LE COÛT DE LA VIRILITÉ

“Le Coût de la Virilité – Ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes” est le premier essai éclairant de l’historienne Lucile Peytavin – qui est par ailleurs membre de l’Observatoire sur l’émancipation économique des femmes de la Fondation des Femmes.

L’essai, qui prend volontairement un angle provocant qui pourrait interpeller une majorité d’entre nous, a pour objectif de déterminer le coût que paie la société française à cause de la virilité toxique.

Lucile Peytavin part d’un constat simple basé sur les statistiques glaçantes émises par différents ministères et observatoires interministériels français entre 2017 et 2020 : en France, les hommes représentent 93,3% de la population carcérale, 86% des personnes mises en cause pour meurtre, 99% des auteurs de viol, 84% des auteurs présumés d’accidents routiers mortels et 92% des élèves sanctionnés pour atteinte aux biens ou aux personnes au collège.

Les comportements de virilité toxique sont responsables de 7 milliards sur les 9,06 milliards d’euros du budget total de la Justice française – dont 3,5 milliards sur les 3,75 milliards d’euros de budget de l’administration pénitentiaire – et de 8,6 milliards sur les 13,1 milliards d’euros du budget total des forces de l’ordre.

Les violences féminines, qui sont souvent qualifiées de contre-nature, existent aussi évidemment mais dans des proportions extrêmement limitées par rapport aux violences masculines, au point que celles-ci sont souvent qualifiées de systémiques.

Au-delà du coût humain inestimable que provoque la virilité toxique, le coût financier rapporté à une société et à une nation entières est énorme.

Partant de ces statistiques, Lucile Peytavin s’interroge sur les origines historiques de la violence masculine.

On l’a déjà dit ici, les violences humaines n’interviennent qu’au Néolithique – lorsque hommes et femmes se sédentarisent. Avec la sédentarisation vient une division des tâches qui n’existait pas auparavant puisque les femmes chassaient tout autant que les hommes au Paléolithique et la sphère de la chasse, de l’affrontement revient au Néolithique à l’homme.

Également, mais c’est là une théorie personnelle, la sédentarisation suppose la protection et la transmission du patrimoine nouvellement acquis et – le secret de la grossesse et de l’accouchement étant probablement percé à jour grâce à la proximité avec les animaux domestiqués – il devient important pour l’homme de s’assurer que l’héritier est bien son héritier et non pas celui du voisin. D’où une mise sous cloche du corps féminin porteur de vie.

Au Néolithique, la violence masculine est accompagnée d’un creusement des inégalités entre hommes et femmes, les études sur les ossements révélant des traces de violence plus systématiques sur les squelettes féminins.

Ceci étant posé, Lucile Peytavin s’interroge sur les causes de la violence masculine. Elle écarte assez rapidement les causes dites naturelles ou biologiques :

  • la testostérone – qui est souvent mise en avant afin de justifier l’agressivité masculine – mais dont le taux varie considérablement selon les individus et selon les périodes de la vie et dont les femmes sont par ailleurs pourvues, sachant qu’aucune étude scientifique n’a jamais mis en corrélation le taux de testostérone et l’agressivité,
  • le câblage neuronal soit disant différent des hommes et des femmes. On sait aujourd’hui que les fonctions dites supérieures (la mémoire, l’intelligence, le raisonnement) ne connaissent pas de différenciation sexuée même s’il est parfaitement reconnu que chaque individu a un fonctionnement propre et que la plasticité neuronale de chacun est la conséquence directe de sa socialisation familiale, culturelle ou éducative. Les neurosciences montrent que les aptitudes intellectuelles et le comportement des hommes et des femmes ne sont pas préprogrammés et qu’ils évoluent en fonction des expériences de chacun,
  • la capacité d’une femme à donner la vie. Mais cette capacité n’est pas un critère dirimant puisque d’une part de nombreuses femmes n’enfantent pas, d’autre part certaines femmes sont violentes en dehors de la question de la parentalité, et qu’enfin, la protection de la progéniture peut justement engendrer des actes violents.

En somme, la justification de la violence masculine par des causes dites naturelles ou biologiques n’a aucun sens en l’état actuel de nos connaissances scientifiques. Partant, il faut bien admettre que cette violence masculine a des fondements purement culturels et puise ses racines dans la notion de virilité.

La virilité est définie par le dictionnaire Le Grand Robert comme “ce qui est propre à l’homme”. Il n’existe aucun équivalent pour les femmes, car nous ne sommes pas en train de parler de masculinité – qui est défini par “de caractère masculin” – ou de fémininité. Pour faire simple, la virilité est l’essence même d’une hyper-masculinité.

L’étymologie du mot vient d’ailleurs du sanskrit “vira”, qui désigne le héros. Le sous—jacent est en la force (Ulysse sera peut-être le premier héros masculin mythologique à ne pas employer la force mais l’intelligence, mais c’est une autre histoire) et l’évolution de la notion propose progressivement une distinction entre force et faiblesse, entre homme et femme. L’un est supérieur grâce à sa force, l’autre est un homme raté qui est faible.

On sait que les enfants apprennent à vivre en société selon les normes sociétales que leur entourage aura pu leur proposer et selon la culture dans laquelle ils évoluent.

Or, la socialisation et l’acculturation différenciées des petits garçons et des petites filles, des adolescents et des adolescentes reflètent parfaitement ce déséquilibre qui existe depuis longtemps, dans lequel prospère la virilité toxique.

L’acculturation à la violence par le biais de la virilité est faite par l’éducation – elle-même issue de la culture – au travers d’archétypes genrés, qu’il s’agisse de la coupe de cheveux courte ou longue, des comportements dits acceptables selon le sexe de l’enfant (calme et écoute versus action et énervement), des couleurs ou des jouets (dont le rôle prépondérant est reconnu par les experts du développement).

Aujourd’hui, cette acculturation à la violence est encore vive et se retranscrit par exemple au travers du vocable utilisé par les adolescents : les insultes “fils de pute”, “enculé” ou “pédé”, qui renvoient toujours à la dénigration des femmes et des supposés faibles, sont majoritairement utilisés par de jeunes hommes. Avec les démonstrations de force, ces insultes participent à un rite de virilité qui permet de démontrer sa force, sa force physique.

Pour faire simple, c’est encore et toujours au travers de l’éducation et de la culture que tout se joue. L’essai de Lucile Peytavin ne se veut aucunement contre les hommes, plutôt contre un système qui autorise les hommes à être violents parce qu’il survalorise les valeurs de virilité, de force et de compétition, sachant que les hommes souffrent eux-mêmes d’un système qui leur demande d’être hyper-performatifs.

On ne naît pas homme violent, on le devient”. Femmes et hommes souffrent à des titres très différents d’une virilité toxique qui gangrène nos sociétés.

N’aurions-nous tous pas intérêt à révolutionner nos schémas culturels et éducatifs ?

Chemise, manteau et sac à main YSL – Pantalon Khaite – Escarpins Gucci – Montre-pendentif Agatha

Le 10 Janvier 2025