La Nouvelle-Athènes naît en 1820 sur les coteaux du quartier Saint-Georges, entre Montmartre au nord et les Grands Boulevards au sud.
Ces coteaux, jusqu’alors parsemés de champs et de vergers, sont lotis par le receveur général des finances La Peyrière et l’endroit devient rapidement l’épicentre bourgeois, artistique et intellectuel du Paris de la Restauration et de la Monarchie de Juillet.
Il faut dire que la situation géographique du quartier est idéale, puisqu’il est proche des Grands Boulevards mais n’en subit pas l’agitation. Le charme bucolique des jardins, l’élégance des bâtiments et la proximité avec les Grands Boulevards assurent un rapide succès à l’endroit. La bourgeoisie, en recherche de modernité et de confort, délaisse les quartiers plus anciens pour des lotissements en pleine expansion grâce à la spéculation immobilière.






Le quartier est baptisé “Nouvelle-Athènes” en 1823 par le journaliste Dureau de la Malle, dans le Journal des Débats. Dureau de la Malle, qui habite le quartier, vante “la salubrité de l’air qu’on y respire”, “son heureuse exposition au midi”, “la belle vue dont il jouit et qui se prolonge jusqu’au Mont Valérien”.
Le nom de Nouvelle-Athènes reflète la grécomanie du moment, attisée par la guerre d’indépendance des Grecs contre les Ottomans et le goût contemporain qui se veut antiquisant et néoclassique.

Hôtel Lestapis
De fait, les nombreux hôtels particuliers construits dans le quartier entre 1820 et 1850 reprennent des éléments de style néo-classique.


L’élite artistique et intellectuelle parisienne, au diapason avec les évènements et les goûts de son temps, s’installe dans la place, se veut la nouvelle “république des arts et des lettres” et emportée par son philhellénisme, sa sensibilité à la beauté et aux grands élans, lance le mouvement romantique.
La nouvelle-Athènes est investie par de nombreux peintres, comédiens, musiciens et écrivains. En 1819, le quartier compte neuf artistes. En 1850, ils sont quatre-vingt.
Les peintres Ary Scheffer, Gustave Moreau, Eugène Delacroix, Théodore Chassériau, Camille Pissarro, Claude Monet, Paul Gauguin, Horace Vernet ou encore Vincent Van Gogh vivent, selon les époques, dans le quartier et s’approvisionnent en peinture chez le Père Tanguy, le marchand de couleurs de la rue Henri Monnier.

Musée Gustave Moreau

Le Père Tanguy – rue 14 rue Clauzel (anciennement rue Henri Monnier)

Le Père Tanguy, bienveillant et paternel, a été peint par Vincent Van Gogh
Les gens de scène ne sont pas en reste : Marie Taglioni et Marie Dorval s’installent dans ce nouveau quartier et les hôtels particuliers de François-Joseph Talma, Mademoiselle Duchesnois et Mademoiselle Mars rivalisent d’élégance et de recherche, rue de la Tour-des-Dames, où vit également le peintre Horace Vernet.

Rue de la Tour-des-Dames – Hôtel particulier de Talma au numéro 9


Rue de la Tour-des-Dames – Hôtel particulier de Mademoiselle Duchesnois au numéro 3

Rue de la Tour-des-Dames – Hôtel particulier de Mademoiselle Mars au numéro 1. Mademoiselle Mars connaît le succès pendant toute la période de l’Empire. Après une éclipse, elle fait son grand retour avec les drames romantiques comme “Hernani”

Hôtel de Mademoiselle Mars vu du jardin


George Sand et Frédéric Chopin vivent un temps Square d’Orléans, une résidence privée inspirée des squares à l’anglaise, construite autour d’une fontaine. Ils y vivent de manière provinciale, George Sand vantant “un air de campagne” où l’on est les uns chez les autres.


Alexandre Dumas y donne une réception à laquelle 700 invités sont conviés. Il investit pour cela l’appartement vide, voisin du sien.


Square d’Orléans
L’avenue Frochot, qui est une voie privée, accueille selon les époques Théodore Chassériau, Alexandre Dumas, Théophile Gautier ou encore Charles Baudelaire. A côté de son entrée se trouve un impressionnant vitrail des années 1920, inspiré de la Vague d’Hokusai.


La sculpture est représentée par Jean-Baptiste Pigalle qui réside au numéro 17 de la rue qui porte à présent son nom. Cette belle société artistique se retrouve souvent chez Ary Scheffer, dont la demeure est aujourd’hui le musée de la vie romantique.


Musée de la Vie Romantique
La Nouvelle-Athènes abrite également de nombreuses jeunes femmes entretenues – des lorettes – et c’est de là que l’église Notre-Dame-de-Lorette tient son nom. Construite entre 1823 et 1836 par Hippolyte Lebas, l’église est un chef-d’oeuvre de style néo-classique.









Une seule courtisane aura pignon sur rue : la Païva, qui réside place Saint-Georges dans l’hôtel particulier de style néo-Renaissance qui lui est offert par l’un de ses amants. Elle fera ultérieurement construire un palais absolument décadent sur les Champs-Elysées.



Place St Georges – L’hôtel de la Païva au numéro 28 – La façade et le hall d’entrée avec ses caissons au plafond sont classés

Place St Georges – La fondation Dosne-Thiers dans l’ancien hôtel particulier Président de la République Adolphe Thiers, au numéro 27

La Fondation Dosne-Thiers vue du square Alex Biscarre

Place St Georges – Statue de Paul Gavarni par Denys Puech et Henri Guillaume


Paul Gavarni, qui a vécu dans le quartier de la Nouvelle-Athènes, était un dessinateur célèbre pour ses croquis du Carnaval de Paris. Ceci explique la présence de sculptures de personnages de carnaval sur le haut-relief de la colonne
La Belle-Epoque investira plus tard le quartier.

Le 13 Octobre 2023
