Peut-être faudrait-il cesser de glorifier les personnalités publiques pour les accepter pleinement comme être humains. Le débat né du mouvement MeToo “Séparer l’homme de l’artiste”, l’encensement absolu de Kobe Bryant depuis son décès, puis les critiques nées du mouvement BlackLivesMatter ciblant Winston Churchill m’ont longuement fait réfléchir à ce que l’on devait retenir de l’héritage offert par certaines personnalités publiques.
Il me semble que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte.
Le premier facteur est la contemporanéité des personnalités concernées. Autant je comprends les critiques formulées à l’encontre de personnes soumises aux mêmes standards sociaux-culturels que nous, autant il ne me semble pas juste – en termes de justice et justesse – de ne pas prendre en compte l’environnement socio-culturel des personnalités d’un autre temps.
Pour faire plus simple, réduire Winston Churchill à un colonialiste forcené n’a pas de sens. Né en 1874, mort en 1965, l’homme a vécu – et même pleinement vécu – la réalité du colonialisme anglais. Lui reprocher un comportement colonialiste voire raciste me semble vraiment peu pertinent, puisque c’était le monde d’alors (et aussi un peu naïf, n’est-ce pas. Après tout, il n’était que le Premier Ministre de l’empire colonial britannique, what did you expect?).
Le second facteur réside dans ce ressort tellement humain qu’est la glorification du disparu. Pour prendre ce seul exemple, Kobe Bryant – pour ceux qui l’ignorent – était un basketteur de légende comme il en existe peu. Kobe Bryant était beau comme un dieu, charmeur et charmant et il a su user son nom pour participer à plusieurs initiatives philanthropiques. Hélas, il a aussi violé une jeune femme en 2003. Il l’a reconnu, mais ses avocats ont fait un tel travail de sape que la victime a dû déménager car elle recevait des menaces de mort et a renoncé à le poursuivre. Kobe Bryant est décédé avec sa fille adolescente Gigi en 2020, dans un accident d’hélicoptère qui a suscité un immense émoi planétaire. Et dès son décès, Kobe Bryant a été statufié en personnage de légende, statufication qui n’a plus laissé aucune place au rappel des actes répréhensibles dont il fut coupable.
Statufié en personnage de légende, comme le fut avant lui un Churchill. Et tant d’autres.
Au lieu de glorifier des personnes décédées, au lieu d’ériger des statues de commandeurs, au lieu de séparer les hommes des artistes, pourrait-on éventuellement et au contraire accepter ces personnes comme des êtres humains, dans leur plénitude complète ?
Pourrait-on cesser de les sculpter dans l’inconscient collectif comme des statues à la perfection déshumanisée ? Puisque personne n’est parfait, que chacun fait des erreurs et que chacun est un être d’ombre et de lumière (même si tout le monde n’est pas raciste ou violeur).
Savoir pleinement appréhender l’héritage d’une personne me semble plus intéressant et plus mature que d’admirer des monolithes statufiés. On peut très bien s’esbaudir à la lecture des mémoires de Churchill et dans le même temps complètement appréhender son colonialisme patent.
Savoir pleinement appréhender l’héritage d’une personne permet de mieux comprendre son histoire, l’Histoire et permet également d’éviter cette déception latente que l’on perçoit selon le moment à l’égard de personnes presque canonisées par l’opinion publique, comme Gandhi, Mère Teresa ou maintenant Churchill, pour ne citer qu’eux.
Savoir pleinement appréhender l’héritage d’une personne éviterait probablement le renversement de statues bien réelles cette fois-ci, ou à tout le moins un placement préalable desdites statues dans d’autres lieux que sur des places publiques. Mais pour pleinement appréhender l’héritage d’une personne, encore faudrait-il revoir les manuels d’histoire.
Les jeunes enfants ont besoin de se référer à des monolithes de perfection, parce que c’est très rassurant. L’adulte n’a pas besoin d’idoles. Il ne s’agit pas de “séparer”, bien au contraire.
Il s’agit, à mon sens, de tout prendre en compte et de savoir exactement ce que l’on regarde, ce que l’on lit, ce que l’on entend.
30 Avril 2021






Robe Azzi & Osta – Ceinture Dior – Pochette Bottega Veneta – Gants vintage – Bibi et voilette vintage dénichés chez Marcel et Jeannette aux Puces
