Les jardins Albert-Kahn font partie du musée du même nom dédié à la conservation, la diffusion et la valorisation de l’œuvre du banquier philanthrope et humaniste que fut Albert Kahn (1860-1940).
Fils de Louis Kahn, un marchand de bestiaux juif alsacien, Albert (de son vrai prénom Abraham) Kahn perd sa mère en 1870, l’année de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand. Comme beaucoup d’Alsaciens, Louis Kahn n’opte pas pour la France et devient donc allemand – et ses enfants avec. Après avoir fréquenté l’école juive du village, Abraham-Albert obtient de l’Allemagne un permis d’émigration en France et il arrive à Paris à l’âge de 16 ans, où il travaille quelque temps chez un tailleur-confectionneur, avant d’entrer à la banque des frères Edmond et Charles Goudchaux en 1878.
Tout en gagnant sa vie, Albert Kahn reprend sa scolarité interrompue, puis ses études supérieures. Il est reçu au baccalauréat ès lettres en 1881 mais échoue au baccalauréat ès sciences. Il obtient néanmoins sa licence en droit en 1884. Financier spéculateur et avisé, il fait fortune dans les affaires minières et ouvre sa propre banque en 1898 et il est, le 30 juin 1885, est déclaré français. Ses placements financiers sont orientés vers l’Extrême-Orient, et plus particulièrement le Japon, où il noue des contacts étroits avec la famille impériale.
Situé à Boulogne-Billancourt, le musée Albert-Kahn qui lui est dédié aujourd’hui regroupe in situ une collection baptisée les “Archives de la Planète”, qui comprend quelques 72.000 photographies et une centaine d’heures de film rapportées d’une soixantaine de pays entre 1909 à 1931.
Le musée comporte également les jardins créés par Albert Kahn lui-même à partir de 1895. Fervent croyant en la paix universelle, il élabore sur près de trente ans et sur plus de quatre hectares un ensemble de scènes paysagères inspirées de différents pays, dont l’ensemble forme un jardin à scènes.
Les jardins d’Albert Kahn s’inscrivent parfaitement dans la mode des aménagements paysagers qui a cours à l’époque. Edmond de Rothschild crée un jardin japonais dans le parc de son château de Boulogne et le président de la Société Régionale d’Horticulture – à laquelle appartient Kahn – réalise quant à lui un verger-roseraie, un marais, un jardin d’hiver et une forêt de conifères.
Les jardins Albert-Kahn sont agrémentés d’éléments immobiliers – la serre du jardin français et son jardin d’hiver, les pavillons japonais, les ponts, et d’éléments mobiliers – les lanternes japonaises en pierre et en métal, les sculptures contemporaines – qui font aujourd’hui partie intégrante des collections du musée.






Les jardins sont des lieux de sociabilité, de partage mais aussi d’influence dans lesquels Albert Kahn invite des personnalités pour les sensibiliser à ses idées humanistes.
Le village japonais est créé en 1897, au retour du deuxième voyage au Japon d’Albert Kahn. De son voyage au Japon en 1897 Albert Kahn rapporte, en pièces détachées, deux maisons ainsi que les portes et un pavillon de thé inauguré en 1966 par la société des maîtres de thé de l’école de cérémonie du thé Urasenke.






Le jardin japonais contemporain, qui date de 1909 mais qui a été reconstruit suite à sa dégradation, comporte deux ponts de bois et une montagne couverte d’azalées qui évoque le Mont Fuji.











Le cours d’eau, contemporain, évoque la vie et l’œuvre d’Albert Kahn, de la naissance (cône de galets) à la mort (spirale).





Le jardin à la française, qui reprend le vocabulaire géométrique des jardins classiques du XVIIe siècle, est créé en 1895 et comprend des parterres symétriques qui s’organisent devant la serre d’un jardin d’hiver et un verger ornemental, où s’épanouissent des arbres fruitiers.




Le jardin anglais, qui date de 1895, comporte des fabriques de jardin (un cottage, un pont de rocailles, un puits) qui sont disposées sur le pourtour d’une vaste pelouse vallonnée.
La forêt vosgienne, créée sur des parcelles acquises entre 1897 et 1918, se déploie sur 3.000 mètres carrés et rappelle au banquier les paysages de son enfance.

La forêt bleue est constituée de cèdres de l’Atlas et d’épicéas du Colorado.



La forêt dorée et sa prairie d’herbes hautes mêlées de fleurs vivaces sont plantés de bouleaux. Au printemps, les jeunes pousses d’épicéas prennent une teinte jaune paille lumineuse et elles sont relayées à l’automne par les étincelantes feuilles d’or des bouleaux.

La singularité de l’œuvre d’Albert Kahn et de son musée éponyme réside dans la complémentarité des collections d’images et des collections végétales. Les jardins Albert-Kahn constituent un témoignage exceptionnel de l’art horticole au tournant du XXème siècle mais également de l’ouverture incroyable de ce banquier-philanthrope allemand devenu français, au monde entier.



Après la faillite de la banque Kahn en 1932 à la suite de la crise de 1929, la propriété d’Albert Kahn est saisie en 1933 et acquise en 1936 par la Préfecture de la Seine puis en 1968 par le département des Hauts-de-Seine nouvellement créé. L’établissement devient un musée en 1986 et ses jardins offrent au visiteur un merveilleux tour du monde botanique.
Le 28 Novembre 2025
