EXPOSITION – BIJOUX DE SCÈNE

“Scintille, diamant, miroir où se prend l’alouette” : cette réplique des “Contes d’Hoffmann” d’Offenbach reflète parfaitement la fascination trompeuse qu’exercent les bijoux et c’est tout le point de l’exposition organisée par l’Opéra de Paris et la BNF jusqu’au 28 mars 2025.

La fascination est doublement trompeuse lorsque l’on en vient aux bijoux de scène puisque leur fonction même est de donner l’illusion du vrai.

Les bijoux contribuent, avec le maquillage, les costumes, les perruques et les accessoires à la transformation de l’artiste en personnage. Tout comme le maquillage, le bijou de scène est souvent outré, appuyé, plus grand que nature pour qu’il soit vu de loin – c’est-à-dire du dernier rang de la salle où le spectateur, comme une alouette, se laissera prendre par le miroitement des pierres.

L’Opéra de Paris se dote au XIXème siècle d’ateliers “décoration sur costume” qui réalisent les bijoux de scène. Le savoir-faire et l’ingéniosité de ces ateliers s’adaptent aux contraintes du chant et de la danse et transforme la plus quelconque des perles de verres en diamant chatoyant.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Il faut plus d’un siècle avant que ne disparaisse l’usage consistant pour les artistes à monter sur scène avec leurs propres bijoux, au mépris parfois de toute adéquation dramaturgique. La réforme de la mise en scène et du costume est néanmoins en marche et est appuyée par le mouvement romantique, en quête d’exactitude historique. Une seconde période voit la fabrication des bijoux de scène par les joailliers parisiens qui s’appliquent à donner à ces faux le même fini que pour les vraies pièces de joaillerie. Avec la construction de l’Opéra Garnier dans la seconde moitié du XIXème siècle, le Second Empire se dote d’ateliers propres et n’économise pas sur les moyens destinés à mettre en valeur l’institution et à séduire les riches abonnés du nouvel Opéra. Pour chaque production, les décors doivent être neufs, les costumes également et l’effet de surprise doit être accompagné d’éblouissement et d’émotions fortes.

Les bijoux servent le prestige de l’institution mais ils servent également celui des artistes, et des divas notamment, qui sont peintes ou photographiées dans leurs spectaculaires atours.

Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir”

“Faust” de Charles Gounod mais également “Tintin” d’Hergé et son inénarrable Castafiore

À une époque où les surtitres n’existent pas, il est crucial que le spectateur comprenne immédiatement l’action et la qualité des personnages. Les bijoux sont autant d’indices donnés au spectateur sur le rôle, la condition sociale, ou la motivation de tel ou tel personnage.

Mais les bijoux sont parfois le ressort théâtral même du spectacle : souvent objets de tentation, ils précipitent certaines héroïnes vers leur sort fatal. Ainsi en est-il de Marguerite qui succombe à Méphistophélès à cause d’une cassette de bijoux dans le “Faust” de Gounod ou encore de Manon dans l’opéra du même nom de Massenet – elle fuit le couvent pour une vie de plaisirs (les héros masculins ne sont pas en reste si l’on se réfère à “l’Anneau de Nibelung” de Wagner où l’anneau d’or convoité symbolise la richesse certes, mais surtout la puissance ou encore à “Lakmé” de Delibes où le bijou représente aux yeux de l’homme une quête d’idéal).

Celles qui résistent sont rares : la Carmen de Bizet ne veut que l’amour et la liberté et jette au visage de Don José la bague que celui-ci lui avait offerte.

Les bijoux sont parfois le thème principal du spectacle et dans le cas de “Joyaux”, le ballet créé par Balanchine, l’effet néfaste des bijoux est absolument conjuré pour ne rester que sublime.

La Bayadère – 1992

L’Histoire de Manon – 2023

Maquette pour la Walkyrie – 1893

La Walkyrie – 1893

Bacchus – 1909

Boris Goudounov – 1908

Le Roi d’Ys – 1941

Esclarmonde – 1889

Cendrillon – 1899

Salomé – 1926

Salomé – 1926

Le Grand Mogol – 1895

Le Fils de l’Étoile – 1904

Boris Goudonov – 1984

Boris Goudonov – 1984

La Bayadère – 1992

Bijoux de scène

Le 31 Janvier 2025

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