Il aura fallu quelques soixante-quinze ans pour achever l’extraordinaire Opéra Royal du Château de Versailles.
Épris, comme on le sait, de ballets, spectacles, fêtes et opéras, Louis XIV (qui a, après tout, inventé le ballet) mandate en 1685 Jules Hardouin-Mansart afin de construire une salle d’opéra dans l’enceinte de ce château de Versailles qui sera la passion dévorante de sa vie à partir de 1660.
On pourrait s’étonner que la Cour de Louis XIV, friande de divertissements, ne se soit pas dotée avant d’une salle d’opéra digne de ce nom – les jardins accueillirent plusieurs fêtes – mais il ne faut pas oublier que le Roi Soleil ne s’installe définitivement à Versailles qu’en 1682 et que le château n’est, pendant de longues décennies, qu’un chantier monumental à ciel ouvert.
Les travaux de gros œuvre débutent dès 1685 mais sont rapidement interrompus par les guerres et les difficultés financières. Reculant devant les dépenses somptuaires, Louis XIV, dont la fin de règne est bien frivole que son début, donne la préférence à la construction de la Chapelle et se contente jusqu’à la fin de son règne en 1715 d’une petite salle de spectacle dédiée à la comédie (et non à l’opéra), aménagée Passage des Princes. Les fêtes extraordinaires se déroulent quant à elles en dehors de l’enceinte du château de Versailles, dans le manège de la Grande Écurie où les aménagements festifs provisoires sont démolis dès les lendemains de fête.
Les travaux donnant naissance à l’Opéra Royal de Versailles ne seront achevés qu’en 1770 sous l’impulsion de l’arrière-petit-fils de Louis XIV, Louis XV, pour les fêtes du mariage du Dauphin – le futur Louis XVI – avec la jeune archiduchesse Marie-Antoinette.
L’Opéra Royal de Versailles est dès 1685 pensé dans l’aile Nord du château de Versailles pour deux raisons.
D’une part, le dénivelé du terrain permet d’exploiter les dessous de la scène afin d’y loger les machineries nécessaires aux spectacles.
D’autre part, la proximité immédiate des Réservoirs permet d’accéder à de grandes quantités d’eau en cas d’incendie – ce qui est intelligent car l’Opéra n’est fait que de bois – autant pour des raisons budgétaires (cela coûte moins cher) qu’acoustiques (on a coutume de dire qu’on y entend comme à l’intérieur d’un violon).
Il s’agit, à l’époque, du plus grand théâtre de Cour, qui existe en Europe. Et probablement l’un des plus beaux, grâce à Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du Roi et à Augustin Pajou, sculpteur de l’Académie Royale.
La salle est construite sur un modèle ovoïde tronqué – elle ne connaît de fait aucun angle mort.
Elle est également modulable – un système de treuils permet d’élever en vingt-quatre heures le parquet du parterre au niveau de celui de la scène, afin de produire une salle apte à recevoir un “bal paré”.
La salle ne sera utilisée que 37 fois jusqu’à la Révolution – les trois mille lampes à huiles et deux-mille bougies nécessaires à une représentation sont par trop onéreuses – et encore moins après.
Toute d’or et de bleu azur, la salle de l’Opéra Royal de Versailles est un miracle d’exubérance et d’équilibre. C’est intime, c’est chaleureux et cela n’a rien à voir avec les grandes salles d’opéra ultérieures, comme l’Opéra Garnier.
Rénové dans les années 50 et réouvert en 2009, l’Opéra Royal de Versailles a à présent l’ambition de devenir l’un des lieux de spectacles les plus prisés de France avec plus de cent représentations par saison. L’accent, non-exclusif, est mis sur la musique des XVIIème et XVIIIème siècles, pour se démarquer des autres opéras d’Île-de-France et pour coller à l’esprit baroque du lieu.
Il faut être honnête : venir assister pendant les vacances de Noël à un ballet donné au sein du château de Versailles environné par la nuit a quelque chose de magique et merveilleux.




« Apollon distribuant les couronnes aux muses » par Louis-Jacques Durameau









Le 3 Janvier 2025
