ARC DE TRIOMPHE

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de l’Arc de Triomphe, ou de son absence – je ne sais comment le tourner. L’équipe de Christo (décédé en 2020) et de sa compagne Jeanne-Claude (décédée en 2009) a procédé à l’emballage du monument, dans le cadre d’une œuvre éphémère « L’Arc de Triomphe, Wrapped », du 18 septembre au 3 octobre 2021.

Si je comprends bien la philosophie des emballages monumentaux auxquels se sont livrés les artistes depuis plusieurs décennies, l’idée est de « révéler en cachant » des monuments que l’on ne regarde plus vraiment et de proposer une autre vision de ceux-ci.

Tout ceci ne parle absolument pas à ma fille de 8 ans, qui m’a demandé pendant deux semaines de manière insistante – et totalement dépitée – pourquoi son monument préféré était emballé dans un sac poubelle.

Pour la consoler, je lui ai expliqué que l’évènement était absolument éphémère (« ça veut dire quoi « éméphère », Maman » – vous la sentez, la dyslexie ?) et que l’Arc de Triomphe avait une longue histoire derrière et devant lui.

Longue histoire derrière lui, car c’est André Le Nôtre qui aménage dès 1667 une perspective qui file du palais des Tuileries à la place de l’Étoile, encore appelée à cette époque la colline de Chaillot. Cet axe nouvellement ouvert permet d’emprunter la route menant à Saint-Germain-en-Laye, ville royale royalement détestée par Louis XIV.

En 1758 naît l’idée d’agrémenter cette perspective d’une morne linéarité : le projet d’une statue monumentale représentant un éléphant de soixante mètres de haut, avec jet d’eau et salles de spectacles est proposé par l’ingénieur Jean-Etienne Ribart de Chamoust mais est finalement rejeté par Louis XV.

En 1785, la colline de Chaillot est plus prosaïquement agrémentée de pavillons réalisés par Ledoux, faisant office de barrières d’octroi car l’entrée dans la ville suppose l’acquittement de taxes.

La construction de l’Arc de Triomphe est décidée au lendemain de la bataille d’Austerlitz en 1806 par Napoléon Ier mais ne sera achevée qu’en 1836, sous le règne de Louis-Philippe. On doit sa conception à Jean-François Chalgrin et sa réalisation finale à Guillaume Abel Blouet. L’Arc de Triomphe est dédié aux victoires françaises et rappelle inévitablement les arcs de triomphe de l’Empire romain. Le projet initial prévoit la construction de l’Arc de Triomphe près de la Bastille mais le Ministre de l’Intérieur Champagny convainc l’Empereur de déplacer le projet sur la colline de Chaillot qui bénéficie de belles perspectives.

Les fondations en tant que telles nécessitent deux années de travaux et en 1810, les quatre piliers ne s’élèvent qu’à un mètre du sol. En 1814, l’Arc de Triomphe s’élève jusqu’aux voûtes mais la construction est abandonnée sous la Restauration. Elle est reprise en 1823, sous Louis XVIII et en 1830, Louis-Philippe reprend l’idée initiale de Napoléon Ier en y associant les armées qui ont combattu entre 1792 et 1815. Il décide des thèmes des sculptures.

Quatre hauts-reliefs ornent les piliers :

« Le Départ des Volontaires » autrement appelé « La Marseillaise » par François Rude, représente le rassemblement du peuple français défendant la Nation en partant au combat. C’est de style antique, c’est de style romantique, c’est très beau.

Moulage du génie de la Liberté faisant partie du « Départ des Volontaires »

« Le Triomphe de 1810 » est l’œuvre de Jean-Pierre Cortot.

« La Paix de 1815 » et « La Résistance de 1814 » sont les œuvres d’Antoine Etex.

Détail de pied issu de « La Résistance de 1814 »

La frise située au sommet de l’Arc se divise en deux parties : « Le Départ des Armées » et « Le Retour des Armées » et est l’œuvre de Guillaume-Abel Blouet.

Tête de lion provenant de la grande corniche de l’Arc de Triomphe

Sur les faces intérieures des piliers des grandes arcades, sont gravés les noms des grandes batailles de la Révolution et de l’Empire, et sur les faces intérieures des petites arcades, sont gravés les noms des personnalités marquantes de la Révolution et de l’Empire.

L’Arc de Triomphe est inauguré le 29 juillet 1836, pour le sixième anniversaire des Trois Glorieuses.

Dans l’esprit des concepteurs, le sommet de l’Arc de Triomphe devait être couronné par un groupe sculpté monumental. En 1882, un quadrige conçu par le sculpteur Alexandre Falguière est installé et cette maquette en charpente et en plâtre, qui représente une allégorie de La France ou de La République, tirée par un char à l’antique s’apprêtant à « écraser l’Anarchie et le Despotisme », baptisée le « Triomphe de la Révolution », est enlevée dès 1886 car elle commence à se dégrader. Son remplacement définitif par un bronze ne se fera jamais mais la maquette est parfaitement visible sur les photographies prises lors des funérailles grandioses de Victor Hugo, en 1885.

Car il faut bien le dire, l’Arc de Triomphe est, au même titre que le Panthéon, un symbole fort de la conscience nationale.

Durant le transfert des cendres de Napoléon Ier le 15 décembre 1840, le cortège passe sous l’Arc de Triomphe.

Au lendemain la défaite face à la Prusse, Paris est assiégée par les troupes ennemies du 17 septembre 1870 au 28 janvier 1871. Malgré une famine terrible, un sentiment de résistance grandit chez les Français et le groupe sculpté « Le Départ des Volontaires » autrement appelé « La Marseillaise » en devient le symbole. Les troupes prussiennes obtiendront peut-être de Thiers l’occupation symbolique des Champs-Élysées du 1er au 3 mars 1871, mais dès le 28 février, les Parisiens érigent des barricades autour de l’Arc de Triomphe pour protéger les quatre piliers sculptés et empêcher les vainqueurs de défiler sous l’Arc de Triomphe. A la levée du siège, les Parisiens feront brûler de la paille afin de purifier l’air.

Lors de la Commune de Paris, les Communards décident de protéger coûte que coûte l’Arc de Triomphe et y installent au sommet une batterie de canons pour riposter aux tirs des Versaillais.

Le corps de Victor Hugo est veillé sous l’Arc de Triomphe la nuit du 22 mai 1885 et à cette occasion le monument est drapé d’un voile de crêpe noir.

Le Soldat Inconnu y est inhumé le 28 janvier 1921 et la flamme du souvenir, qui y a été allumée la première fois le 11 novembre 1923 est ravivée encore aujourd’hui chaque soir à 18 heures 30. Ce ravivage a même été accompli le 14 juin 1940, alors que l’armée allemande avait défilé sur la place de l’Étoile quelques heures avant.

L’idée d’inhumer un soldat inconnu est pourtant née dans la précipitation : même si en 1916, le président du Souvenir-Français, Francis Simon, propose d’inhumer (au Panthéon) un combattant anonyme, l’idée ne prend forme qu’en octobre 1920 lorsque la France apprend que le Royaume-Uni va procéder à l’inhumation d’un Tommy le 11 novembre de la même année. Dès le 2 novembre, le gouvernement français accepte le projet et le 8 novembre, le Parlement vote les crédits à l’unanimité.

Croix improvisée de soldat – Début XXème. Les soldats n’ont jamais respecté les règlements militaires prévoyant de creuser des fosses communes pour les morts, préférant des tombes individuelles surmontées d’une croix de fortune. En juillet 1915, l’armée abandonne la prescription des fosses communes

Diplôme de mort pour la France. Ce diplôme est créé en avril 1916 et délivré gratuitement par les préfectures. Il est souvent encadré et exposé dans le salon familial

Un immense cercueil vide symbolisant le sacrifice collectif est installé sous l’Arc de Triomphe dans la nuit du 13 au 14 juillet 1919. Le lendemain, il est déplacé pour permettre le défilé militaire du 14 juillet

Projet de tombeau pour le Soldat Inconnu par Paul Landowski de novembre 1920. On lui préfèrera une simple dalle à même le sol

Choisi à Verdun parmi huit corps exhumés de différents champs de bataille, le Soldat Inconnu traverse la capitale le 11 novembre 1920, depuis la place Denfert-Rochereau jusqu’à l’Arc de Triomphe en passant par le Panthéon.

Le 28 janvier 1921, l’inhumation a enfin lieu. Sur la dalle est installée en 1923 la flamme du souvenir.

Sur une note plus fantaisiste, l’aviateur Charles Godefroy réussit le 7 août 1919 à passer avec son biplan sous l’Arc. L’idée sera reprise par Robert Enrico dans son film de 1967, « Les Aventuriers », qui fait la part belle à la fraternité, l’amitié et l’amour.

Emballé, déballé, l’Arc de Triomphe reste le symbole d’une Nation glorieuse. Majestueusement planté au milieu de cette place où j’ai failli mourir plus d’une fois en scooter, il reste et restera le témoin d’une Histoire en marche.

Les escaliers en colimaçon mènent à la terrasse, qui offre de très beaux panoramas sur la ville.