levant – ils font d’ailleurs construire plusieurs palais emblématiques à Beyrouth.

Devenue princesse romaine par son mariage avec le prince Marcantonio Colonna, Isabelle s’installe au palais Colonna. Membre d’une aristocratie internationale faite d’alliances entre grandes familles européennes, levantines et américaines, Isabelle va pourtant incarner le passage d’un monde aristocratique traditionnel vers une modernité où les familles nobles doivent adapter leur rôle social et économique.

Malgré des temps tourmentés qui voient arriver la chute de l’Empire Ottoman, la Première Guerre Mondiale, la montée de Mussolini, la Seconde Guerre Mondiale et la naissance de la République italienne, Isabelle réussit à préserver le patrimoine familial, entretenir le palais et en assurer la transmission familiale. À son décès en 1984, elle laisse l’image d’une figure discrète mais tout à fait centrale dans la continuité historique et familiale du palais Colonna au XXème siècle.

Passons aux jardins suspendus. Une rue en contrebas les sépare du palais et la communication se fait par de petits ponts. On pourrait s’étonner de la localisation des jardins – la raison en est historique. Au Moyen Âge, les pentes de la colline du Quirinal jouent un rôle stratégique particulièrement important, ce qui explique que les Colonna y construisent leurs premières habitations en fortifiant toute la zone qui s’étend aujourd’hui entre le Palais Colonna et son jardin.

Le cardinal Ascanio Colonna (1560-1608) fait aménager les terrassements sur la colline et la construction du grand nymphée avec la fontaine, placé entre les deux escaliers qui mènent à la partie supérieure du jardin, est une de ses initiatives. Cet ensemble est conçu par l’architecte Girolamo Rainaldi, qui complète les travaux sous la supervision de Filippo I Colonna.

Vers 1710, Filippo II Colonna charge l’architecte Alessandro Specchi de bâtir les ponts qui relient le palais aux jardins, ainsi que l’édicule orné de trois statues : au centre, celle de Marc Antoine Colonna, vainqueur de la Bataille de Lépante, entouré de celles de Fabrizio et Prospero Colonna.

Le palais Colonna offre un condensé époustouflant d’histoire romaine – l’endroit est absolument spectaculaire.

Palazzo Colonna

Le 20 Février 2026