FAUST & ROSETTA THARPE

Qui sait que le rock – que l’on imagine souvent dominé par des figures masculines – fut inventé par une femme, Sister Rosetta Tharpe ?

Née en 1915 en Arkansas de parents cueilleurs de coton, Rosetta chante dès 4 ans dans la troupe évangéliste de sa mère. A 6 ans, elle l’accompagne au chant mais également à la guitare, instrument très peu utilisé par les femmes. À 23 ans, Rosetta signe son premier contrat chez Decca Records et devient la première artiste de gospel signée par un label.

Elle devient célèbre du jour au lendemain. Imaginez-la quelques instants : une jeune femme noire, chantant du gospel dans des nightclubs où l’entrée est refusée aux personnes de couleur, ou sur des scènes prestigieuses en plein Manhattan, jouant de la guitare électrique, le tout à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, dans un pays où la ségrégation raciale est en vigueur : une douce révolution est en marche.

Sa volonté assumée d’unir le sacré et le profane en chantant du gospel sur des rythmes soutenus et populaires choque son audience.

Forte tête, elle résiste et impose son style propre. Le son de sa guitare est aussi personnel que l’est son style : elle désaccorde l’instrument avant chaque concert afin d’en obtenir le son bien particulier qu’elle aime tant.

Sa chanson “Strange Things Happening Every Day”, enregistrée en 1944, illustre magistralement sa virtuosité à la guitare et la chanson est d’ailleurs considérée comme la première chanson de rock ‘n’ roll.

Rosetta brise toutes les limites imposées par son sexe et sa couleur de peau.

Elle aura chanté jusqu’en 1970 et s’éteindra en 1973.

Son nom n’est ajouté à la Rock ‘n’ Roll Hall of Fame à Cleveland qu’en 2018, cette même année au cours de laquelle Beyoncé offre au festival de Coachella une performance live monumentale revisitant la beauté de l’héritage noir, avec 200 chanteurs, danseurs et artistes sur scène.

Je veux y voir le signe que le flambeau se transmet d’une femme artiste afro-américaine à une autre, pour longtemps j’espère.

Robe à bustier et jupe en tulle noire ornée de volants en application de dentelles – Années 50, Emilienne Manassé – Chez Marcel et Jeannette – Marché aux Puces

Bottes Cesare Paciotti – Pantalon en cuir Roberto Cavalli – Lunettes de soleil Essedue – Bague Ania Kropacz – Photographe Joanna Dijkstra Delys