Je l’ai déjà dit ici, je me heurte parfois à une difficulté stupide : celle de ne pouvoir trouver la tenue adéquate pour illustrer l’un des articles publiés sur ce site.
“Basic Instinct” en est le meilleur exemple. Même s’il est l’un de mes films préférés et que le texte de l’article qui suit est prêt depuis belle lurette, je n’avais jusqu’à présent pas réussi à trouver l’accroche suffisante en termes photographiques : je ne vis pas à San Francisco, je ne suis pas Sharon Stone, je n’ai pas envie d’être ouvertement sexuelle dans ma tenue et dans mes photos et je n’avais jusqu’à présent pas la tenue qui serait assez incendiaire pour dignement évoquer la sulfureuse héroïne du film. J’ai même envisagé à un moment de finalement personnifier Michael Douglas, l’autre protagoniste du film.
La robe que je recherchais n’a jamais été la réplique d’une robe blanche célèbre dont le moment de gloire se déroule dans une salle d’interrogatoire d’un commissariat de San Francisco – pour être honnête, cette robe blanche ne m’a jamais inspirée même si l’ensemble qu’elle forme avec le manteau blanc au col châle est joli et qu’elle est parfaitement portée par Sharon Stone.
Non, la robe que je recherchais n’est visible que sur quelques plans, dans la scène de la discothèque. La scène a beau durer quelques minutes mais la robe hante mon esprit depuis le premier visionnage du film (c’est-à-dire, en toute simplicité, quelques 30 ans).
La robe que j’ai trouvée est sensiblement différente lorsque je l’achète : elle arbore des paillettes et non pas des vermicelles droits, est de couleur plus claire que le Saint-Graal tant recherché et a des manches. Mais elle dispose d’une belle échancrure dans le dos et on peut jouer avec la structure générale de la robe. Une fois les manches coupées et le tissu desdites manches employé pour faire le col, nous y sommes presque, grâce à Madame Mère dont les talents de couturière ne sont plus à démontrer.



Passons maintenant au film.
“Basic Instinct”, réalisé en 1992 par Paul Verhoeven suit l’enquête de l’officier de police Nick Curran (interprété par Michael Douglas) suite au meurtre sauvage d’une rock star. Le meurtre ayant été perpétré à l’aide d’un pic à glace au beau milieu d’ébats sexuels, l’enquête mène rapidement Nick vers la magnétique petite amie de la victime, Catherine Tramell (incarnée par Sharon Stone).
Celle-ci, romancière à succès, est la parfaite suspecte : elle a écrit quelques années plus tôt un roman policier dans lequel la victime masculine se fait sauvagement assassiner à coups de pic à glace lors d’ébats amoureux.
On pense suivre l’enquête menée par Nick ? Il n’en est rien.
C’est dans l’univers de Catherine que l’on pénètre.
Car c’est Catherine qui semble jouer au chat et à la souris avec Nick : sûre d’elle-même, intelligente et renseignée, elle assume parfaitement son mode de vie bisexuel, sa prise occasionnelle de cocaïne, son absence de sentiments à l’égard de l’homme avec qui elle avait des rapports sexuels et n’hésite pas à mettre Nick – qui a des addictions doublées d’un passé judiciaire trouble – sur la sellette.
Nick, qui est persuadé de la culpabilité de Catherine sans pour autant arriver à la prouver, tombe dans les filets de cette femme sulfureuse qui n’hésite pas – semble-t-il – à manipuler tout le monde, qu’il s’agisse de sa maitresse Roxy, de la psychiatre qui suit Nick, Elisabeth Garner, qu’elle a connue lorsqu’elles étaient étudiantes à la fac et bien évidemment de Nick lui-même.
Pour autant, est-elle la véritable criminelle qui, mue par un sentiment de surpuissance, décrit ses crimes dans ses romans ou bien est-elle victime d’un usurpateur qui s’inspire de ses écrits pour tuer ?
La fin du film le dira.
Ou pas.
En faisant quelques recherches pour écrire cet article, je me suis aperçue que la réponse limpide à laquelle j’étais parvenue quant à l’identité du coupable du meurtre n’avait justement rien de limpide pour d’autres qui hésitaient entre deux figures féminines potentiellement coupables. Et il faut bien avouer que chacune des deux théories se tient.
Cette mécanique du doute et du double est terriblement hitchcockienne si l’on se réfère à “Sueurs Froides” : Roxy est le double de Catherine, comme l’est également Elisabeth, comme l’est également Hazel Dobkins, une amie de Catherine. Les doubles se dédoublent et toutes ces femmes sont toutes, chacune à leur manière, fatales. Les parents de Catherine sont morts dans un accident troublant qui la laisse riche héritière, Roxy a été jugée pour le meurtre de sa famille, Hazel également et le mari d’Elisabeth est décédé dans des circonstances douteuses.
Elles personnifient chacune l’archétype de la femme fatale qui évolue dans le fim noir et néo-noir américain.
Si l’on doit revenir à Sir Alfred – et je ne parle mêle pas de la musique de Jerry Goldsmith composée pour “Basic Instinct”, qui n’est pas sans rappeler celle de Bernard Hermann, compositeur fétiche de Hitchcock – la fameuse robe blanche doublée d’un manteau tout aussi blanc portée par Sharon Stone n’est pas sans rappeler le manteau blanc à col châle porté dans “Sueurs Froides” par Madeleine la femme idéale qui va bientôt se réincarner en l’avatar qu’est Judy (les deux rôles étant interprétés par la même actrice, Kim Novak) pour précipiter le sort fatal du protagoniste masculin Scotty (James Stewart). De la même manière, la blondeur et le chignon de Catherine Tramell ne sont pas sans rappeler ceux de Madeleine/Judy.
L’ange de la mort est – il faut croire – souvent sublime, souvent blond et souvent vêtu de blanc si j’en crois “Le Facteur sonne toujours deux fois”, “Leave it to Heaven”, “Sueurs Froides”, “Out Of the Past” ou encore “La Dame de Shanghaï”, car l’angélisme de façade cache la plus grande des noirceurs.
Et en effet, Catherine Tramell est une femme fatale de film noir : intelligente, belle, séductrice et manipulatrice, elle entraine inexorablement le héros masculin vers son destin – ledit destin étant souvent sombre.
Je ne sais d’ailleurs même pas s’il faut parler de “héros masculin”.
Tout d’abord, Nick n’a rien d’un héros et se révèle plutôt antipathique, sans valeurs et soumis à ses addictions – non pas que Catherine soit plus sympathique mais au moins est-elle intéressante et volontaire. C’est pour cela que je n’ai jamais compris les controverses autour du film : les activistes LGBTQIA+ estiment de longue date que le film colporte des clichés négatifs sur les personnes bisexuelles et homosexuelles dans le cinéma, mais il me semble que le protagoniste hétérosexuel incarné par Michael Douglas est bien pire que les protagonistes bisexuels et homosexuels du film.
En outre, l’histoire débute peut-être avec Nick Curran et celui-ci semble être pendant les premières minutes du film le protagoniste principal mais il n’en est en réalité rien. Il devient rapidement accessoire et est tout aussi rapidement manipulé par celle qui devient en réalité le caractère principal de l’histoire, à savoir la femme fatale. Dans “Basic Instinct”, on suit finalement moins l’histoire de Nick Curran que celle de Catherine Tramell.
J’aime ça, de la part d’un réalisateur masculin, d’un réalisateur masculin des années 90.
Il faut bien l’avouer : c’est bien Sharon Stone qui irradie l’écran, pas Michael Douglas.













Robe Badgley Mischka un tantinet retravaillée – Pochette Louboutin – Escarpins Giorgio Armani
Le 27 Décembre 2024
