UN SECRET

Voici un roman autobiographique extrêmement troublant : “Un Secret” de Philippe Grimbert, paru en 2004.

Fils unique, j’ai longtemps eu un frère”. Ainsi débute le récit cathartique de ce narrateur dont le prénom ne sera d’ailleurs jamais mentionné.

Ce fils unique, né dans le Paris de l’après-guerre, est un petit garçon chétif et maladif, qui regarde avec admiration son père Maxime et sa mère Tania, sportifs accomplis à la présence et la beauté physiques solaires.

Pour autant, le petit garçon sent une infinie distance entre lui et ses parents, et il comble sa solitude par un grand frère imaginaire, le jour où il découvre un chien en peluche dans une malle de la chambre de bonne de l’appartement familial.

Ce chien en peluche – qu’il baptise Sim – et ce grand frère imaginaire peuplent le petit monde bien solitaire de cet enfant à la constitution fragile. Le grand frère imaginaire est aussi fort et glorieux que le narrateur est faible et désarmé.

Noyé dans un océan de silence, le petit garçon tente de reconstruire la mythologie familiale dont il est issu. Le jeune Maxime, sportif, séducteur, tombe passionnément amoureux de la très belle et de la très athlétique Tania juste avant la guerre. Mariés, ils fuient Paris pour se réfugier en zone libre, pendant deux années qui ressemblent à des vacances campagnardes en marge de l’Histoire. La guerre finie, ils reviennent à Paris et font un enfant, parfait reflet de leur amour.

Pour autant, cette mythologie familiale vole en éclats lorsque le narrateur atteint sa quinzième année et que Louise, une amie de ses parents, choisit de lui parler de deux personnes dont personne n’a jamais prononcé le nom : Hannah et Simon.

L’existence enfouie de Hannah et de Simon est le secret qui pèse sur l’histoire de Maxime, de Tania et de leur fils – et c’est terrible.

C’est d’autant plus terrible que c’est autobiographique, puisque – même si les prénoms ont été changés – Philippe Grimbert ne n’est jamais caché du fait qu’il s’agissait là de sa propre histoire d’enfance. Il ne s’est jamais caché non plus du fait que cette histoire familiale l’avait décidé à devenir psychanalyste.

Ce roman autobiographique est poignant, vraiment. Il est tragique – à tel point que l’on se surprend à se dire que, parfois, la réalité dépasse la fiction – il fait longuement réfléchir au poids des secrets de famille, au poids du karma familial, au dialogue et à la transparence que l’on souhaite mettre en place ou non dans l’éducation d’un enfant, à la somatisation de maux émotionnels, à la culpabilité, à la place du mort et à la place du vivant.

Tragique certes, mais également porteur d’espoir lorsque l’on en vient à comprendre la portée libératoire de la parole.

Voici donc ici mon interprétation de Tania, que j’ai toujours imaginée dans un Paris Art Déco, élégante dans une robe dégageant ses épaules que l’on sait fort belles. Dans une robe vert-de-gris aussi, car l’ombre nazie approche.

Robe Ted Baker – Escarpins Prada – Lunettes de soleil Chanel – Pochette Stella McCartney