FEDORA

Avant-dernier film réalisé par Billy Wilder, “Fedora” est tiré d’une nouvelle de Thomas Tryon publiée dans le recueil “Crowned Heads” et réunit William Holden et Marthe Keller.

Un producteur américain sur le déclin, Barry Detweiler (interprété par William Holden) apprend le suicide de l’une des plus grandes stars hollywoodiennes, Fedora (Marthe Keller). Celle-ci, qui semblait avoir trouvé la source de la fontaine de Jouvence, avait connu une carrière éblouissante de plusieurs décennies. Elle avait pourtant décidé au faîte de sa gloire de se retirer des écrans et de vivre recluse sur une petite ile grecque jusqu’à ce qu’elle se jette sous un train.

Barry se remémore son échec, deux semaines plus tôt, à sortir Fedora de sa réclusion et à la convaincre de faire son grand retour sur grand écran dans une adaptation d’“Anna Karenine” (qui finit d’ailleurs avec son héroïne sous un train). Barry n’est pas loin de croire au meurtre – plutôt qu’au suicide – de la star par son étrange et oppressif entourage, son amie la comtesse Sobryanski, son chirurgien plastique le docteur Vando et sa gouvernante Miss Balfour qui vivaient avec une Fedora au comportement devenu erratique.

Barry décide de confronter la comtesse Sobrianski aux funérailles de Fedora. C’est une tout autre réalité que celle qu’il a pu imaginer que dépeint la comtesse – et elle n’est pas moins tragique.

Le film sort en 1978 et Billy Wilder n’est pas très heureux du résultat. Il faut dire que la production du film elle-même fut jalonnée de difficultés : Wilder voulait Marlène Dietrich pour le rôle de Fedora mais celle-ci avait détesté la nouvelle de Thomas Tryon, ce qui explique la présence peut-être moins flamboyante de Marthe Keller. Wilder peina également à trouver un studio, ce qui explique que le film soit finalement sous la bannière de studios français et allemand, et il dû également faire doubler Marthe Keller lorsqu’il s’aperçut que l’accent suisse de l’actrice la rendait incompréhensible en anglais.

Et il faut bien avouer que le film n’a pas reçu un accueil critique et commercial très chaleureux à sa sortie. C’est dommage, car même si “Fedora” présente quelques défauts, il vient parfaitement compléter la critique acerbe du star system et du jeunisme amorcée par Billy Wilder presque trente ans avant avec “Boulevard du Crépuscule”.

Il s’agit dans les deux cas de l’histoire tragique d’une star déchue car vieillissante, qui tombe dans l’isolement physique et émotionnel et qui sombre peu à peu dans la folie. William Holden, qui joue tant dans “Boulevard du Crépuscule” que dans “Fedora”, sert de témoin à cette filiation entre les deux films.

Pourtant, je ne peux m’empêcher de trouver “Fedora” plus tragique que “Boulevard du Crépuscule” : Norma Desmond est souvent comiquement ridicule dans sa folie et son refus de voir la réalité – Fedora a l’air pour sa part parfaitement consciente de la profondeur des abîmes dans lesquels elle est tombée et dont elle ne sortira jamais.

NDLR. Parlons quelques instants de Thomas Tryon. Né en 1926, cet acteur américain déçu par le monde du cinéma met fin à sa carrière sur les écrans en 1969, pour devenir écrivain. Il publie une dizaine d’œuvres, dont “Fedora” en 1976. De cette longue nouvelle émane une connaissance du monde cinématographique qui apparaît évidente au lecteur – et je dois avouer avoir préféré la nouvelle au film. Billy Wilder ne suit pas exactement l’intrigue de la nouvelle et c’est peut-être un tort – et l’on se surprend à la lecture de l’œuvre de Thomas Tryon à plus prêter à la Fedora de papier les traits d’une Greta Garbo des années 20, que ceux d’une Marthe Keller des années 70.

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Le 25 Juillet 2025