J’ai longuement hésité à publier les photos qui suivent le texte de cet article, tout bêtement parce qu’elles reflètent un moment intime. J’ai eu il y a quelques mois cinquante ans et j’ai voulu pleinement célébrer ce moment par un karaoké déguisé (le thème n’étant absolument pas étonnant pour ceux qui me connaissent : “Un personnage de film, celui que vous voulez”) suivi d’un diner.
J’étais tellement ravie d’atteindre cet âge que cela faisait déjà plusieurs mois que je disais avoir cinquante ans à qui voulait l’entendre alors même que je venais d’avoir quarante-neuf ans.
Histoire d’arrondir.
Histoire d’être fière d’atteindre cet âge, d’en ressentir de la joie, et d’être curieuse de savoir ce que la vie peut me réserver pour la suite.
J’ai beau entendre qu’à cinquante ans, on est – en tant que femme – vieille et moche, je n’arrive pas à m’y résoudre. Je me sens jeune et belle et je sais que cela n’a rien à voir avec les standards de la société actuelle.
Je me sens jeune parce que je me sens véloce intellectuellement et émotionnellement, que je suis curieuse de tout et de tous et que j’ai décidé il y a déjà fort longtemps de me débarrasser des sentiments corrosifs que sont l’envie, la jalousie, la colère et la peur.
Je ne me compare à personne car personne n’est réellement comparable et les seuls standards que je veuille atteindre sont ceux que je me suis fixée personnellement et qui se résument à la justesse de pensée et d’action et donc à la cohérence humaine (cela n’a pas toujours été le cas, je vous rassure : j’ai été une adolescente imbuvable et une jeune femme égoïste et dure).
Facile à dire, moins facile à faire. Je suis, comme tout un chacun, parfois envahie de sentiments sombres mais encore est-ce rare et encore suis-je capable de les regarder lucidement en face à face et de les désamorcer car… ils ne sont souvent pas justes en justesse.
Si mon désarroi du moment me confronte à un sentiment de victimisation ou d’abandon, il y a toujours une petite voix intérieure qui me dit que je suis en train d’amplifier un problème actuel en le raccrochant à des traumas d’enfance relativement bien résolus, parce que j’ai besoin ou envie à ce moment-là de me repaître de mon malheur. Mais celui-ci est en réalité inexistant car j’entends la dissonance entre le rôle victimaire que je veux m’assigner à cet instant-là et la réalité de ma vie.
Je me sens belle parce que je me sens véloce physiquement. J’ai bien compris que mon corps changeait – c’est bien normal, le corps d’une femme n’est jamais le même d’un jour à l’autre et l’est encore moins lors de phases des grandes mutations hormonales que sont l’adolescence, la grossesse et la ménopause. J’ai été une adolescente peu gracieuse, je n’ai jamais connu l’épanouissement généralement reconnu aux femmes enceintes et il faut bien dire que j’étais à ces moments précis de ma vie particulièrement peu heureuse et particulièrement peu solaire. J’ai parfois flirté avec la dépression sans même le savoir mais l’instinct de survie m’a guidé il y a 15 ans vers des lectures éclairantes et une thérapeute avec laquelle j’ai remis les choses à leur juste place en six mois.
Depuis, j’ai vécu deux séparations, j’ai presque fait faillite et j’ai assuré l’éducation de deux enfants biologiques et d’une enfant choisie sans un rond et sans partenaire.
Je ne me plains pas : j’ai été bizarrement heureuse parce qu’il n’y avait en réalité pas d’autre choix que d’aller chercher en moi-même ma propre source de joie personnelle. J’ai eu la chance de la trouver, et je sais que tout le monde n’est pas en mesure de le faire. J’ai la chance d’avoir pour premier centre de décision mon mental qui me protège depuis que je suis enfant, ce qui me permet de souvent réagir à froid, et je sais que tout le monde ne fonctionne pas comme ça.
J’ai lentement compris que l’important ne résidait pas dans ce qui m’arrivait mais dans la manière dont j’allais réagir à ce qui m’arrivait. J’ai lentement compris qu’il fallait arrêter de s’arcbouter, d’aller en contre, de mentalement gigoter dans tous les sens et qu’il fallait juste embrasser pleinement la situation catastrophique pour trouver le plus calmement possible toutes les solutions viables.
J’y ai gagné une famille et des amis qui étaient très réellement présents. J’ai aussi créé un blog – façon de décréter que j’étais vivante et que j’allais me battre avec mes propres armes : l’intelligence intellectuelle et humaine.
Je vous parlais du corps mais j’en suis finalement venue à la seule chose importante à mes yeux, le cœur. Quand je regarde l’album photo qu’a patiemment et amoureusement créé ma sœur pour me l’offrir pour mes cinquante ans et qui illustre la personne que je suis depuis ma naissance, je ne peux m’empêcher de noter ma transformation physique évidente au moment où je me trouve enfin – alors que (ou justement parce que) ma vie était un vrai champ de bataille.
C’est loin maintenant. Mais je crois depuis férocement en la justesse, en la cohérence et en la parfaite harmonie mentale, émotionnelle et physique.
J’ai envie de croire que la plénitude intérieure ne peut que se refléter à l’extérieur.
J’ai envie de croire que l’aigreur ne m’atteindra jamais et que je n’aurais jamais les rides d’amertume qui encadrent verticalement la bouche et le menton.
J’ai envie de croire que je n’aurais jamais la ligne du lion, celle qui se situe entre les deux sourcils et qui est souvent la marque de la colère.
J’ai envie de croire que j’aurais encore longtemps les rides horizontales qui marquent mon front depuis toujours, signe d’un étonnement permanent face à la vie.
J’ai envie de croire que mes rides d’expression autour des yeux sont celles de mes rires et de mes sourires – car on ne sourit bien qu’avec les yeux.
J’ai envie de croire que mon regard, même s’il est encadré de rides d’expression et de cernes constamment présents (parce qu’il faut être honnête, je suis fatiguée), reflètent ma très réelle joie de vivre et ma bienveillance certes empathique mais jamais dénuée d’humour et de recul. J’ai envie de croire que si les gens me sourient sans raison tous les matins dans le métro, c’est parce qu’ils ressentent cet état apaisé.
J’ai envie de croire que mes lèvres encore généreuses – alors qu’elles sont réputées rétrécir au fil des ans – le sont encore parce que la parole est mon outil de prédilection pour partager, transmettre et rassurer.
J’ai envie de croire que je présente une image qui est finalement cohérente avec la personne que je suis à l’intérieur.
Suis-je complètement à côté de la plaque ? Peut-être, mais si c’est le cas, je ne le saurais probablement jamais. Et je vais être honnête, je m’en bats bien les mollets. Je suis heureuse.
J’ai fêté mes cinquante ans avec ma famille de sang et de cœur. Deux enfants choisis qui ne sont plus des enfants sont venus d’Angleterre pour célébrer avec moi. Mes deux parents qui ne se s’étaient pas parlé depuis 40 ans ont chanté ensemble et ont eu l’air de se redécouvrir et de s’apprécier, au point de passer Noël 2024 ensemble avec moi. L’un de mes frères et sœurs est venu de la Rochelle, je sais que les deux autres au loin étaient avec moi en pensée. Des amis de longue date et de fraiche date sont venus, tout comme le papa de l’un de mes enfants biologiques et son amoureuse qui est devenue au fil des années une amie chère.
Je suis en train de me dire que cet article est finalement autant pour vous que pour moi mais je suis surtout en train de me dire que j’ai de la chance.
NDLR. Vous avez déjà vu cette robe, c’est celle que j’ai trafiquée pour qu’elle ressemble à l’une des tenues portées par Sharon Stone dans “Basic Instinct” et pour illustrer l’article que je dédie à ce film. Je suis revenue deux semaines après mon anniversaire dans le même lieu et avec la même robe pour faire une séance-photo avec mon photographe – le gérant du karaoké n’a pas trop compris ce qui se passait.



(Mon frère en Docteur Juiphe du Flambeau – Moi en Basic Instinct, comme on le sait)


(Un Peaky Blinder et un Eminem)

(Ma cadette – heureuse comme jamais, entourée de son frère en Eminem et de sa soeur en Trinity de Matrix)





(Un Eminem, un autre Peaky Blinder et une Trinity de Matrix)

(Une mère en Audrey Hepburn qui a fait sa robe elle-même)






Le 7 Mars 2025
