L’exposition proposée jusqu’au 11 Janvier 2026 par le Musée des Arts Décoratifs “Paul Poiret – La Mode est une Fête” recompose l’univers du grand couturier Paul Poiret et présente quelques-unes de ses créations.
Poiret débute comme dessinateur de mode chez Doucet en 1898 puis travaille chez Worth de 1901 à 1903, avant de créer sa propre maison de couture en 1903.
Là où Worth surenchérit, Poiret dépouille. La silhouette s’allège, s’épure.
Poiret jette aux orties le corset – grâce à l’audace de Madeleine Vionnet qui travaille pour lui (et qui sera d’ailleurs remerciée à cause de cette témérité) et devient l’un des précurseurs du style Art Déco. Les silhouettes sont droites – selon les époques, la taille est soit Empire, haute sous les seins, soit basse aux hanches – et les étoffes sont chatoyantes et étonnamment colorées. Le succès est immédiat, car le couturier flaire parfaitement l’air du temps et il habille bientôt le Tout-Paris.
Poiret cultive son image : l’ouvrage qu’il commande en 1908 au dessinateur Paul Iribe “Les Robes de Paul Poiret racontées par Paul Iribe” qui est une forme de publicité personnelle avant l’heure est un grand succès et les fêtes folles, costumées ou non, qu’il donne à Paris, à la Celle-Saint-Cloud et dans ses villas de villégiature ont un retentissement certain. Sa célébrité traverse les frontières, les océans. Il donne des conférences. Il publie des ouvrages. Audacieux, épicurien, provoquant, exubérant, il a des idées sur tout et attire l’attention de tous.
Il puise son inspiration dans ses nombreux voyages, notamment au Maroc et en Russie – et applique à la mode l’orientalisme alors en vogue à Paris avec le succès des Ballets Russes.
L’art est source de joie personnelle et d’inspiration constante. Les artistes sont ses amis : Raoul Dufy avec lequel il créé des imprimés restés célèbres, Max Jacob, Isadora Duncan, André Derain qui peint son portrait, les Fauves qui l’enchantent, pour ne citer que quelques-uns. Il devient le mentor de Schiaparelli, dont il reconnait vite la fibre artistique.
En 1911, il crée le premier parfum de couturier, Rosine, du prénom de sa fille ainée, et jusqu’en 1929, une quarantaine de parfums sortent de ses usines. Les noms sont parfois singuliers – Shakhyamuni (1913), Hahna l’Étrange Fleur (1919), les flacons souvent alambiqués et leur succès ne résistera pas au caractère épuré des fragrances et des flacons lancés par sa nouvelle concurrente, Gabrielle Chanel.
Funambule de la vie parisienne, il n’est pas à une contradiction près : celui qui jette aux orties le corset invente plus tard la gaine qui revient mouler le corps féminin.
À l’issue de la Première Guerre Mondiale, l’étoile de Paul Poiret commence à pâlir, la clientèle le délaissant pour le style vestimentaire plus simple que Chanel a créé.
Les premières difficultés financières sérieuses s’annoncent en 1923 pour anéantir complètement la maison de couture qui ferme finalement en 1929.
Le fils de marchands-drapiers né à Paris en 1879 qui aura connu une immense gloire grâce à ses créations finira ruiné et oublié de tous avant de s’éteindre en 1944.
Un moment est venu où il a été mis en faillite. Et Paul Poiret, l’homme de ces fêtes inoubliables, qui dépensait par millions, s’est retrouvé sans un centime et sans un ami. Au lieu de manifester le moindre désespoir ou la moindre humiliation, il est devenu clochard. Pas un faux clochard. Pas un amateur clochard. Vêtu d’une vaste cape de gros drap qui lui restait de son époque glorieuse, il dormait sur les bancs des squares. Je l’y ai vu. Sa barbe, jadis soignée et très courte, était devenue celle d’un troglodyte.”
Georges Simenon

1911

Poiret/Dufy – 1911

1919

1921

1922

1912

1922

1910

1911

1912

1920
Le 7 Novembre 2025
